| Tourgueniev, Ivan | Format lecture | ||||
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| 4. | Les grands romans |
Après avoir encore publié (ou fait paraître en revue) quelques nouvelles (Journal d’un homme de trop, 1850 ; Deux Amis, 1854 ; Un coin tranquille, 1854 ; Jacques Pasynkov, 1855), Tourgueniev, qui rêve d’entreprendre « quelque chose de grand », compose entre 1856 et 1877 une série de romans : Roudine (1856), Nid de gentilhomme (1859), Premier Amour (1860), À la veille (1860), Pères et Fils (1862), Fumée (1867), Terres vierges (1877). Bâtis sur le schéma de l’Eugène Onéguine de Pouchkine, la plupart de ces romans ont une intrigue simple — un amour, généralement contrarié — et campent des caractères opposés : le velléitaire ou l’« homme de trop » (Roudine), le héros positif (À la veille), le « nihiliste », terme lancé par Tourgueniev (Pères et Fils). Au cœur même de l’intrigue et des descriptions psychologiques s’affrontent les tenants de deux idéologies, slavophiles et occidentalistes, idéalistes et progressistes. Les lecteurs des deux extrêmes reprochent à Tourgueniev sa tiédeur, et il se fait nombre d’ennemis, perdant le soutien de Herzen et se brouillant avec Tolstoï (qui va jusqu’à le provoquer en duel en 1861).
Fuyant la violence des polémiques, il rejoint en 1862 Pauline Viardot, auprès de laquelle il restera jusqu’à sa mort. Il vit désormais essentiellement en Europe. À Paris (1872), il devient un familier de George Sand, de Mérimée, de Maxime Du Camp, des frères Goncourt ; il se lie aussi d’amitié avec Flaubert, Daudet, Zola et Maupassant. De cette période datent ses deux derniers romans, Fumée (1867), une satire mordante des milieux russes exilés, et Terres vierges (1877). Les Eaux printanières (1872) inaugure une série de nouvelles où affleure le fantastique (le Chant de l’amour triomphant, 1881 ; Clara Militch, 1883). Une comédie de mœurs, Un mois à la campagne, composée en 1850, est triomphalement représentée à Paris en 1872, après avoir été longtemps censurée ; Tourgueniev s’y montre un précurseur du théâtre de Tchekhov.
Au cours des dernières années de sa vie, Tourgueniev renoue avec son pays où, à la faveur de deux voyages (1879 et 1880-1881), il se réconcilie avec Tolstoï. Décédé à Bougival, près de Paris, il est enterré à Saint-Pétersbourg. Écrivain complexe, à la fois profondément attaché à la Russie et tenté par l’Occident, reconnu dans son pays mais au moins autant en France, Tourgueniev est dans sa vie l’éternel protagoniste d’un amour impossible qui fait écho aux passions sans espoir qui traversent son œuvre.