Napoléon III
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Napoléon III
5. La restauration de l’Empire
1. Le coup d’État de décembre 1851

Pour autant, Louis Napoléon ne réussit pas à faire modifier la Constitution, à dessein de se faire réélire en 1852. Jouissant cependant d’une grande popularité, il décide, avec l’aide de son frère utérin Morny et d’hommes tels que Persigny, Maupas et Saint-Arnaud, de perpétrer un coup d’État, le 2 décembre 1851, date anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz. Au matin du 2 décembre, Louis Napoléon fait afficher une proclamation annonçant la dissolution de l’Assemblée, le rétablissement du suffrage universel et l’organisation prochaine d’un plébiscite sur les nouvelles institutions.

Malgré des mouvements de contestation, qui provoquent l’arrestation de quelque 27 000 personnes et l’exil de nombreux opposants, le plébiscite du 21 décembre 1851 donne une majorité écrasante aux partisans du coup d’État. Dès le 14 janvier 1852, une nouvelle Constitution est promulguée. Elle accorde à celui que Victor Hugo a surnommé « Napoléon le Petit » dix ans de pouvoirs étendus, qui en font à la fois le chef de l’État et le chef du gouvernement. Le pouvoir législatif, partagé entre le Conseil d’État et le Corps législatif, se réduit en fait à un pouvoir d’approbation. Quant au Sénat, composé sur une base exclusivement honorifique, il est le gardien de la Constitution.

Du reste, dans l’esprit de son initiateur, cette Constitution n’est pas destinée à durer. Après avoir préparé l’opinion durant l’année 1852 et fait lever l’état de siège en mars, Louis Napoléon organise un nouveau plébiscite (21 novembre) et proclame l’Empire le 2 décembre 1852, prenant le titre de Napoléon III. Dépourvu d’héritier, il fait de la branche cadette de la maison Bonaparte, celle de Jérôme, l’héritière de la Couronne impériale.

2. Un empereur autoritaire

En 1853, Napoléon III épouse une jeune fille de la grande noblesse espagnole, Eugénie de Montijo, fille du comte de Teba. Ensemble, ils ont un fils : Eugène Louis Napoléon, « prince impérial » né en 1856 et tué en Afrique australe par les Zoulou en 1879. L’impératrice, à laquelle Napoléon III n’est pas fidèle tout en lui témoignant du respect, exerce une influence importante sur les affaires politiques. Très catholique, favorable à une politique conservatrice, elle contribue sans doute à favoriser la pratique autoritaire du pouvoir napoléonien jusqu’aux années 1860. Nourri d’influences contradictoires et bien qu’il a cultivé dans sa jeunesse des aspirations romantiques et un amour sincère de la liberté, Napoléon III est en effet convaincu qu’un régime autoritaire doit favoriser le développement économique et social du pays. Par ailleurs, le bonapartisme, mélange de paternalisme et d’autorité, s’appuie sur la conviction que tous les corps intermédiaires ne font que déformer la voix du peuple et que ce dernier, épris d’ordre et de paix, s’exprime de manière authentique par le biais du plébiscite.

Pour autant, Napoléon III ne gouverne pas avec le peuple. Favorable, dans son principe même, aux notables et aux grands capitalistes, sa politique ambiguë est menée en grande partie avec un personnel politique issu de l’opposition dynastique à la monarchie de Juillet (tel Eugène Rouher, avocat républicain qui compte parmi les pères de la Constitution). Il s’appuie également sur les préfets, l’armée et la police pour museler toute velléité d’opposition, exigeant des fonctionnaires un serment de fidélité, supprimant la liberté de la presse et, de fait, la liberté d’opinion.

3. L’expansion économique

Au delà de cet autoritarisme, le régime de Napoléon III accomplit en quelques années une œuvre économique considérable. L’industrie et le commerce connaissent un développement important, fruit d’une politique volontariste, largement teintée de saint-simonisme. Durant cette période, le réseau ferroviaire passe de 3 000 km (1852) à 18 000 km (1870) — les axes essentiels du réseau actuel sont déjà mis en place. L’expansion de certains secteurs industriels (textile, chimie, sidérurgie, métallurgie), la rationalisation et la modernisation de l’agriculture, la création des structures du capitalisme moderne (notamment de grandes banques capables de financer l’industrie grâce au crédit) permettent un fort essor économique et industriel, bien qu’il ne concerne pas l’ensemble du territoire. On assiste au passage progressif du protectionnisme au libre-échange, consacré par le traité de commerce du 23 janvier 1860 avec la Grande-Bretagne.

L’État lui-même donne une impulsion considérable aux travaux publics. Exemple emblématique, le programme d’aménagement de Paris, confié au baron Haussmann, transforme la physionomie de la capitale, tout en doublant la ségrégation sociale d’une ségrégation spatiale. Période d’expansion économique, et donc d’argent facile, d’affairisme, la première partie du règne de Napoléon III laisse donc le souvenir d’une « fête impériale » dont la cour, aux Tuileries comme à Compiègne, donne bien le ton. Pour le reste, l’expansion ne profite pas également à tous les Français. Ainsi, les années 1852-1870 ne marquent pas une amélioration du niveau de vie des ouvriers, contrairement à celui des notables, soutiens du régime impérial.

4. La politique étrangère

En politique étrangère, Napoléon III est confronté à l’hostilité des grandes puissances européennes en raison de la tradition belliciste, voire expansionniste, dont on l’imagine dépositaire. Mais Napoléon III se révèle être un fin tacticien de l’arme diplomatique et militaire. Avec la guerre de Crimée, engagée en 1854 pour contrer l’expansionnisme russe vers la Méditerranée, il voit le moyen de se rapprocher de la Grande-Bretagne et de séparer la Russie de l’Autriche (alliées depuis 1815). La chute de Sébastopol et le traité de Paris de 1856 réintroduisent la France dans le concert des nations européennes tout en consacrant, avec l’autonomie accordée à la Serbie et au Monténégro, une ébauche de reconnaissance du principe des nationalités.

C’est au nom de ce principe que Napoléon III, peu après l’attentat d’Orsini (janvier 1858) — attentat qui débouche sur l’instauration momentanée de la « loi de sûreté générale » et sur un durcissement du régime —, se penche sur la question de l’unification italienne. Favorable à une confédération italienne, il promet à Cavour son soutien lors de l’entrevue de Plombières (juillet 1858), en échange du rattachement de Nice et de la Savoie à la France. Peu après la défaite des Autrichiens au terme de la campagne d’Italie, la France annexe les deux territoires convoités, mais elle voit se créer à sa porte un puissant royaume qui ne cesse de s’agrandir aux dépens des anciens États italiens. En outre, la question de Rome, dont beaucoup d’Italiens veulent faire leur capitale, est en France une cause de dissensions politiques : les catholiques, attachés à la stabilité du statut de la papauté, reprochent en effet à l’empereur son manque de fermeté à ce sujet (Rome est définitivement évacuée en 1866).

5. Vers l’Empire libéral

Pour l’Empire, le début des années 1860 marque un double tournant. Un tournant politique d’abord, puisque l’opposition républicaine fait son entrée au Corps législatif, de façon timide en 1857 puis plus franchement aux élections de 1863 ; d’autre part, l’hostilité d’une partie des catholiques à la politique romaine de l’empereur crée une opposition sur sa droite. Un tournant économique ensuite, symbolisé par le mécontentement d’une partie du monde industriel après la conclusion du traité de libre-échange de 1860.

À ces difficultés s’ajoutent certains revers, notamment en Algérie où la politique arabe, favorable aux indigènes, provoque l’incompréhension des colons mais aussi au Mexique où l’expédition envoyée pour soutenir l’empereur Maximilien, en 1862, se termine tragiquement en 1867.

Confronté à ce réveil des oppositions, Napoléon III, soutenu par Morny et Walewski, entreprend de libéraliser le régime par une politique de concession, cherchant en particulier à gagner le soutien du monde ouvrier, dont il encourage le courant réformiste, dominé par les ouvriers les plus qualifiés, et dont il favorise l’expression collective en faisant abolir en mai 1864 le délit de coalition (droit de grève). Enfin, malgré l’opposition manifestée par les bonapartistes autoritaires, il assouplit en 1868 le régime de la liberté de la presse (mai), et introduit le droit d’interpellation au Corps législatif.