| Format recherche | Ford, John (cinéma) | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Ford, John (cinéma) (1895-1973), producteur et réalisateur américain.
| 2. | Les années de formation : la période du cinéma muet |
Né à Cape Elizabeth (Maine), Sean Aloysius O'Fearna, dit John Ford, est fils d'émigrés irlandais. Après un échec à l'examen d'entrée de l'Académie navale d'Annapolis et de nouvelles études à l'université du Maine, il travaille dans une fabrique de chaussures, puis rejoint son frère aîné Francis qui réalise des films à Hollywood ; assistant de celui-ci dans un premier temps, il devient lui-même metteur en scène sous le nom de Jack Ford, puis de John Ford en 1923, tandis que Francis décide de ne plus être qu'acteur sous le nom de Francis Ford.
John Ford commence sa carrière de réalisateur en tournant des courts métrages — la Tornade (The Tornado, 1917), The Trail of Hate (1917), The Scraper (1917) —, puis continue dans le genre du western avec Harry Carey en vedette — Pour son gosse (The Soul Herder, 1917), Cactus My Pal (1917), le Ranch Diavolo (Straight Shooting, 1917), l'Inconnu (The Secret Man, 1917), A Marked Man (1917) —, avant de le rendre célèbre sous les traits de Cheyenne Harry dans une dizaine de films, parmi lesquels le Cavalier fantôme (The Phantom Riders, 1918) et les Hommes marqués (Marked Men, 1919), puis il réalise d'autres histoires du genre avec Buck Jones — Pour le sauver (Just Pals, 1920) — et Tom Mix — Three Jump Ahead (1923). Il dirige par ailleurs des comédies — The Prince of Avenue A (1920), avec le champion de boxe Jim Corbett, et The Girl in Number 29 (1920) —, ainsi que des mélodrames — Jackie (1921) ou Little Miss Smiles (1921).
John Ford tourne en 1924 un film de format long et d'un style admirable, le Cheval de fer (The Iron Horse), épopée sur la construction de la ligne de chemin de fer Union Pacific Railroad, et poursuit avec bonheur et réussite ses expérimentations à travers les genres. Il signe quelques chefs-d'œuvre, dont les Trois Sublimes Canailles (Three Bad Men, 1926) et les Quatre Fils (Four Sons, 1928).
De sa période muette, on peut encore retenir un film de prison, Un homme libre (The Big Punch, 1921), des drames d'amour maternel — Silver Wings (1922) et Maman de mon cœur (Mother Machree, 1928) —, un film de boxe avec Victor McLaglen, le Champion (The Fighting Heart, 1925), une comédie grinçante dans un asile de vieux comédiens, Upstream (1927), et un film policier, Rilley the Cop (1928).
| 3. | La maturité : une œuvre éclectique |
Le cinéma parlant ne pose aucun problème à John Ford, qui continue de filmer de genre en genre, et signe jusqu’à quatre films la même année. Il collabore souvent avec le scénariste Dudley Nichols sur des films mettant en scène des hommes seuls et isolés face au danger — Hommes sans femmes (Men Without Women, 1930), la Patrouille perdue (The Lost Patrol, 1934) ou les Hommes de la mer (The Long Voyage Home, 1940) —, mais également pour des films de gangsters — Born Reckless (1930) — ou de guerre — The Seas Beneath (1931) —, pour des mélodrames — Deux femmes (Pilgrimage, 1933) —, des comédie de mœurs : — Judge Priest (1934) —, des comédies — Steamboat Round the Bend (1935) —, des drames historiques — Mary Stuart (Mary of Scotland, 1936) —, des films sur la révolte irlandaise — le Mouchard (The Informer, 1935) et Révolte à Dublin (The Plough and The Stars, 1936) —, des mélodrames exotiques — Hurricane (The Hurricane, 1937) — ou des westerns — la Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939) —, qui permet à John Wayne d’acquérir le statut de star du cinéma.
Sans Dudley Nichols, John Ford adapte un roman de Sinclair Lewis — Arrowsmith (1931) —, interprété par Ronald Colman, tourne une épopée d'aviation — Tête brûlée (Airmail, 1932) —, un drame sordide avec Wallace Beery — Une femme survint (Flesh, 1932) —, une fresque politique et sociale — le Monde en marche (The World Moves On, 1934) —, une comédie policière avec Edward G. Robinson — Toute la ville en parle (The Whole Town's Talking, 1935) —, un drame sur une erreur judiciaire — Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisonner of Shark Island, 1936) —, un film d'aventures avec Shirley Temple — la Mascotte du régiment (Wee Willie Winkie, 1937) —, un drame épique — Quatre hommes et une prière (Four Men and A Prayer, 1938) —, une biographie de la jeunesse de Lincoln avec Henry Fonda — Vers sa destinée (Young Mister Lincoln, 1939) —, une fresque historique sur la création des États-Unis d'Amérique — Sur la piste des Mohawks (Drums Along The Mohawk, 1939) —, une adaptation du roman de John Steinbeck, les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, 1940), avec notamment Henry Fonda et John Carradine, mélodrame d’une remarquable esthétique retraçant l’exode de fermiers du Middle West vers la Californie sur fond de lutte sociale, et une autre du roman de Erskine Caldwell, la Route du tabac (Tobacco Road, 1941) et un mélodrame social sur l'Irlande — Quelle était verte ma vallée (How Green was My Valley, 1941).
| 4. | Les films de guerre |
Pendant la Seconde Guerre mondiale, John Ford sert dans la marine — il devient amiral — et réalise des films documentaires pour la prévention à l'usage des soldats — Sex Hygiene (1941) — et des œuvres de propagande sur les combats — la Bataille de Midway (The Battle of Midway, 1942), Torpedo Squadron 8 (1942), December 7th (1943) et Nous partons ce soir (We Sail at Midnight, 1943). Il tourne en outre une fiction de guerre, les Sacrifiés (They Were Expendable, 1945). Lors des conflits en Corée, il récidive avec This is Korea (1951) et Korea (1959) et participe en 1971 au film Vietnam Vietnam (1971), produit par les services de propagande américains.
| 5. | Le western à son apogée |
Après la Seconde Guerre mondiale, John Ford réalise de nombreux westerns avec John Wayne — le Massacre de Fort Apache (Fort Apache, 1948), vision très critique de l'attitude du général Custer, le Fils du désert (Three Godfathers, 1948), la Charge héroïque (She Wore a Yellow Ribbon, 1949), Rio Grande (1950), la Prisonnière du désert (The Searchers, 1956), les Cavaliers (The Horse Soldiers, 1959), l'Homme qui tua Liberty Valence (The Man Who Shot Liberty Valence, 1961) et la Conquête de l'Ouest (How the West Was Won, 1962). Il tourne également sans John Wayne — la Poursuite infernale (My Darling Clementine, 1946) avec Henry Fonda, le Convoi des braves (Wagon Master, 1950) — et quelques œuvres constituant autant de plaidoyers contre le racisme — le Sergent noir (Sergeant Ruttledge, 1960), les Deux Cavaliers (Two Rode Together, 1961) et les Cheyennes (Cheyenne Autumn, 1964).
| 6. | Autres grandes œuvres |
Le succès des westerns de John Ford ne doit pas faire oublier ses autres films majeurs, à l’instar de Dieu est mort (The Fugitive, 1947), d'après le roman la Puissance et la Gloire (The Power and the Glory) de Graham Greene, ses films de guerre ironiques — Planqué malgré lui (When Willie Comes Marching Home, 1950), What Price Glory (1952) et Permission jusqu'à l'aube (Mister Roberts, 1955) —, son film ayant la jungle comme cadre avec Ava Gardner et Clark Gable — Mogambo (1953) —, sa comédie — la Taverne de l'Irlandais (Donovan Reef, 1963) —, son film sur la politique — la Dernière Fanfare (The Last Hurrah, 1958) —, ses œuvres autour de l'Irlande — l'Homme tranquille (The Quiet Man, 1952), Quand se lève la lune (The Rising of the Moon, 1957) et le Jeune Cassidy (Young Cassidy, 1964) —, son film policier anglais — Inspecteur de service (Gideon Day, 1959) —, et surtout ses bouleversants mélodrames — Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun Shines Bright, 1953), Ce n'est qu'un au revoir (The Long Gray Line, 1955), L'aigle vole au soleil (Wings of the Eagle, 1957) —, ainsi que son ultime chef-d'œuvre — Frontière chinoise (Seven Women, 1966).
John Ford est également le producteur de Mister Joe (Mighty Joe Young, 1948), réalisé par Ernest B. Schoedsack et Merian Cooper, et l’auteur de trois films pour la télévision — la Révélation de l'année (Rookie of the Year, 1955), The Colter Craven Story (1960) et Flashing Spikes (1962).
De 1917 à 1966, John Ford a réalisé environ 126 films et remporte plusieurs oscars : le Mouchard (The Informer, 1936), les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, 1940), Quelle était verte ma vallée (How Green was My Valley, 1941) et l'Homme tranquille (The Quiet Man, 1952). Marquée par l'amour de l'Amérique, son goût du western, mais également par son penchant pour le réalisme, la perspicacité psychologique et les sujets audacieux, comme ceux de l'Irlande et du racisme, sa carrière est unanimement saluée par la critique et le public. Son lyrisme rigoureux, un sens de l'humour caustique et direct, une sensibilité de grande humanité et une conception plastique admirable de l'image ont en effet fait de lui un maître incontesté du septième art.