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Satie, Erik
1. Présentation

Satie, Erik (1866-1925), compositeur français original et excentrique qui a influencé considérablement l’esthétique musicale moderne.

2. Une formation sporadique

Né à Honfleur, Erik Satie découvre la musique dans sa famille et suit l'enseignement de professeurs locaux, en particulier Vinot, un disciple de Louis Niedermeyer avec lequel il apprend l'orgue. À l'adolescence, il rejoint son père, éditeur de musique à Paris, et poursuit ses études au Conservatoire à partir de 1879, dans les classes d'Alexandre Guilmant (orgue), Antoine Taudou (harmonie) et Georges Mathias (piano). Il est renvoyé du Conservatoire dès 1882 pour absentéisme et incompétence et se lance dans la vie de pianiste de cabaret « gymnopédiste » selon ses propres termes, au Chat noir puis, à l’auberge du Clou, où il rencontre Claude Debussy. Las d'être taxé d'amateurisme, il reprend les études en 1905, décidant de perfectionner ses connaissances du contrepoint, de la fugue et de l'orchestration à la Schola cantorum auprès d’Albert Roussel et de Vincent d'Indy. Outre son unique diplôme, il y obtient la maîtrise technique permettant à son œuvre d'être interprétée en concert par d'aussi brillants pianistes que Riccardo Vinès ou Maurice Ravel.

3. Une personnalité iconoclaste, résolument moderne

Erik Satie est avant tout imprévisible (Trois Morceaux en forme de poire, 1903 ; Trois Véritables Préludes flasques (pour un chien), 1912 ; Sonatine bureaucratique, 1917). Homme de l'instant (Heures séculaires et instantanées, 1914), pianiste d'atmosphère (Trois Gymnopédies, 1888), voire « d'ameublement » (Prélude en tapisserie, 1906), ses premières compositions honorent le répertoire pianistique, non loin des instantanés de Franz Schubert, Frédéric Chopin ou Robert Schumann (Quatre Préludes, 1888-1892 ; Enfantines, 1913), dans une esthétique hésitant entre le salon, le café-concert et le jazz. Mystique, Erik Satie adhère au mouvement des Rose-Croix en 1892 et en devient le compositeur officiel avant de fonder sa propre Église métropolitaine d'art de Jésus conducteur (Messe des pauvres, 1895). Ces contradictions lui permettent de développer une facture originale dans laquelle il raille aussi bien la vanité de la musique savante que la complexité des recherches contemporaines.

4. Un instigateur

Son attitude marginale vaut à Satie l'attachement de nombreux jeunes compositeurs auxquels il montre une voie plutôt que de leur imposer des limites. À l'heure des coteries d'artistes cherchant à se démarquer des académies, les membres du groupe des Six le découvrent grâce à Jean Cocteau ; quant à Henri Sauguet, Henri Cliquet-Pleyel, Maxime Jacob et Roger Desormières, ils se regroupent sous la bannière d'« École d'Arcueil », en hommage à la localité où Erik Satie a élu domicile. Son esprit libre et facétieux fascine ses contemporains, ce qu'exprime ainsi Jean Cocteau : « Satie est le contraire d'un improvisateur. On dirait que son œuvre est toute faite d'avance et qu'il la dégage note par note, méticuleusement. Satie enseigne la plus grande audace de notre époque : être simple ».

En effet, ses écrits esthétiques provocateurs, ses prises de position décalées, mais aussi ses œuvres déconcertantes, en font l'une des figures marquantes du premier quart du XXe siècle, particulièrement après le succès de scandale de son ballet Parade, donné par les Ballets russes de Serge de Diaghilev en 1917, au sujet duquel Guillaume Apollinaire emploie le terme de « surréaliste » pour la première fois. Proche des bruiteurs italiens, il utilise la machine à écrire, le klaxon ou le revolver en guise d'instruments et n'hésite pas à puiser son matériau musical dans les rengaines populaires. Sa conception elliptique de la forme lui vaut l'admiration de compositeurs contemporains comme Francis Poulenc ou John Cage.