Inde, langues de l'
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Inde, langues de l'
3. Aux origines : les langues indo-iraniennes

Vers le début du deuxième millénaire av. J.-C., les peuples indo-iraniens ont émigré vers l’est et se sont installés en Iran. Vers l’an 1000 av. J.-C., la branche des langues indo-aryennes s’est sans doute séparée de la branche des langues iraniennes. Ces dernières ont été utilisées du côté de l’Iran et de l’Afghanistan, tandis que les langues indo-aryennes se développaient dans le nord-ouest de l’Inde (voir indo-iraniennes, langues). Les locuteurs des langues indo-aryennes ont très probablement été en contact avec des locuteurs dravidiens du nord de l’Inde. Ceux-ci furent soumis ou contraints de se déplacer vers le sud de la péninsule, où on les trouve maintenant.

On distingue souvent trois étapes principales dans l’histoire de la branche des langues indo-aryennes : l’indo-aryen ancien, qui comprend le védique et le sanskrit classique ; l’indo-aryen moyen (depuis environ le IIIe siècle av. J.-C.) qui englobe les dialectes vernaculaires du sanskrit appelés prakrits, incluant le pali ; l’indo-aryen moderne (depuis environ le Xe siècle apr. J.-C.) qui comprend les langues modernes des régions septentrionales et centrales du sous-continent indien.

Le sanskrit védique est la langue des Védas ou écritures sacrées hindoues. C’est la forme la plus ancienne du sanskrit, qui s’est développé entre 1500 av. J.-C. et 200 av. J.-C. Le sanskrit classique, qui correspond à une évolution plus tardive (500 av. J.-C.), fut la langue d’ouvrages littéraires et techniques. Encore aujourd’hui, le sanskrit est largement étudié en Inde et joue le rôle de langue sacrée et érudite.

Les prakrits de l’indo-aryen moyen existent sous plusieurs variantes régionales, qui ont finalement donné naissance à leurs propres littératures. Le pali, qui est la langue des écrits canoniques bouddhiques, est le prakrit littéraire le plus ancien. Il est toujours utilisé à des fins liturgiques au Sri Lanka, en Birmanie et en Thaïlande.

Les prakrits ont continué d’être utilisés quotidiennement jusque vers le XIIe siècle apr. J.-C., mais dès le Xe siècle environ, les langues indo-aryennes modernes ont commencé à se développer. Il est difficile d’évaluer le nombre exact de ces langues qui sont parlées aujourd’hui par plus de 400 millions de personnes. Trente-cinq d’entre elles comptent plus de 10 millions de locuteurs chacune ; on peut citer en particulier l’hindi, l’ourdou, le bengali, le gujarati, le pandjabi, le marathe, le bihari, l’oriya et le rajasthani.

Malgré leurs noms distincts, l’hindi et l’ourdou sont en réalité deux dialectes très proches issus de la même langue. Les différences principales résident dans les sources du vocabulaire, les écritures et les traditions religieuses. Le vocabulaire hindi dérive principalement du sanskrit, tandis que l’ourdou contient de nombreux mots d’origine persane et arabe. L’hindi utilise l’écriture devanagari et l’ourdou une écriture arabe de style persan. L’hindi est parlé principalement par les hindous, à la différence de l’ourdou qui est utilisé essentiellement par les musulmans, en Inde comme au Pakistan.

Il existe deux variétés d’hindi, qui sont parlées par 180 millions de locuteurs environ. L’hindi occidental, qui trouve son origine dans la région de Delhi, comprend l’hindi littéraire. L’hindi oriental est parlé principalement dans l’Uttar Pradesh central et dans le Madhya Pradesh oriental. Ses œuvres littéraires les plus importantes sont écrites en dialecte awadhi. Le terme d’hindoustani, que l’on utilise de moins en moins depuis la partition en 1947, est plus ancien. Il désigne le mélange d’ourdou et d’hindi occidental qui se développa dans les camps et les marchés autour de Delhi, se répandit dans toute l’Inde du XVIe au XVIIIe siècle et joua un rôle de lingua franca parmi les différents groupes ethniques de l’Empire moghol. Le bengali, qui est parlé dans l’ouest du Bengale et au Bangladesh par la majorité de la population, se range au sixième rang mondial pour le nombre de locuteurs (environ 120 millions). Comme l’hindi, le bengali vient du sanskrit. C’est la langue du poète Rabindranath Tagore, lauréat du prix Nobel de littérature en 1913. Le bengali a en outre la littérature la plus riche de toutes les langues indiennes modernes.

Le pandjabi, parlé au Pandjab (région qui s’étend au nord-est de l’Inde et à l’ouest du Pakistan), était la langue des gourous, les fondateurs de la religion sikh. Les enseignements sacrés de la religion sikh sont conservés en langue pandjabi, transcrite en gurmukhi, écriture créée par un gourou sikh. En Inde, le pandjabi est proche de l’hindi tandis qu’à l’ouest, au Pakistan, les dialectes pandjabi diffèrent nettement.

Le bihari est en réalité le nom d’un groupe de trois langues apparentées (le bhojpuri, le maithili et le magahi) parlées surtout dans le nord-est de l’Inde, au Bihar. En dépit de ses 40 millions de locuteurs, le Bihari n’est pas une langue reconnue en Inde sur le plan constitutionnel. Même au Bihar, l’hindi reste la langue utilisée pour l’éducation et les questions officielles.

Les autres langues indo-aryennes importantes comprennent le cinghalais, langue officielle du Sri Lanka, et le romani, langue des Tziganes qui vient de l’Inde et s’est répandue dans le monde entier. L’origine sanskrite du romani apparaît dans sa phonétique et dans sa grammaire.

La plupart des écritures des langues indo-aryennes remontent au brahmi, qui est d’origine nord-sémitique. Le devanagari, qui vient du brahmi, est utilisé pour le népali, le marathe et le kashmiri (par les hindous), ainsi que pour l’hindi, le sanskrit et les prakrits. Le gujarati, le bengali, l’assamais et l’oriya ont des systèmes d’écriture particuliers dérivés du devanagari. Une écriture arabe, de style persan, est utilisée pour l’ourdou, le sindhi (qui s’écrit également en devanagari) et le pandjabi.