Chrétien de Troyes
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Chrétien de Troyes
3. Valeurs courtoises contres vertus chevaleresques

Parmi ces romans, citons Érec et Énide (v. 1170), où l’auteur relate les exploits du chevalier Érec. Celui-ci conquiert l’amour de la belle Énide en se montrant invincible lors d’un tournoi, mais il est bientôt affaibli par son bonheur conjugal : le voici contraint d’accomplir des exploits chevaleresques pour prouver à tous — et à lui-même au premier chef —, sa valeur et son courage. Lancelot ou le Chevalier de la charrette (v. 1177) est l’un des romans les plus célèbres de Chrétien. Il relate l’enlèvement de la reine Guenièvre et les exploits que doit accomplir Lancelot, son chevalier servant, pour la retrouver. Dans ce texte plus tardif, la concurrence entre l’amour et les exploits guerriers a tourné à l’avantage de l’amour : alors qu’Érec devait délaisser sa bien-aimée pour prouver sa valeur, Lancelot doit monter dans la charrette d’infamie et voir sa réputation de chevalier valeureux ternie pour les beaux yeux de Guenièvre. Yvain ou le Chevalier au lion (entre 1176 et 1179) reprend à peu près la même problématique que Lancelot : le chevalier, trop préoccupé par ses aventures, paie cher sa négligence à l’égard de sa Dame. Citons enfin Perceval ou le Conte du Graal, (entre 1180 et 1191), le dernier roman de Chrétien, inachevé. Il relate les aventures d’un jeune chevalier naïf parti à la recherche du Graal. L’auteur confère à ce dernier récit une dimension mythique très forte, tout en accentuant le caractère chrétien de la quête : l’amour profane cède ici la place à l’amour sacré. Si Perceval se montre incapable de conquérir le Graal, le récit inachevé laisse cependant la quête sans fin, c’est-à-dire ouverte à d’autres chevaliers, plus purs et plus méritants.

Imité par de nombreux poètes à travers l’Europe, Chrétien de Troyes est considéré comme le père du roman médiéval, notamment par la richesse et par la finesse de ses investigations « psychologiques » et par la portée symbolique de ses intrigues.