Moyen Âge
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Moyen Âge
2. Le haut Moyen Âge (du ve au xe siècle)

Le pillage de Rome par les Goths d’Alaric Ier, en 410, plus peut-être que la déposition, en 476, de Romulus Augustule, le dernier empereur romain d’Occident, fait sur ses contemporains (en particulier saint Augustin ou Sidoine Apollinaire) l’effet d’une catastrophe annonciatrice de la disparition d’une époque. De fait, à la fin du ve siècle, plusieurs tendances, qui ont débuté dès le iiie siècle, aboutissent : la désintégration économique et les Grandes Invasions, puis l’établissement de tribus germaniques à l’intérieur des frontières de l’Empire romain d’Occident, changent la face du continent.

Au cours des siècles suivants, l’Europe occidentale demeure sous l’emprise d’une culture primitive, superposée à la civilisation complexe et élaborée de l’Empire romain, laquelle n’a jamais été totalement perdue ou oubliée (voir Antiquité).

1. Les temps mérovingiens
1.1. Transformations économiques et politiques

Bien que les différentes tribus dites « barbares » commencent à se regrouper en royaumes, le développement économique reste principalement local après les destructions liées aux Grandes Invasions. Les grandes voies commerçantes sont interrompues, même si l’économie monétaire subsiste. Au commerce méditerranéen se substitue un commerce nordique et continental de plus en plus important : les marchands « barbares » remplacent les marchands méditerranéens.

Parallèlement, au terme d’un processus engagé sous l’Empire romain, la superficie des domaines agricoles (les villae romaines) augmente. Les paysans libres sont progressivement attachés à la terre qu’ils exploitent au profit des seigneurs terriens, en échange d’une protection et d’une justice rudimentaires (voir système seigneurial). Dans le même temps, les villes d’Occident entrent dans une longue phase de déclin, conservant principalement des fonctions administratives et religieuses.

Les Francs, en particulier avec Clovis Ier dans les anciennes provinces gauloises de l’Empire, de même que les Wisigoths d’Aquitaine en Espagne et les Ostrogoths en Italie fondent des États importants aux vie et viie siècles. Alors que la dynastie franque des Mérovingiens adopte, avec Clovis, le christianisme en 496 (ou 498), les autres rois optent pour l’hérésie arienne. Ce choix est décisif, car l’arianisme, condamné en 379 par l’empereur Théodose Ier, entraîne dans sa chute les royaumes barbares qui l’ont choisi, alors que le royaume franc, s’appuyant sur les évêques, subsiste.

Au sein de l’aristocratie guerrière, le ciment social est la parenté, mais l’importance des liens féodaux s’accroît durant cette période. Ils puisent sans doute leurs racines dans la vieille relation romaine de patronat-clientèle ou dans le comitatus germanique, le groupe de compagnons de combat. L’ensemble de ces relations constitue un obstacle à l’autorité des rois barbares. De plus, la répartition égale entre les héritiers est la règle et rend impossible toute entreprise durable d’unification territoriale.

1.2. Religion et culture

La seule institution européenne universelle reste l’Église chrétienne, elle-même en proie à la dispersion de son autorité. Dans la hiérarchie ecclésiastique, le pouvoir réel est détenu par les évêques, véritables princes de leur diocèse. À l’origine, le pape (évêque de Rome) jouit seulement d’une prééminence formelle sur ses pairs, comme détenteur du trône de saint Pierre auquel le Christ est censé avoir confié la direction de l’Église. L’idée d’un gouvernement ecclésiastique ou d’une Église monarchique dirigée par le pape ne se développe pas au cours des premiers siècles du Moyen Âge. L’Église se voit elle-même comme la communauté spirituelle des chrétiens, exilés du royaume de Dieu, attendant dans un monde hostile le jour de la délivrance. Les membres les plus importants de cette communauté sont étrangers à la hiérarchie du gouvernement ecclésiastique et vivent dans les monastères qui parsèment l’Europe.

Face aux forces centrifuges dont l’arianisme reste la plus redoutable, des tendances en faveur de l’unification du rite, du calendrier et de la règle monastique s’affirment au sein de l’Église. En ce sens, le rôle du pape Grégoire le Grand ou celui du fondateur de l’ordre des bénédictins, saint Benoît de Nursie, est considérable.

L’activité culturelle durant le haut Moyen Âge s’attache, avant tout, à s’approprier et à conserver l’héritage antique. Les ordres monastiques, tels les bénédictins apparus au ve siècle, jouent un rôle de premier plan : en réalité, l’Église a le monopole de fait de la culture écrite. Les œuvres des auteurs classiques sont recopiées et commentées (voir scriptorium). Des ouvrages encyclopédiques sont rédigés, tels que les Étymologies (623) de saint Isidore de Séville qui tente de réaliser une somme de la connaissance humaine. Au cœur de toute activité intellectuelle se trouve la Bible dans la traduction latine de saint Jérôme, la Vulgate, et toutes les études laïques sont considérées comme des travaux préparatoires à la compréhension des textes sacrés.

Les rois barbares eux-mêmes, le plus souvent analphabètes, ont recours aux ecclésiastiques pour administrer leurs États : le roi Gondebaud en Lombardie fait ainsi rédiger la loi gombette par ses conseillers ecclésiastiques ; Avit, évêque de Vienne (la ville française), joue auprès de Clovis un rôle essentiel.

2. L’Europe carolingienne

À partir du xiiie siècle, les différents royaumes barbares issus des premières vagues d’invasion se disloquent : seule l’autorité spirituelle de l’Église et le souvenir de l’Empire romain semblent unifier un monde marqué par l’émiettement.

2.1. Des Pippinides aux Carolingiens

La défense de la chrétienté face à la menace musulmane accélère l’ascension d’une famille qui, dès la fin du viie siècle avec Pépin de Herstal, commence à imposer son pouvoir comme maire du palais des « rois fainéants », les derniers Mérovingiens. Son fils, Charles Martel, sait réunir une troupe suffisamment nombreuse, venue de toute la chrétienté, pour stopper l’avancée des musulmans, en 732 à Poitiers.

Pépin le Bref peut, en 751, se faire couronner roi des Francs après avoir détrôné Childéric III, le dernier mérovingien (voir dynastie des Carolingiens). L’onction épiscopale lui apporte une légitimité d’origine religieuse considérable. Charles (futur Charlemagne), son second fils, s’impose très vite comme un politique exceptionnel et un remarquable homme de guerre. Après avoir évincé son frère Carloman, il devient, en 771, seul roi des Francs et entreprend une conquête systématique de toute la chrétienté d’Europe, combinée avec une lutte incessante à la fois contre les musulmans — présents de la Sicile à l’Espagne — et contre les potentats locaux. En 800, l’Europe est sous sa coupe jusqu’aux pays slaves : il se fait alors couronner empereur par le pape, à Rome, et s’installe à Aix-la-Chapelle.

2.2. De l’empire de Charlemagne au partage de Verdun

Pendant un demi-siècle, jusqu’en 843, l’empire est une réalité politique, modelée par la volonté de son fondateur et perpétuée par son fils et successeur, Louis Ier le Pieux. Il est marqué par l’importance de l’administration impériale, qui délègue aux missi dominici (un clerc et un laïc associés) les pouvoirs de l’empereur dans les comtés. Il se caractérise aussi par le rôle de l’écrit, véhiculé par le latin : les capitulaires sont multipliés pour fixer la législation de l’empire.

L’empire ainsi constitué doit pourtant rapidement montrer ses limites. Malgré le contrôle exercé par les envoyés de l’empereur, les comtes et les marquis disposent d’une forte autonomie sur leur territoire. En Bavière et en Bretagne, par exemple, les tentatives de sécession sont nombreuses durant le ixe siècle. La fragilité du système carolingien ne lui permet pas de survivre à son fondateur. Louis le Pieux parvient à préserver son trône, mais à sa mort (840), la règle successorale qui impose le partage du domaine entre les descendants, fait voler en éclats l’empire, partagé au traité de Verdun de 843 entre Louis II le Germanique, Lothaire Ier et Charles II le Chauve.

2.3. La renaissance carolingienne

La période carolingienne permet à une partie de la chrétienté de connaître une paix relative. L’empereur et ses successeurs entretiennent avec les guerriers (auxquels ils confient des comtés, marches et duchés afin d’y assurer la police et la paix) des relations fondées sur la fidélité et l’échange de services. C’est ainsi que naissent, au ixe siècle, les relations de type féodal entre le prince et ses vassaux (voir féodalité).

Le rôle dévolu à l’Église par l’État impérial amène les clercs à développer une nouvelle forme d’écriture, beaucoup plus lisible, la « minuscule caroline ». Les manuscrits se multiplient dans les scriptoria, permettant la diffusion du patrimoine hérité de l’Antiquité romaine. Charlemagne lui-même encourage l’aristocratie franque à acquérir la maîtrise de l’écriture et de la lecture.

La prospérité de l’Église se traduit aussi par le développement de constructions, dont le palais d’Aix-la-Chapelle et la cathédrale impériale sont les plus célèbres exemples. La cour impériale suscite le renouvellement des arts traditionnels chez les Barbares, comme les émaux et l’orfèvrerie. Les courants commerciaux à l’intérieur de l’empire sont vivifiés, et l’expression « renaissance carolingienne », appliquée par les historiens de la fin du xixe siècle, correspond à ce moment de paix.