Perrault, Charles
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Perrault, Charles
4. Les Contes

Mais la postérité a surtout retenu de la production littéraire de Charles Perrault une œuvre de dimensions extrêmement réduites : les Histoires et contes du temps passé (1697), recueil de huit contes merveilleux issus de la littérature orale nationale comme l’indique le frontispice Contes de ma mère l’Oye, qui signifie « contes de bonnes femmes ». La publication de ces textes en prose dotés d’une morale en vers soigneusement explicitée, totalement étrangers à la tradition littéraire de l’Antiquité, constitue une pièce essentielle dans le combat que mène Perrault en faveur des Modernes. Pourtant, ils sont édités de façon anonyme, accompagnés d’une préface signée par Pierre Perrault D’Armancour, fils de Charles, qui laisse supposer que ce jeune enfant est l’auteur du recueil, qui comprend la Belle au Bois dormant, le Petit Chaperon rouge, la Barbe-Bleue, le Maître Chat ou le Chat botté, les Fées, Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe et le Petit Poucet. En 1694, Perrault avait déjà publié trois contes, en vers ceux-là : la Patience de Grisélidis, Peau d’âne, et les Souhaits ridicules.

Le passage de ces contes populaires et oraux à une forme écrite, destinée au public érudit des salons avant de l’être aux enfants, implique un processus de transformation, paradoxalement aussi profond que peu visible à première vue. En effet, qui sait aujourd’hui que, dans certaines versions orales, le petit chaperon rouge dévorait la chair de sa mère-grand, et s’abreuvait de son sang ? Ou encore que Cendrillon jetait du sel dans la cendre, faisant croire qu’elle avait des poux afin qu’on la laisse tranquille ? Les Contes de Perrault sont le résultat d’une censure assez nette de tous les éléments et motifs qui pouvaient choquer, ou simplement ne pas être compris par un public mondain.

Mais Perrault transforme également le récit et l’adapte à la société de son temps : il ajoute des glaces et des parquets au logis de « Cendrillon » et situe l’action du « Petit Poucet » à l’époque de la grande famine de 1693. Parallèlement, il les teinte d’un humour spirituel, agrémente le récit de plaisanteries parfois piquantes, destinées à prendre ses distances avec le merveilleux, déclarant par exemple que l’ogresse de « la Belle au Bois dormant » veut manger la petite Aurore « à la sauce Robert », que « le prince et sa belle ne dormirent pas beaucoup » après leurs retrouvailles, ou encore que les bottes du « Chat botté » n’étaient pas très commodes pour marcher sur les tuiles des toits. Ce faisant, il adapte son style à l’idée qu’il veut donner des Contes de ma mère l’Oye, multipliant les archaïsmes et les tournures vieillies, utilisant le dialogue, le présent de narration ou le jeu des formulettes (« Anne, ma sœur, ne vois-tu rien venir ? » ; « Ma mère-grand, comme vous avez de grands bras »), qui rappellent l’origine orale des contes et leur vivacité. Multipliant les signes d’une pseudo-oralité, ainsi que ceux d’une fausse innocence, Perrault a transformé le conte populaire, en réalisant un des chefs-d’œuvre de la littérature universelle.