fer, âge du
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fer, âge du
3. Europe

Le fer apparaît sporadiquement dans les cultures dites des « champs d’urnes » de l’âge du bronze récent (ou final) en Europe centrale, et lui succède progressivement. La chronologie protohistorique proposée par Paul Reinecke, du Römisch-Germanisches Zentralmuseum de Mayence, en 1904, se fondait sur l’étude typologique d’objets découverts au XIXe siècle. Or, aujourd’hui, sans remettre fondamentalement en cause sa description, on insiste plutôt sur la notion de continuité et de passage progressif à l'âge du fer.

Paul Reinecke a déterminé une première culture de l’âge du fer en Europe occidentale sous le nom de Hallstatt, village des Alpes autrichiennes, important lieu d’exploitation du sel à partir de la fin de l’âge du bronze, dont la nécropole a livré de longues épées en fer. Quelque 1 300 tombes ont été fouillées à ce jour. Les objets précieux et prestigieux qu’elles contiennent, dont de nombreux objets d’importation, sont la preuve de la vitalité de l’exploitation saline au sein d’un vaste et dense réseau commercial. Dans les longs réseaux souterrains de la mine de sel ont été retrouvés des pics de métal, des sacs à dos de cuir et bois, des baquets de bois et des faisceaux de tiges de résineux, sortes de longues allumettes que les mineurs devaient tenir entre les dents pour s’éclairer.

La seconde culture de l’âge du fer européen a été établie à partir du site de La Tène, sur les rives du lac de Neuchâtel, en Suisse, où ont été découverts sous les eaux plus de 2 500 objets (armes, parures et outils), dont de nombreux en métal. Leur association avec des ossements animaux et humains ainsi que leur présence dans un bras mort de rivière incitent à penser que le site était un lieu d’offrandes et de sacrifices.

Cette classification reposait, en outre, sur l’idée de rupture culturelle produite par l’arrivée de cavaliers hallstattiens, les Celtes, en Europe occidentale. Aujourd’hui, la continuité culturelle entre l’âge du bronze et l’âge du fer est en revanche de plus en plus mise en évidence. Pour l’Europe occidentale, les archéologues distinguent de nos jours un premier âge du fer, qui s’étend jusqu'à 500 av. J.-C. et pendant lequel le fer est surtout utilisé pour fabriquer des armes, le bronze étant employé pour la vaisselle, les objets de parure ou de culte (statues). Pendant le second âge du fer, de 500 av. J.-C. au début de notre ère, le fer est utilisé pour réaliser à son tour les nombreux objets de la vie quotidienne. Des milliers de clous de fer sont employés, par exemple, pour joindre les poutres des remparts gaulois, les murus gallicus, murs de pierre renforcés par des structures de bois, ou assembler des planches dans les maisons.

1. Réseaux d’échanges à longue distance

Pendant l'âge du fer, la société semble comporter trois classes sociales différenciées, rompant ainsi avec le bronze récent où l'on a parfois distingué un certain nivellement social. La première, révélée par le mobilier funéraire comportait les chefs et une aristocratie, la deuxième incluait parfois les prêtres (les druides chez les Celtes) et des artisans spécialisés. La troisième classe regroupait les agriculteurs et les bergers. Les tombes de l’âge du fer contiennent de nombreux objets d’importation, dont l’immense cratère en bronze de Vix (Côte-d’Or), de facture grecque, le plus impressionnant de l’Antiquité, et que l'on rattache au premier âge du fer. Les échanges à longue distance mettent en relation des peuples, des civilisations et productions fort éloignées les unes des autres, mais qui participent à un vaste commerce dans lequel les Celtes semblent avoir servi de relais. Ce sont souvent des pièces de vaisselle, liées au service du vin, produits de luxe offerts par les Étrusques, puis par les Grecs en échange des matières premières dont ils avaient besoin (métaux, céréales, bois) et que l’on retrouve jusqu’au sud de la Suède. La Scandinavie offrait son ambre en échange. On connaît ces peuples sans écriture du centre de l'Europe à travers les écrits de leurs voisins grecs puis romains qui ont transmis les témoignages des marchands, avant ceux, plus récents, de l'archéologie.

Le premier âge du fer semble correspondre à la période de la conquête de territoire par des guerriers porteurs de longues épées, et qui ont fait du cheval un instrument du contrôle de l'espace à des fins autant guerrières que commerciales. Il leur fallait, en effet, non seulement contrôler les voies de communication, mais aussi défendre les centres où s'échangeaient les produits. De nombreuses résidences princières sont élevées, de la Bourgogne à l’Autriche, contrôlant les grandes voies d’échange : le Rhône, le Rhin et le Danube. La résidence princière de la Heuneburg, qui domine le Danube en Allemagne, a été ceinte, à la fin du premier âge du fer, d’une muraille de briques crues sur une base de pierres, une méthode méditerranéenne surprenante pour cette région et qui montre l’importance qu’a pu avoir l’influence grecque.

Au second âge du fer, la zone de pouvoir se déplace d'est en ouest, vers la Sarre, région riche en fer, en cuivre et en sel, la Moselle et la Champagne. Parallèlement, les comptoirs grecs (voir Grèce), phéniciens (voir Phénicie) et puniques (voir Carthage), établis sur les côtes de la Méditerranée occidentale (Marseille, Sud de l'Espagne, Afrique du Nord, Baléares), ont joué un grand rôle, par acculturation, dans l’évolution des civilisations d’Europe occidentale. Les colonies phéniciennes d’Andalousie ont donné naissance, au VIIIe siècle av. J.-C., à la culture de Tartessos, qui adopte le fer, le tour de potier, la culture de la vigne et de l’olivier, l’usage des fortifications de pierre, et couche ses textes de lois dans une écriture semi-syllabique.

Les influences phocéennes et puniques ont contribué par la suite à former la civilisation des Ibères, déjà associés aux Celtes pour donner les Celtibères au centre de la péninsule Ibérique. Marseille, fondée par les Grecs de Phocée vers 600 av. J.-C., a ainsi eu une très forte influence sur la formation de la Gaule méditerranéenne.

2. Vie quotidienne

L’implantation traditionnelle de villages fortifiés sur des sites perchés ou naturellement défendus s’est poursuivie. Le village de Biskupin, en Pologne, au sud de la Vistule, a ainsi été édifié vers 700 av. J.-C. sur une péninsule. La montée des eaux a ensuite noyé le village. Les vestiges en bois — murs des maisons, pavement des rues, poutres maintenant la terre et les pierres du rempart — immergés dans une tourbière gorgée d’eau ont été parfaitement conservés. Le village est étonnant par la régularité de son plan, cent maisons en enfilade sur treize rangées, et l’exacte similitude des habitations, toutes de mêmes dimensions, formées d’un vestibule ouvrant sur une pièce, où se trouvaient un foyer sur la droite et une litière sur la gauche, le tout surmonté d’un étage. L'économie alliait l'élevage des bovins, des porcins, des chevaux, et la culture du blé, de l'orge, des pois et des haricots. Au cours de fouilles systématiques entreprises avant la Seconde Guerre mondiale, six millions d’objets, en bois, en os, en tissu, en céramique et en métal, y ont été découverts, ainsi des perles d'ambre de la Baltique et même des perles en pâtes de verre d'origine égyptienne. Cinq autres sites semblables sont répertoriés dans les environs.

Ces communautés regroupaient plus d’un millier de personnes, des paysans exploitant largement leur milieu (eau et forêt). L’artisanat était domestique. Les objets de bronze étaient fabriqués au village, mais pas ceux en fer, peut-être importés ou réalisés à l’extérieur de la fortification, à proximité de la forêt, source de combustible. Dans les sites non fortifiés, une palissade entourait parfois certains bâtiments, considérés alors comme la maison du chef. Les maisons étaient construites en bois et torchis, en briques crues ou en pisé sur murets de pierre, dans les zones méridionales, avec un toit de joncs ou de chaume. Radiers, sablières basses, pilotis, poteaux sur semelles évitaient leur effondrement. Les bâtiments d’Antran, dans la Vienne, et de Verberie, dans l’Oise, exceptionnels par leurs grandes dimensions — 46 m sur 17 m, pour le premier, et 22 m sur 12,50 m, pour le second — et par leur plan — angles arrondis, des poteaux en petit nombre mais gigantesques — sont interprétés comme des édifices collectifs.

Au Ier siècle av. J.-C., les oppida, villes fortifiées sur les hauteurs, sont édifiés en grand nombre pour faire face au danger romain. L’oppidum de Bibracte, la capitale des Éduens aux IIe et Ier siècles av. J.-C., sur le mont Beuvray, dans le Morvan, était ceinturé d’un rempart enserrant plusieurs sommets et des sources captées et canalisées. La fortification, sur 20 m de large, se composait d’un fossé, d’une escarpe et d’un murus gallicus de 4 m de haut, et était percée de portes massives en retrait du rempart. Un réseau routier la reliait aux agglomérations voisines. Sur 200 ha s’étendaient un centre cultuel, des quartiers résidentiels, où l’influence romaine est notable dans le plan des maisons, les matériaux et la décoration, et des quartiers artisanaux, animés par des rues bien tracées. Les oppida ont progressivement été abandonnés après la conquête au profit des villes construites par les Romains dans les plaines.

Tous les animaux domestiques, chevaux et chiens compris, étaient consommés, à l’âge adulte, le plus souvent après avoir été intensément mis à profit pour tous les travaux possibles. Les paysans cultivaient des céréales, des légumineuses, des plantes oléagineuses, des choux et des carottes. Des réserves étaient stockées, à l’abri des animaux, dans des silos ou des greniers sur pilotis. La viande de porc, salée, fumée (la charcuterie), était une spécialité gauloise. Les ressources naturelles (cueillette des châtaignes, collecte des coquillages en bord de mer) composaient une partie de l’alimentation.

L’artisanat (travail du bois, vannerie, orfèvrerie, tissage, verrerie) était très développé et de haute qualité. Les vêtements à rayures et à carreaux multicolores des Gaulois étonnèrent les Romains, habitués aux unis écrus ou pourpres. Hommes et femmes portaient des parures variées, la plus fréquente étant le bracelet, en matériaux divers, et la plus prestigieuse, le torque, collier circulaire rigide en métal précieux.

À l’âge du fer se mettent en place de nouveaux systèmes sociopolitiques diversifiés. Des magistratures républicaines, mais parfois aussi des dictatures militaires, supplantent les monarchies méditerranéennes. Au second âge du fer se forment les communautés celtiques indépendantes, les peuples gaulois. La monnaie, apparue en Grèce vers 600 av. J.-C., est introduite en Europe occidentale par les mercenaires celtes vers 350 av. J.-C. Les premières monnaies gauloises sont frappées à la fin du IIe siècle av. J.-C.

3. Pratiques funéraires

Les monuments funéraires de l'âge du fer ont fourni la majeure partie des objets concernant cette période. La tombe du prince de Hochdorf, en Allemagne, découverte intacte en 1978, a révélé le faste des funérailles princières. Un gigantesque tumulus, de 60 m de diamètre et de 10 m de haut à l’origine, recouvrait une chambre funéraire de bois tapissée de tentures. Vêtu de riches étoffes, de soie de Chine notamment, et de somptueux bijoux d’or, ce prince mort à quarante ans, entre 540 et 520 av. J.-C., reposait sur une banquette à roulettes en bronze, avec son épée, son carquois et son nécessaire de toilette. La chambre enfermait aussi son char d’apparat, couvert d’armes de fer, de pièces de harnachement et de vaisselle de bronze, des cornes à boire et un énorme chaudron grec en bronze, d’une contenance de 500 litres qui avait servi à préparer la boisson des funérailles, sorte d’hydromel parfumé aux plantes de montagne. Ces tombes princières, les « tombes à char », signalées par une stèle ou une effigie, sont souvent entourées de sépultures postérieures, plus ou moins riches, dont on pense qu’elles sont celles des proches du mort, ses parents et sa suite.

Au second âge du fer, les chars d’apparat à quatre roues disparaissent au profit de chars de guerre à deux roues. Bâtis sur le même modèle — tumulus sur chambre de bois — les kourganes, tombes des peuples nomades des steppes, des Scythes entre autres, ont livré des vestiges rares et impressionnants : tissus précieux, tentures de feutre ornées de motifs cousus, objets de cuir et de bois, vêtements de fourrure, et des corps momifiés tatoués d’animaux réels ou imaginaires et de motifs abstraits caractéristiques de l’art des steppes. Les matières organiques s’y sont, en effet, exceptionnellement conservées, car ces tombes, comme celles de Pazyryk dans l’Altaï sibérien, creusées dans le permafrost, sont restées prises dans la glace pendant plus de deux millénaires. Plusieurs chevaux avec leur harnachement ont été inhumés à côté des kourganes. Une des tombes de Pazyryk contenait un grand char à quatre roues, auquel étaient attelés quatre chevaux, avec un toit en feutre orné de quatre cygnes de feutre rembourrés d’herbes.

Inhumation et incinération ont également été pratiquées à l’âge du fer. Les os brûlés étaient déposés dans une fosse à même la terre ou dans une urne. Le mort est accompagné de ses objets personnels et de récipients ayant contenu de la nourriture, reste d’un banquet funéraire, offrande aux dieux ou nourriture pour le voyage vers l’au-delà. En Italie, le passage de l’incinération à l’inhumation au VIIIe siècle av. J.-C. marque la fin de la culture villanovienne (de Villanova, un faubourg de Bologne) et l’émergence de la culture étrusque.

4. Religion

Le sanctuaire de l’âge du fer en Europe occidentale était un espace clos ouvrant à l’est — direction du soleil levant — par une porte monumentale ornée d’armes, d’éléments de chars, de crânes humains et bovins. À l’intérieur se trouvait une fosse ou un puits sacrificiel où l’on déposait les offrandes — animaux domestiques, végétaux, objets divers et souvent précieux — destinées, pense-t-on, à des divinités de la Terre liées à la fertilité et à la mort. Le sanctuaire était parfois architecturé, en bois ou en pierre, en Gaule méridionale, et s’intégrait à un ensemble cultuel plus vaste formé d’enceintes et d’aires multiples. Ceux d’Entremont et de Roquepertuse, dans les Bouches-du-Rhône, sont célèbres pour leurs étonnantes sculptures, notamment des têtes bicéphales, et des statues de guerriers tenant des têtes coupées.

Les sanctuaires livrent des traces de rituels macabres : exposition de corps et de crânes humains, charnier humain à Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme. Ces rituels sont liés à des célébrations de combats victorieux ou à des cultes d’ancêtres « héroïsés ». Les corps retrouvés dans les tourbières danoises et anglaises et révélant souvent une mort violente, comme pour l’homme de Tollund étranglé par une corde, seraient des coupables châtiés, ou, plus probablement, des victimes de sacrifices. Les tourbières, les zones marécageuses et les points d’eau constituaient d’importants lieux cultuels.