Tolstoï, Léon
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Tolstoï, Léon
2. Vie

Lev Nikolaïevitch Tolstoï naît à Iasnaïa Poliana, la propriété familiale, au sud de Moscou. Ses parents, de riches propriétaires terriens d’ancienne noblesse, disparaissent alors que l’enfant n’a que neuf ans. Léon Tolstoï et ses frères sont donc élevés, avec grand soin, par leur tante, qui confie leur instruction à des précepteurs français et allemands. À seize ans, Tolstoï entre à l’université de Kazan, où il étudie sans assiduité les langues vivantes puis le droit ; c’est là qu’il découvre l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, qui a sur lui une forte influence, et dès lors il ne supporte plus l’enseignement officiel : il interrompt ses études en 1847 sans avoir obtenu aucun diplôme, et mène pendant quelque temps une vie de bohème mondaine au sein de la haute société moscovite, avant de rentrer dans la propriété familiale (1848). À Iasnaïa Poliana, il essaie en vain d’améliorer la condition des serfs qui travaillent la terre.

En 1851, lassé d’une vie trop tranquille, Tolstoï décide de s’engager dans l’armée et de rejoindre son frère, qui combat dans le Caucase avec son régiment. Dans cette région, où il demeure pendant trois années, il côtoie pour la première fois ces Cosaques qu’il mettra en scène par la suite dans l’un de ses romans, les Cosaques (1863). Son premier texte, écrit en 1852, s’intitule Enfance ; premier volet d’une trilogie autobiographique, ce récit fait immédiatement de Tolstoï un auteur reconnu. Les ouvrages suivants reçoivent également un accueil chaleureux. Après son séjour dans le Caucase, Tolstoï prend part à la guerre de Crimée ; il défend Sébastopol avec son régiment, et relate ce combat dans les Récits de Sébastopol (1855-1856, publiés en 1868).

Tolstoï rentre à Saint-Pétersbourg en 1856, puis voyage à l’étranger, notamment en France et en Allemagne, où le capitalisme bourgeois le choque ; il peut cependant y visiter des écoles, ce qui consolide en lui le désir de se consacrer à l’éducation des serfs récemment affranchis par le tsar. Dès son retour à Iasnaïa Poliana, il y crée une école ; ses principes éducatifs sont exposés dans une revue pédagogique qu’il publie lui-même à partir de 1862 et à laquelle il donne le nom de la propriété. L’année de la création de la revue, le romancier, aspirant à une certaine stabilité, épouse Sophie Andreïevna Bers, issue d’une famille moscovite cultivée. Il consacre les quinze années qui suivent à l’éducation de ses treize enfants et à la gestion de sa propriété, mais n’en délaisse pas pour autant l’écriture ; il rédige, en effet, au cours de ces années, les deux romans qui lui apporteront honneurs et gloire : la Guerre et la Paix (1865-1869) et Anna Karénine (1875-1877). Cependant, au milieu de cette période heureuse, il est soudainement saisi par l’angoisse de la mort et sa vie lui paraît absurde. Peu après la rédaction d’Anna Karénine, il se convertit et exalte dès lors dans son œuvre un certain nombre de préceptes moraux d’inspiration chrétienne mais peu conformes aux dogmes de l’Église orthodoxe : ses points de vue radicaux sur la foi et sur le rôle de l’Église lui valent d’ailleurs d’être excommunié en 1901. Ses prises de position sur la littérature, en particulier sur les écrivains russes, mais aussi sur les artistes étrangers, nous paraissent aujourd’hui totalement erronées. Il prône une éthique sévère, faite de frugalité, de chasteté et de pauvreté, sans parvenir lui-même à s’y conformer. Terriblement tourmenté par la contradiction entre le contenu de ses enseignements et le mode de vie que sa fortune personnelle lui assure — mais aussi par les querelles incessantes qui l’opposent à son épouse —, Tolstoï quitte une nuit le domicile conjugal, accompagné de son médecin privé. Trois jours plus tard, il tombe malade ; une pneumonie l’emporte le 7 novembre 1910, alors qu’il se trouve dans une petite gare, loin de sa demeure.