Tolstoï, Léon
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Tolstoï, Léon
4. Deux chefs-d’œuvre : la Guerre et la Paix et Anna Karénine

La Guerre et la Paix est généralement considéré comme l’un des plus grands romans jamais écrits. Ce récit, qui évoque une période troublée de l’histoire russe (l’action se déroule en Russie entre 1805 et 1815, pendant l’invasion du pays par les armées de Napoléon), est paradoxalement marqué par un sentiment de joie profonde — ressentie sans doute par l’auteur pendant la rédaction. Dans cette fresque immense, Tolstoï met en scène cinq cent cinquante-neuf personnages, mais il relate avant tout la vie de cinq familles aristocratiques. Le destin de ces personnages de fiction se mêle à la réalité historique, puisqu’ils traversent d’importantes batailles militaires et côtoient de célèbres figures de l’histoire. Chef-d’œuvre du réalisme, la Guerre et la Paix brille par la véracité des événements historiques aussi bien que par le portrait physique et psychologique des protagonistes.

L’un des personnages les plus attachants du roman est sans doute Natacha Rostov, personnage inspiré à l’auteur par sa belle-sœur, Tany Bers, et qui incarne à ses yeux la femme idéale. Au fil du récit, le lecteur voit cette adolescente exubérante se transformer en une mère de famille rayonnante. Absorbée tour à tour par ses sentiments amoureux, son mariage et ses enfants, Natacha, devenue l’une des plus célèbres héroïnes de la littérature russe, traverse avec une grande sérénité les différents âges de la vie. Elle illustre superbement les théories historiques de Tolstoï, selon lesquelles l’histoire se construit bien plus à partir de motivations anonymes et d’agissements personnels qu’à partir des grands événements collectifs et publics suscités par les gouvernements. Une philosophie profondément optimiste, ainsi qu’un amour enthousiaste pour la vie dans toutes ses manifestations émanent de ce roman, malgré les horreurs de la guerre et les travers humains qui y sont décrits. (Pour une présentation détaillée de l’œuvre, voir l'article la Guerre et la Paix).

L’autre chef-d’œuvre de Tolstoï, Anna Karénine, constitue l’un des plus grands romans psychologiques modernes. L’exubérance de la Guerre et la Paix laisse ici la place à un réalisme plus pessimiste, puisque cette fois les personnages principaux ne parviennent pas à résoudre les conflits dans lesquels ils sont impliqués, et que l’héroïne finit par se donner la mort. Dans ce drame passionnel inspiré d’un fait divers, Tolstoï relate, parallèlement à la passion adultère d’Anna Karénine pour le jeune officier Vronski, d’autres histoires, notamment celle de l’amour, légitime celui-là, qui unit Kitty et Lévine, mais il fait aussi de nombreuses digressions, abordant des sujets sociaux ou philosophiques. Si la première histoire, tragique, se déroule à Saint-Pétersbourg dans les années 1860, la seconde, heureuse, a pour cadre une propriété à la campagne ; destins exemplaires qui permettent à Tolstoï de réaffirmer la supériorité de la vie rurale et naturelle sur l’univers urbain, superficiel et factice. L’auteur fait néanmoins montre d’une grande compassion pour sa coupable héroïne, condamnée à la souffrance et au suicide pour avoir transgressé les lois sociales et morales. L’opinion de Tolstoï est par ailleurs véhiculée par le personnage de Lévine, qui lui sert de porte-parole lorsqu’il critique la sophistication intellectuelle urbaine. De plus, Lévine est assailli d’angoisses et d’interrogations sur le sens de la vie et sur la relation des êtres humains avec l’infini, comme l’est Tolstoï lui-même au moment où il achève la rédaction de ce roman. (Pour une présentation détaillée de l’œuvre, voir l’article Anna Karénine).