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2. Grèves et mouvement ouvrier

Jusqu’au XIXe siècle, en Europe occidentale, les grèves étaient le fait des corporations. En France, l’insurrection des Canuts lyonnais, en 1831, marqua l’apparition des premières grèves ouvrières. Le mouvement de grève à l’origine de la révolte concernait certes une catégorie précise d’ouvriers, les travailleurs de la soie, qui portaient des revendications particulières : l’augmentation de leurs salaires. Mais ce mouvement conjuguait des caractéristiques originales. Les transformations économiques de la Révolution industrielle avaient favorisé les grandes concentrations ouvrières autour des pôles de production ; la grève des Canuts rassembla quelque 80 000 ouvriers soyeux. D’autres catégories de travailleurs manifestèrent leur solidarité. Et les insurgés, au lendemain de la Révolution de juillet 1830, se montraient sensibles aux idéologies socialistes naissantes, en appelant à la « révolution sociale ». Pour la première fois en France, la grève exprimait la lutte des classes, confrontait les travailleurs aux employeurs et à l’État. Désormais, la cessation du travail devenait un moment privilégié du combat ouvrier. Elle allait bientôt s’intégrer dans une stratégie politique. Cette dimension politique de la grève fut d’abord théorisée par l’Association internationale des travailleurs, fondée en 1864, puis reprise par les socialistes français. Jean Jaurès l’évoquait lors de la grève des mineurs de Carmaux en 1891.

Le syndicalisme révolutionnaire fit ensuite de la grève l’arme ultime de la classe ouvrière dans sa lutte contre le capitalisme. En 1906, au congrès de la Confédération générale du travail (CGT), la charte d’Amiens proclamait que la grève générale était le moyen par lequel la classe ouvrière parviendrait à la révolution.

Les mutations économiques et sociales de la seconde moitié du XXe siècle ont modifié la conception de la grève, en même temps qu’elles entraînaient la disparition progressive des « cols bleus », l’absorption de la classe ouvrière dans un ensemble social aux contours plus flous. La grève apparaît dorénavant plus comme l’expression de revendications catégorielles. La montée du chômage et la précarisation du travail, l’affaiblissement des syndicats contribuent par ailleurs à réduire sensiblement le nombre de journées de grève, notamment dans le secteur privé de l’économie, plus exposé.