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3. Grèves et acquis sociaux

En 1791, la loi Le Chapelier, en supprimant les corporations et en interdisant les coalitions ouvrières, avait rendu la grève illégale. Le texte fut aggravé par le Code pénal de 1810, instituant un délit de coalition, qui ne serait abrogé que sous le second Empire, par une loi du 25 mai 1864. Cette loi, souvent présentée comme une reconnaissance du droit de grève, maintenait en fait un délit d’entrave à la liberté du travail et le mouvement ouvrier demeura sévèrement contrôlé, voire réprimé jusqu’à la fin du siècle.

La liberté syndicale ne fut acquise qu’en 1884 avec la loi Waldeck-Rousseau, votée alors que les mineurs d’Anzin, dans le nord de la France, poursuivaient une grève depuis un mois. De fait, la législation sociale et le droit du travail ont souvent progressé sous la pression des ouvriers en grève. Jusqu’en 1936, les revendications ouvrières, exprimées dans des conflits souvent violents et durement réprimées, ne furent satisfaites qu’indirectement par des textes adoptés par les parlementaires. En 1936, après l’extension au niveau national d’un mouvement de grèves avec occupation de locaux — les premières « grèves sur le tas » —, le nouveau gouvernement du Front populaire ouvrit une négociation tripartite inédite, réunissant syndicats ouvriers, patronat et représentants de l’État. Les accords Matignon prévoyaient une augmentation moyenne des salaires de 10 p. 100, instauraient la semaine de 40 heures et octroyaient deux semaines de congés payés aux salariés. De la négociation naquirent surtout les premières conventions collectives, progrès décisif dans le droit du travail. En 1963, une grève des mineurs au sein des Charbonnages de France aboutit à la naissance de la politique contractuelle en matière de salaires. Les accords de Grenelle, conclus en mai 1968, à la suite de négociations tripartites rendues nécessaires par le mouvement de grève générale dans le pays, furent de même à l’origine de la loi du 5 décembre sur le droit syndical dans l’entreprise.