| Format recherche | islam | Format lecture |
| 1. | Présentation |
islam, religion monothéiste apparue dans la péninsule Arabique au viie siècle, et fondée sur la révélation au prophète Mahomet d’un texte sacré, le Coran.
Le terme arabe islam signifie littéralement « se rendre », mais son sens religieux dans le Coran correspond à « répondre à la volonté ou à la loi de Dieu ». Selon le Coran, l’islam est la religion primordiale et universelle, et la nature en elle-même est musulmane, car elle obéit aux lois auxquelles Dieu (Allah en arabe) l’a soumise. En ce qui concerne les êtres humains, qui possèdent une volonté propre, la pratique de l’islam n’implique pas obligatoirement une soumission, mais la libre acceptation des commandements divins.
Le musulman (littéralement, « celui qui se soumet à Dieu ») croit en la révélation du Coran ; il est membre de la communauté islamique, la umma. Cette communauté est forte aujourd’hui de plus d’un milliard de croyants répartis sur les cinq continents. Né dans la péninsule Arabique, l’islam s’est répandu au fur et à mesure des conquêtes arabes dans tout le Proche-Orient, autour de la Méditerranée, du Maroc à l’ouest à la péninsule indienne à l’est. Par la suite, lors de migrations humaines, des foyers de peuplement musulmans se sont développés, implantant l’islam en Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie, Philippines, etc.), dans le sous-continent indien et en Asie centrale. En Europe, l’islam est, en importance, la deuxième religion après le christianisme.
| 2. | Fondation et branches de l’islam |
À l’époque de Mahomet (v. 570-632), la péninsule Arabique abrite des Bédouins nomades qui vivent de l’élevage et de razzias, ainsi que des Arabes installés dans des villes, qui pratiquent le commerce. La religion des Arabes est alors polythéiste et idolâtre. Pourtant, il existe une ancienne tradition de monothéisme, ou du moins une croyance en une divinité suprême ; les communautés juives et chrétiennes ont probablement contribué à promouvoir des doctrines monothéistes.
| 1. | Mahomet |
Mahomet commence son activité prophétique à l’âge de 40 ans lorsque, selon la tradition, l’archange Gabriel (Jibrîl en arabe) lui apparaît au cours d’une vision. Mahomet confie à sa famille et à ses proches amis le contenu de ces révélations. Au bout de quatre années, il a converti quarante personnes, et commence à prêcher ouvertement dans sa ville natale de La Mecque. Face à l’hostilité des Mecquois, il se rend à en 622 à Yathrib (aujourd’hui Médine) ; le calendrier islamique débute avec cet événement, appelé l’Hégire (« émigration »).
À Médine, Mahomet accède bientôt à une autorité à la fois temporelle et spirituelle, car il est reconnu comme législateur et prophète. L’opposition arabe et juive qu’il rencontre à Médine est écrasée, et une guerre est déclarée contre La Mecque. De plus en plus de tribus arabes déclarent allégeance à Mahomet, et La Mecque capitule en 630. À sa mort, en 632, Mahomet est le chef d’un État arabe dont la puissance s’est rapidement étendue.
Les principaux enseignements de Mahomet sont la bonté, l’omnipotence et l’unicité de Dieu (Allah en arabe) ainsi que la nécessité d’être généreux et juste dans les relations humaines. D’importants éléments du judaïsme et du christianisme sont introduits dans la religion naissante, qui est cependant fortement enracinée dans la tradition arabe pré-islamique ; des institutions importantes, telles que le pèlerinage et le lieu saint de la Kaaba, sont empruntées au paganisme arabe et introduites sous une forme différente. Ainsi, en réformant la tradition arabe pré-islamique, Mahomet la confirme également.
| 2. | La succession de Mahomet et la division de l’islam |
C’est pendant les premiers siècles de l’islam (viie-xe siècles) que sont développées la loi islamique (la charia) et le droit canonique (le fiqh) — disciplines islamiques orthodoxes fondamentales —, ainsi que la spéculation théologique (le kalâm). C’est plus tôt encore, durant la période des quatre califes rashidun (« biens guidés »), entre 632 et 661, que la communauté des croyants se scinde à plusieurs reprises, et que se créent les trois branches actuelles de l’islam.
| 2.1. | La scission chiite |
Cousin et gendre de Mahomet, Ali est le quatrième calife. Dès la mort du prophète (632) et la nomination d’Abu Bakr à sa succession apparaît le premier désaccord au sein de la communauté, Ali invoquant sa qualité d’héritier légitime. La querelle s’intensifie lorsqu’en 644, à la mort du deuxième calife Omar, le vieil Othman est préféré à Ali. Le jour même de l’assassinat d’Othman, en juin 656, Ali est proclamé quatrième calife à Médine (aujourd’hui en Arabie saoudite). Le nouveau calife et ses partisans (les futurs chiites) prônent une rigueur religieuse non appliquée jusqu’alors.
De fait, ce qui rapproche les premiers partisans d’Ali est un désaccord avec les principes politiques de la nouvelle religion, et notamment avec le mode de succession au califat. Ils sont simplement liés par le soutien qu’ils apportent à Ali en sa qualité de dirigeant de la communauté musulmane, et par leur opposition à ceux qui se sont révoltés contre lui — comme Mu’awiya (fondateur de la dynastie des califes omeyyades) et les kharijites. Après l’assassinat d’Ali en janvier 661, ses partisans considèrent ses fils (les Alides) comme ses successeurs de droit au titre de calife.
| 2.2. | La scission kharijite |
Gouverneur omeyyade de Syrie, Mu’awiya conteste la légitimité d’Ali en tant que quatrième successeur de Mahomet au califat. En 657, il affronte les troupes califales d’Ali à Siffin et, au cours de la bataille, propose de mettre fin au combat en demandant un arbitrage. Lorsque Ali accepte ce compromis pour éviter un bain de sang, une partie de ses partisans se retire du champ de bataille, désapprouvant tout arbitrage autre que divin. Ces sécessionnistes sont les kharijites (de l’arabe kharej, « sortir »). S’opposant désormais à la fois à Mu’awiya et à Ali, ils élisent leur propre calife. Ils organisent ensuite le meurtre des protagonistes de l’arbitrage, mais ne parviennent à assassiner que leur ancien chef Ali, en 661.
Pour les kharijites, les œuvres sont aussi essentielles que la foi. Ainsi, ils soutiennent que commettre un péché grave exclut de la communauté islamique un musulman même pratiquant (qui continue à accepter les articles de la foi). Les kharijites finissent par considérer toutes les autorités politiques musulmanes comme impies et, après de nombreuses rébellions, sont finalement vaincus — une faction modérée des kharijites, appelée les ibadites, survit cependant et existe toujours, en Afrique du Nord, en Syrie et dans le sultanat d’Oman.
| 2.3. | La communauté sunnite |
C’est en réaction aux deux schismes chiite et kharijite que se forme le courant dominant, celui de la communauté musulmane qui continue de suivre la « voie du prophète » (la Sunna, la Tradition prophétique). La doctrine sunnite se met progressivement en place durant les premiers siècles de l’islam.
| 3. | Fondements de l’islam |
| 1. | Les sources |
Les deux sources fondamentales de la doctrine et de la pratique islamiques sont le Coran et la Sunna (ou conduite exemplaire du prophète Mahomet). Pour leur part, les chiites s’appuient également sur les propos attribués à leurs imams, ainsi que sur les interprétations qui en sont faites pour les courants dont le dernier imam est entré en occultation.
| 1.1. | Le Coran |
Les musulmans considèrent que le Coran est la parole de Dieu livrée à Mahomet par l’intermédiaire de Gabriel (Jibrîl en arabe), l’ange de la Révélation. Le texte du Coran correspond à l’ensemble des passages révélés à Mahomet au cours des vingt-deux années de sa vie prophétique (610-632). Il est divisé en 114 chapitres (sourates) de longueur inégale, le plus court ne contenant que 3 vers brefs et le plus long, 286 vers.
| 1.2. | La Sunna |
Seconde source de l’islam, la Sunna (la Tradition prophétique relatant le comportement de Mahomet) est connue grâce aux hadiths, l’ensemble des traditions fondées sur les actes et les paroles du Prophète. Contrairement au Coran, qui a été appris par cœur par de nombreux fidèles de Mahomet et qui a été transcrit relativement tôt, la transmission des hadiths a été en grande partie orale, et les textes qui font aujourd’hui autorité datent du ixe siècle.
Au début de la période islamique, la faillibilité ou l’infaillibilité du Prophète (sauf en ce qui concerne les révélations du Coran) est un sujet de controverse. Cependant, plus tard, le consensus de la communauté islamique est que lui-même ainsi que les prophètes qui l’ont précédé sont infaillibles. Il n’en demeure pas moins que, comme les hadiths se sont transmis surtout verbalement, il a été admis que des erreurs ont pu s’être glissées dans la transmission des faits et gestes du Prophète.
| 2. | Les dogmes |
| 2.1. | L’unicité de Dieu (Allah) |
Le monothéisme est au centre de l’islam. C’est la foi en un seul Dieu (Allah en arabe), unique, omnipotent, éternel et transcendant : « Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah » (« La ilaha illa Allah » ; début de la chahada, premier des cinq piliers de l’islam). La croyance en plusieurs dieux ou en l’extension de la divinité de Dieu à un tiers est radicalement étrangère à l’islam. Dieu a créé l’homme et la nature dans un acte primordial de pitié. Il a offert à chaque élément de sa création une nature qui lui est propre et des lois qui régissent sa conduite. Le monde est un tout bien ordonné, harmonieux, un cosmos dans lequel tout a une place et des limites. Aucun vide, aucune dislocation ou rupture ne peut par conséquent être trouvé dans la nature. Dieu gouverne l’univers qui, de par son ordre, est le signe et la preuve de Dieu et de son unicité.
Selon l’islam, Dieu présente quatre fonctions particulières : la création, les moyens de subsistance, le conseil et le jugement. Dieu, qui a créé l’univers par pure pitié, est condamné à le maintenir. Toute la nature est faite pour favoriser l’humanité, qui peut l’exploiter et en tirer avantage. L’objectif ultime de l’humanité est cependant d’être « au service de Dieu », c’est-à-dire de ne vénérer que lui et de bâtir un ordre social et éthique dépourvu de toute « corruption ».
| 2.2. | Les prophètes |
L’islam commande de croire en la mission du prophète Mahomet, mais aussi en celle de tous ceux qui l’ont précédé, à savoir les prophètes de l’Ancien Testament (Adam, Noé, Abraham, Moïse, etc.) et du Nouveau Testament (Jésus). Si le message divin a été révélé dans sa totalité à Mahomet, chaque prophète antérieur n’en est pas moins dépositaire d’une révélation partielle. Les messages de tous les prophètes émanent de la même source divine qui, dans le Coran, est appelée « Les Tables conservées », « Le Livre caché », ou « La mère de tous les livres divins ».
Les prophètes représentent une unité indivisible, et il faut croire en eux tous, car en accepter certains et en rejeter d’autres équivaut à renier la vérité divine. Dans l’islam, tous les prophètes sont humains ; rien en eux n’est divin, mais ils représentent les exemples les plus parfaits pour l’humanité.
Cependant, Mahomet est doté d’un statut particulier ; il est décrit dans le Coran comme « le Sceau de tous les prophètes ». C’est de là qu’est issue la croyance islamique selon laquelle le cycle prophétique est terminé par le Coran. Pour les musulmans, l’islam est la dernière et la plus parfaite des révélations de Dieu, qui accomplit et remplace toutes les précédentes.
| 2.3. | Les anges |
Le Coran précise que le musulman doit croire aux anges, en particulier aux quatre archanges Jibrîl (Gabriel), l’ange de la révélation divine à Mahomet, Mikhâïl (Michel), qui veille sur la nature, Isrâfîl, sonnant la trompette du jugement dernier, et Izrâïl, l’ange de la mort. Mais il faut également croire aux autres anges, comme en l’ange déchu, appelé Iblîs ou Shaytan (le diable), lequel commande l’armée des esprits maléfiques (djinns et shaytans).
| 2.4. | Le jour du jugement |
Selon l’islam, les actes divins de création et de conseils prennent fin avec l’acte du jugement. Le jour du jugement dernier, toute l’humanité sera rassemblée et les individus seront jugés séparément en fonction de leurs actes. Ceux qui auront « réussi » seront admis dans le jardin (paradis), et les « perdants », ou les mauvais, iront en enfer — bien que Dieu soit miséricordieux et pardonne à ceux qui le méritent.
Outre le jugement dernier, qui concerne les individus, le Coran reconnaît un autre type de jugement divin, qui est infligé, dans leur histoire, aux peuples et aux communautés. Comme les individus, les nations peuvent être corrompues par la richesse, le pouvoir et l’orgueil et, à moins qu’elles ne se corrigent, elles sont punies par destruction ou soumission à des nations plus méritantes (voir eschatologie).
| 4. | Loi et droit islamiques |
| 1. | La loi islamique (charia) |
La loi islamique, appelée la charia, définit les objectifs moraux de la communauté et correspond à « la voie à suivre ». La charia ne correspond à aucun corpus précis et fini. Ainsi, dans la société islamique, le terme loi possède une signification beaucoup plus large que dans son acception laïque, car elle comprend des impératifs non seulement légaux, mais aussi religieux et moraux. La loi islamique distingue ainsi les obligations de culte (ibâdât) de celles régissant les relations en société (mu’âmalât).
| 1.1. | Les obligations de culte (ou piliers de l’islam) |
Cinq obligations, appelées les « piliers de l’islam », sont considérées comme cardinales et commandent la vie de la communauté. Il s’agit de :
| 1.2. | Les obligations sociales |
Règlementant la société et les relations entre individus, la charia correspond à un grand nombre de prescriptions de la vie quotidienne du croyant. Ces prescriptions touchent ainsi à la relation au corps (pudeur, circoncision, ablutions, etc.), à l’organisation de la famille (patriarcale) — donc également au lien conjugal (règlementation du mariage et du divorce), au statut de la femme et à la sexualité —, aux interdits alimentaires (viandes licites et illicites, alcool, etc.), aux lois testamentaires (héritage, dispositions funéraires), à l’interdit du prêt à intérêt, ou encore à la justice (adultère, vol, meurtre, fraude, etc.).
| 2. | Le droit musulman (fiqh) |
| 2.1. | Les sources du droit |
Mise en application de la loi islamique, le droit musulman (fiqh) s’appuie sur quatre sources ou « fondements de la loi ». Les deux premières sont les sources scripturaires de la loi, le Coran et la Sunna. Utilisant le jugement personnel (ra’y), les deux autres sources, profanes, sont le consensus (ijmâ’) et le raisonnement par analogie (qiyâs).
| 2.2. | Les écoles juridiques (madhâhib) |
Cinq écoles de loi (madhâhib) ont toujours cours dans l’islam, quatre sunnites et une chiite.
Les quatre écoles sunnites apparaissent au cours des deux premiers siècles de l’islam : le malikisme (du nom de Malik ibn Anas, mort en 796), le hanafisme (du nom d’Abu Hanifa, mort en 767), le chafiisme (du nom de Mohammad al-Chafii, mort en 820), et le hanbalisme (du nom d’Ahmad ibn Hanbal, mort en 855). Elles se distinguent essentiellement par l’importance accordée à l’autorité des textes ou au raisonnement analogique, mais reconnaissent les conclusions des autres écoles comme étant parfaitement légitimes et comprises dans le cadre de l’islam orthodoxe. Chaque école a tendance à dominer dans certaines régions : le hanafisme a sa zone d’influence dans le sous-continent indien, en Asie centrale, en Turquie et dans une moindre mesure en Égypte, en Jordanie, en Iran, en Irak ; le malikisme en Afrique du Nord et de l’Ouest ; le chafiisme en Asie du Sud-Est et en Afrique orientale ; et le hanbalisme en Arabie saoudite.
L’école chiite, appelée le ja’farisme (du nom du sixième imam, Jafar al-Sadiq, mort en 765) domine pour sa part en Iran.
| 5. | Théologie et mystique |
| 1. | La théologie spéculative (kalâm) |
Aux viiie et ixe siècles, la traduction en arabe des ouvrages des philosophes grecs entraîne la mise en place de la théologie spéculative musulmane (kalâm). Fondant sa réflexion sur la raison et la logique rigoureuse, le mutazilisme est la première des écoles du kalâm. L’insistance fondamentale des mutazilites porte sur l’unicité absolue et la justice de Dieu, mais ils s’accordent également à croire en la responsabilité de l’homme dans ses actions. Au xe siècle, une opposition aux thèses mutazilites apparaît, inspirée par le philosophe al-Achari et ses adeptes (les acharites). Les opinions d’al-Achari et de son école — notamment la croyance en la prédestination et, par conséquent, le refus du concept du libre arbitre de l’homme — deviennent progressivement dominantes dans l’islam sunnite et le sont encore chez la plupart des musulmans. À la même époque, un troisième courant du kalâm se met en place, le maturidisme, qui défend sensiblement les mêmes positions que les acharites.
| 2. | La philosophie islamique (falsafa) |
Les mutazilites sont probablement les premiers musulmans à emprunter des méthodes philosophiques grecques pour exposer leur doctrine. Certains de leurs opposants utilisent les mêmes méthodes, et le débat est à l’origine du mouvement philosophique islamique qui s’appuie fortement sur la traduction arabe du corpus grec et sur l’étude des travaux philosophiques et scientifiques grecs. Le premier philosophe musulman est al-Kindi, lequel tente d’adapter les concepts de la philosophie grecque aux vérités révélées de l’islam, qu’il considère comme supérieures au raisonnement philosophique. Comme le sont également les philosophes musulmans suivants de cette époque, il est d’abord influencé par les travaux d’Aristote et par le néoplatonisme, dont il fait la synthèse dans un système philosophique unique.
Au xe siècle, le Turc al-Farabi est le premier philosophe musulman à subordonner la révélation et la loi religieuse à la philosophie. Al-Farabi avance que la vérité philosophique est la même dans le monde entier et que les nombreuses religions existantes sont les expressions symboliques d’une religion universelle idéale. Au xie siècle, le philosophe et médecin persan Ibn Sina (Avicenne), élève d’al-Farabi, réalise l’intégration la plus systématique du rationalisme grec et de la pensée islamique — au détriment de plusieurs articles de foi orthodoxes, tels que la croyance en l’immortalité individuelle et en la création du monde. Il prétend également que la religion est simplement de la philosophie sous une forme métaphorique qui la rend acceptable par les masses, incapables de saisir les vérités philosophiques formulées de manière rationnelle. Ces opinions entraînent des attaques contre Avicenne, et la philosophie en général, par des penseurs islamiques plus orthodoxes et en particulier par le théologien al-Ghazali, dont l’ouvrage Critique des philosophes (Tahâfut al-Falâsifa) s’attache surtout au déclin de la spéculation philosophique rationaliste au sein de la communauté islamique. Ibn Ruchd (Averroès), philosophe et médecin andalou du xiie siècle, défend les opinions aristotéliciennes et néoplatoniciennes contre al-Ghazali et devient le philosophe musulman le plus important dans le monde occidental par son influence sur la scolastique chrétienne.
Voir aussi philosophie islamique.
| 3. | La mystique : soufisme et confréries musulmanes |
Le mouvement mystique appelé soufisme apparaît au viiie siècle lorsque de petits cercles de musulmans, en réaction à l’attachement croissant aux biens terrestres de la communauté islamique, commencent à mettre l’accent sur la vie intérieure et sur la purification morale. Au cours du ixe siècle, le soufisme se transforme en une doctrine mystique, dont la communion directe ou même l’union extatique avec Dieu représente l’idéal. Cette aspiration à l’union mystique avec Dieu va à l’encontre de l’engagement islamique orthodoxe de monothéisme. Pour cette raison, le soufi al-Hallaj est mis au supplice en 922, à Bagdad. Les soufis importants tentent par la suite de réaliser une synthèse entre le soufisme modéré et l’orthodoxie et, au xie siècle, al-Ghazali parvient avec succès à introduire le soufisme au sein du sunnisme orthodoxe.
Au xiie siècle, le soufisme cesse d’être la recherche d’une élite instruite et se transforme en un mouvement populaire complexe. L’insistance des soufis sur la connaissance intuitive et l’amour de Dieu accroît l’appel de l’islam vers les masses, et permet dans une large mesure son extension, du Proche-Orient vers l’Afrique et l’est de l’Asie. Les fraternités soufies se multiplient rapidement. Le succès de ces confréries musulmanes est surtout dû aux aptitudes et à la générosité de leurs fondateurs et dirigeants qui non seulement pourvoient aux besoins spirituels de leurs adeptes, mais aident également les pauvres quelle que soit leur confession, et servent fréquemment d’intermédiaires entre le peuple et le gouvernement.
| 6. | L’islam et la société |
La vision islamique de la société est théocratique, au sens où le but de tous les musulmans est « la Loi de Dieu sur Terre ». Cependant, ceci n’implique pas de règles cléricales, bien que les autorités religieuses possèdent un rôle politique considérable dans certaines sociétés musulmanes. L’idée d’un modèle de société islamique est fondée sur l’interpénétration de toutes les sphères de la vie spirituelle, rituelle, politique et économique formant une unité indivisible. Cet idéal repose sur des notions telles que la « loi islamique » et l’« État islamique », et explique la forte emprise de l’islam sur la vie et les obligations sociales des croyants.
| 1. | La société islamique |
| 1.1. | La communauté des fidèles (umma) |
Le fondement de la société islamique est la communauté des fidèles (la umma), renforcée par les exigences de la pratique religieuse. La communauté doit être modérée et éviter tous les extrêmes. Au Moyen Âge, les autorités religieuses islamiques ont revendiqué un degré d’infaillibilité pour la communauté, qui a toutefois été limité par la domination occidentale sur les pays musulmans.
| 1.2. | La famille |
La première communauté islamique a eu pour but de renforcer la famille au détriment des anciennes loyautés tribales. Le Coran insiste sur la piété filiale et l’« amour et l’indulgence » entre époux. Les hommes et les femmes y sont déclarés égaux, bien que soit parallèlement signalé que les hommes bénéficient de plus de responsabilités (ayant notamment la charge d’assurer les moyens de subsistance du ménage). La fidélité sexuelle est rigoureusement exigée.
Le Coran prône des mesures destinées à améliorer la condition des femmes contemporaines de la Révélation (c’est-à-dire du viie siècle de notre ère). L’infanticide des filles, jadis dominant dans certaines tribus, est interdit ; les filles obtiennent une part de l’héritage, bien que cette part corresponde à la moitié de ce qui est alloué aux garçons. Le Coran recommande avec insistance de bien traiter les femmes et accorde aux épouses le droit de divorcer en cas de mauvais traitements.
Le Coran autorise la polygamie masculine dans la limite de quatre épouses, mais établit également que « si tu crains de ne pas être également juste envers les épouses, n’épouse qu’une seule femme ». L’abus de la polygamie et du droit des hommes, reconnu dans l’islam traditionnel, à répudier leur femme (même si sa conduite est irréprochable) a récemment conduit à la promulgation de lois familiales réformées dans la plupart des pays musulmans.
| 2. | L’islam et les sociétés non musulmanes |
| 2.1. | La relation aux autres religions |
Les musulmans n’ont généralement pas cherché à établir un dialogue fort avec les représentants des autres religions. Ce n’est que récemment que les autorités musulmanes ont engagé un dialogue avec des représentants du christianisme et du judaïsme, reconnus dans l’islam comme les deux autres religions du « Livre ».
La tradition islamique possède une règlementation précise pour les communautés musulmane, juive et chrétienne. En effet, l’islam divise théoriquement le monde en trois zones distinctes : dâr al-islâm (« la Maison de l’islam »), dâr al-sulh (« la Maison de la Paix », territoires non musulmans ayant conclu une trêve avec l’islam) et dâr al-harb (« la Maison de la Guerre », le reste du monde). Il distingue également trois catégories d’individus : les musulmans, les « gens du Livre » (ahl al-kitâb, détenteurs de l’Écriture) et les infidèles (kâfir, pluriel kâfirûn, c’est-à-dire les non croyants). Si, à l’origine, l’expression « gens du Livre » ne désignait que les juifs et les chrétiens, elle a par la suite été étendue à d’autres communautés monothéistes (par exemple, aux adeptes du zoroastrisme).
Historiquement, en terre d’islam (dâr al-islâm), les « gens du Livre » doivent se soumettre à l’autorité politique musulmane, ce qui leur permet de conserver leur foi et de pratiquer librement leur culte ; ils bénéficient d’un contrat de protection leur offrant le statut d’« hôtes protégés » (dhimmi), mais doivent payer un impôt de capitation (la jizya) rappelant leur situation d’infériorité juridique et financière. Pour ce qui est des non croyants, c’est-à-dire ceux que les musulmans ne reconnaissent pas comme « gens du Livre », ils doivent en principe se convertir à l’islam ou être réduits en esclavage. Cependant, cette loi a rarement été appliquée. Un converti à l’islam ne peut renoncer à sa nouvelle religion, qu’il soit un dhimmi ou un païen, car c’est un péché mortel que d’abandonner l’islam, même pour une religion dont la révélation est reconnue. Il n’en demeure pas moins que, si la religion a règlementé le statut de chaque individu au sein des terres islamiques, rien n’a été prévu pour les musulmans vivant hors du domaine de l’islam.
| 2.2. | Le cas particulier du djihad |
Le terme djihad, généralement traduit par « guerre sainte », désigne la lutte pour atteindre l’objectif islamique qui consiste à « réformer la Terre », ce qui peut comprendre l’usage de la force si nécessaire. Cependant, l’objectif prescrit du djihad n’est pas une expansion territoriale ou la conversion forcée des peuples à l’islam, mais l’hypothèse d’une puissance politique destinée à mettre en vigueur les principes de l’islam grâce à des institutions publiques. Le concept du djihad a néanmoins été employé par certains dirigeants médiévaux musulmans pour justifier des guerres déclarées par pures visées politiques. Progressivement cependant, le djihad a été interprété en termes plus défensifs qu’offensifs. Il n’en demeure pas moins qu’à partir du xxe siècle, le concept du djihad a inspiré une frange de la communauté musulmane dans son combat contre l’influence occidentale.
| 7. | L’islam et le monde musulman aujourd’hui |
| 1. | Répartition de la communauté des fidèles |
Divisé en trois branches — le sunnisme largement majoritaire (environ 90 p. 100 des musulmans), le chiisme (près de 10 p. 100) et le kharijisme (moins de 1 p. 100) — le monde musulman est toujours constitué de la communauté des fidèles (la umma) qui, aujourd’hui, se répartit entre :
L’islam est ainsi une communauté plurielle rassemblant une multitude de peuples, de nationalités, de langues, de cultures (arabes, berbères, irano-indiennes, turques, malaises, noirs africaines, etc.) autour d’une foi unique : la croyance en Dieu (Allah en arabe) et en son prophète Mahomet.
Les musulmans se distinguent également par l’école juridique à laquelle ils se rattachent (les madhâhib, voir droit musulman), la principale étant le hanafisme (la plus souple, suivie par plus du tiers des croyants), puis le chafiisme, le malikisme et le hanbalisme (école très peu suivie).
| 2. | Questions doctrinales et problématiques contemporaines |
Sans pour autant ignorer ou masquer la pluralité et la complexité du monde musulman contemporain, il est possible d’y distinguer deux grandes tendances opposées : les traditionnalistes et les modernistes.
Les traditionalistes défendent une application rigoureuse de l’islam et une lecture littérale des textes révélés ; on utilise communément les termes d’islamistes (exigeant une stricte application de la loi islamique, la charia) et d’intégristes pour désigner ces musulmans traditionalistes, fondamentalistes et prosélytes. Pour exemple, l’application de la loi islamique est demeurée rigoriste en Arabie saoudite, où le wahhabisme (courant sunnite issu de l’école hanbalite) est la doctrine officielle depuis le xviiie siècle. Pour sa part fondé dans les années 1920, le mouvement des Frères musulmans (des sunnites traditionalistes intransigeants) cherche à « ré-islamiser » la communauté musulmane en créant un unique État islamique, combattant par la force toute influence occidentale, et ne reconnaissant que le Coran comme Constitution. Enfin, il est à noter que pour les plus extrémistes, la foi en l’islam doit être valorisée par le sang des martyrs et la guerre sainte (djihad).
Face à ces différents développements du traditionalisme islamique, les modernistes affirment pour leur part que l’islam — religion tolérante et rationnelle — n’est pas hostile au progrès, à l’innovation, et à sa propre évolution pour s’adapter au monde contemporain. La réflexion contemporaine se porte notamment sur le statut de l’individu et plus particulièrement sur celui de la femme, dont la vie est fortement règlementée par la loi et la tradition. Bien que ces réflexions ne correspondent à aucun mouvement d’ensemble dans le monde musulman, il est notable que des applications plus souples de la loi islamique aient été mises en place dans de nombreux États souverains.