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| 2. | Fondation et branches de l’islam |
À l’époque de Mahomet (v. 570-632), la péninsule Arabique abrite des Bédouins nomades qui vivent de l’élevage et de razzias, ainsi que des Arabes installés dans des villes, qui pratiquent le commerce. La religion des Arabes est alors polythéiste et idolâtre. Pourtant, il existe une ancienne tradition de monothéisme, ou du moins une croyance en une divinité suprême ; les communautés juives et chrétiennes ont probablement contribué à promouvoir des doctrines monothéistes.
| 1. | Mahomet |
Mahomet commence son activité prophétique à l’âge de 40 ans lorsque, selon la tradition, l’archange Gabriel (Jibrîl en arabe) lui apparaît au cours d’une vision. Mahomet confie à sa famille et à ses proches amis le contenu de ces révélations. Au bout de quatre années, il a converti quarante personnes, et commence à prêcher ouvertement dans sa ville natale de La Mecque. Face à l’hostilité des Mecquois, il se rend à en 622 à Yathrib (aujourd’hui Médine) ; le calendrier islamique débute avec cet événement, appelé l’Hégire (« émigration »).
À Médine, Mahomet accède bientôt à une autorité à la fois temporelle et spirituelle, car il est reconnu comme législateur et prophète. L’opposition arabe et juive qu’il rencontre à Médine est écrasée, et une guerre est déclarée contre La Mecque. De plus en plus de tribus arabes déclarent allégeance à Mahomet, et La Mecque capitule en 630. À sa mort, en 632, Mahomet est le chef d’un État arabe dont la puissance s’est rapidement étendue.
Les principaux enseignements de Mahomet sont la bonté, l’omnipotence et l’unicité de Dieu (Allah en arabe) ainsi que la nécessité d’être généreux et juste dans les relations humaines. D’importants éléments du judaïsme et du christianisme sont introduits dans la religion naissante, qui est cependant fortement enracinée dans la tradition arabe pré-islamique ; des institutions importantes, telles que le pèlerinage et le lieu saint de la Kaaba, sont empruntées au paganisme arabe et introduites sous une forme différente. Ainsi, en réformant la tradition arabe pré-islamique, Mahomet la confirme également.
| 2. | La succession de Mahomet et la division de l’islam |
C’est pendant les premiers siècles de l’islam (viie-xe siècles) que sont développées la loi islamique (la charia) et le droit canonique (le fiqh) — disciplines islamiques orthodoxes fondamentales —, ainsi que la spéculation théologique (le kalâm). C’est plus tôt encore, durant la période des quatre califes rashidun (« biens guidés »), entre 632 et 661, que la communauté des croyants se scinde à plusieurs reprises, et que se créent les trois branches actuelles de l’islam.
| 2.1. | La scission chiite |
Cousin et gendre de Mahomet, Ali est le quatrième calife. Dès la mort du prophète (632) et la nomination d’Abu Bakr à sa succession apparaît le premier désaccord au sein de la communauté, Ali invoquant sa qualité d’héritier légitime. La querelle s’intensifie lorsqu’en 644, à la mort du deuxième calife Omar, le vieil Othman est préféré à Ali. Le jour même de l’assassinat d’Othman, en juin 656, Ali est proclamé quatrième calife à Médine (aujourd’hui en Arabie saoudite). Le nouveau calife et ses partisans (les futurs chiites) prônent une rigueur religieuse non appliquée jusqu’alors.
De fait, ce qui rapproche les premiers partisans d’Ali est un désaccord avec les principes politiques de la nouvelle religion, et notamment avec le mode de succession au califat. Ils sont simplement liés par le soutien qu’ils apportent à Ali en sa qualité de dirigeant de la communauté musulmane, et par leur opposition à ceux qui se sont révoltés contre lui — comme Mu’awiya (fondateur de la dynastie des califes omeyyades) et les kharijites. Après l’assassinat d’Ali en janvier 661, ses partisans considèrent ses fils (les Alides) comme ses successeurs de droit au titre de calife.
| 2.2. | La scission kharijite |
Gouverneur omeyyade de Syrie, Mu’awiya conteste la légitimité d’Ali en tant que quatrième successeur de Mahomet au califat. En 657, il affronte les troupes califales d’Ali à Siffin et, au cours de la bataille, propose de mettre fin au combat en demandant un arbitrage. Lorsque Ali accepte ce compromis pour éviter un bain de sang, une partie de ses partisans se retire du champ de bataille, désapprouvant tout arbitrage autre que divin. Ces sécessionnistes sont les kharijites (de l’arabe kharej, « sortir »). S’opposant désormais à la fois à Mu’awiya et à Ali, ils élisent leur propre calife. Ils organisent ensuite le meurtre des protagonistes de l’arbitrage, mais ne parviennent à assassiner que leur ancien chef Ali, en 661.
Pour les kharijites, les œuvres sont aussi essentielles que la foi. Ainsi, ils soutiennent que commettre un péché grave exclut de la communauté islamique un musulman même pratiquant (qui continue à accepter les articles de la foi). Les kharijites finissent par considérer toutes les autorités politiques musulmanes comme impies et, après de nombreuses rébellions, sont finalement vaincus — une faction modérée des kharijites, appelée les ibadites, survit cependant et existe toujours, en Afrique du Nord, en Syrie et dans le sultanat d’Oman.
| 2.3. | La communauté sunnite |
C’est en réaction aux deux schismes chiite et kharijite que se forme le courant dominant, celui de la communauté musulmane qui continue de suivre la « voie du prophète » (la Sunna, la Tradition prophétique). La doctrine sunnite se met progressivement en place durant les premiers siècles de l’islam.