| Weimar, République de | Format lecture | ||||
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| 2. | Une naissance problématique |
| 1. | Une république née de la révolution |
À l'automne 1918, l'Empire allemand se trouve dans une situation critique. Sur le plan militaire, l'échec des grandes offensives du printemps a convaincu l'état-major allemand que la guerre est inéluctablement perdue. Aussi, préférant ne pas en endosser la responsabilité devant l'opinion, il laisse le gouvernement civil, dirigé par le prince Max de Bade, se charger de demander l'armistice auprès du président américain Wilson. Dans le même temps, les revers militaires, les privations au cours des cinq années de conflit et l'agitation menée par l'aile gauche du Parti social-démocrate allemand (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) provoquent un mouvement de révolte qui débute à Kiel, le 3 novembre 1918, avec le soulèvement des marins. Rapidement, l'insurrection se propage dans la plupart des grandes villes où se constituent des comités de soldats et d'ouvriers qui réclament la fin de la guerre et l'instauration de la République.
Le 9 novembre, l'empereur Guillaume II abdique et la République est proclamée par le ministre Scheidemann à la tribune du Reichstag, tandis que le prince Max de Bade démissionne et que le social-démocrate Friedrich Ebert lui succède. Le 11 novembre, l'armistice est signé.
| 2. | L'écrasement de la révolution |
La situation est alors des plus confuses. Friedrich Ebert se retrouve en effet à la tête d'un Conseil des commissaires du peuple qui regroupe toutes les tendances du socialisme allemand. Très vite la désunion apparaît entre les différentes forces de gauche. D'un côté se trouvent les socialistes indépendants et surtout les spartakistes, dirigés par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, qui veulent instaurer un régime sur le modèle de celui né en Russie avec la révolution bolchevique. De l'autre côté, les sociaux-démocrates modérés de Friedrich Ebert, qui songent en priorité à préserver l'existence de l'État allemand, seul garant de l'ordre et de l'unité de la nation, même au prix d'une alliance avec les forces les plus réactionnaires et avec l'armée. Lorsque, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1918, Ebert conclut un accord secret avec l'état-major pour mettre fin au danger bolchevique, les spartakistes engagent une grève générale à Berlin le 5 janvier 1919. Elle est écrasée par les troupes gouvernementales au cours de la « semaine sanglante » (11-15 janvier) qui voit notamment l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg. Avec l'appui des corps francs, formés de soldats démobilisés, le gouvernement écrase l'agitation révolutionnaire dans le reste de l'Allemagne au cours des mois suivants, comme à Munich où la République des Conseils est renversée dans le sang en avril 1919.
| 3. | L'avenir hypothéqué |
L'agitation révolutionnaire de novembre 1918 conduit à l'instauration de la République et à l'écrasement des forces d'extrême gauche qui constituent deux phénomènes majeurs qui vont peser très lourdement sur l'évolution ultérieure du régime.
En effet, les militaires et les nationalistes au cours des années suivantes vont faire de la révolution de 1918 la principale cause de la défaite militaire. Selon eux, c'est la révolution, perçue comme une véritable trahison, qui a entraîné l'Allemagne à signer l'armistice, alors que l'armée allemande était demeurée invaincue sur le plan militaire. Sans ce « coup de poignard dans le dos », la poursuite de la guerre était possible. Ce thème va servir de propagande à l'ensemble de la droite nationaliste tout au long des années vingt et jeter sur la République de Weimar, issue de cette révolution, un véritable discrédit dont les dirigeants ne parviendront pas à disculper le régime.
D'autre part, l'écrasement des forces révolutionnaires prive le régime d'un appui face aux partis hostiles à la République, notamment les monarchistes encore très nombreux et les extrémistes de droite, dont l'audience ne cesse de se renforcer. Surtout, en s'alliant avec l'état-major et la droite réactionnaire, les socialistes contribuent à renforcer grandement le poids des forces militaristes et nationalistes.
| 4. | La nouvelle Constitution |
Tandis que la conférence de paix commence à Versailles, une assemblée nationale constituante se réunit à Weimar, en Thuringe, en février 1919. Dominée par les sociaux-démocrates du SPD, les catholiques modérés du Zentrum (« Centre catholique ») et les démocrates du DDP, l'assemblée élabore une Constitution qui fait de l'Allemagne une république fédérale et parlementaire, mais accorde de larges pouvoirs au président de la République, élu au suffrage universel. Celui-ci dispose, grâce à l'article 48, de la possibilité de suspendre les droits fondamentaux et d'autoriser le chancelier à gouverner à coups de décrets. Le pouvoir législatif est partagé entre deux assemblées, le Reichstag et le Reichsrat, qui est formé des représentants des différents Länder d'Allemagne. Friedrich Ebert est élu par l'assemblée président de la nouvelle République.
| 5. | Le « diktat » de Versailles |
Quasiment dès sa naissance, le régime de Weimar est mal accepté par une partie du peuple allemand qui lui reproche son acceptation du traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, qui a officiellement mis fin à la guerre. Outre une amputation et un morcellement de l'Allemagne, le traité prévoit le désarmement de la Reichswehr et le paiement d'importantes réparations aux Alliés, dont le montant est fixé par la conférence de Spa, en juillet 1920. En hypothéquant ainsi l'avenir économique et politique de la République de Weimar, le traité favorise l'émergence de mouvements nationalistes extrémistes hostiles au régime.