Belle Époque
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Belle Époque
2. Croissance économique et stabilité démographique

Cependant, il y a incontestablement du vrai dans le mythe de la Belle Époque. L'économie française connaît, depuis la défaite de 1871, un remarquable progrès : la production de charbon — principale source d'énergie — passe de 17 à 40 millions de tonnes entre 1871 et 1914, tandis que le taux de croissance industrielle, qui stagne depuis 1820 aux environs de 1,5 p. 100 annuel, passe, selon les estimations basses, à 3 p. 100 à partir de 1900 et monte à plus de 5 p. 100 dans l'immédiat avant-guerre. Les salaires augmentent d'environ 60 p. 100, avec des nuances selon les secteurs et les régions ; le revenu paysan croît également.

Mais le phénomène le plus marquant dans la genèse du mythe de la Belle Époque est sans doute la stabilité monétaire, la valeur du franc restant inchangée de 1815 à 1914. L'inflation est pratiquement nulle, et l'émission de valeurs mobilières quintuple entre 1890 et 1913, tandis que la valeur des rentes émises par l'État gagne 40 p. 100 entre 1871 et 1900.

À cette croissance économique correspond une stagnation démographique exceptionnelle : entre 1871 et 1914, le taux d'accroissement naturel ne dépasse jamais 0,2 p. 100 par an, la population française progressant de 9,7 p. 100 contre 51 p. 100 en Allemagne. Le malthusianisme, s'il inquiète quelques penseurs et politiques, accentue aussi les progrès généraux (bien qu’inégaux) du niveau de vie.

Dans ce contexte, l'idée de Belle Époque s'impose à la fois sur le plan économique et culturel. C’est ce second aspect, plus encore que le précédent, qui l'explique partiellement, qui retient l'attention. La France connaît alors un apogée culturel qui n'a guère d'équivalent que la première moitié du siècle des Lumières.