Belle Époque
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Belle Époque
3. Apogée culturel

Le cadre urbain continue de se transformer : dans la lignée des directives du baron Haussmann, les grandes villes achèvent de se doter d'ensembles immobiliers prestigieux, valorisés par les installations liées aux progrès de la technique comme l’ascenseur — qui permet d'élever à huit ou neuf le nombre des étages, les plus élevés devenant bientôt les plus prestigieux — ou l'électricité. À Paris, non seulement les quais du XVIe arrondissement sont ainsi lotis mais, dans les arrondissements de l'est, de remarquables cités ouvrières témoignent que toutes les strates sociales peuvent prétendre profiter de l'abondance. Les frères Perret (Théâtre des Champs-Élysées), Gustave Eiffel, Deglane (Grand Palais) et Girault (Petit Palais) illustrent l'évolution du style vers les formes courbes et fleuries caractéristiques de l'Art nouveau ; des formes que l'on retrouve dans l'ébénisterie de Louis Majorelle, dans les verres d’Émile Gallé, les cristaux de Daum et dans les bouches du métropolitain dessinées par Hector Guimard, vertes arborescences métalliques aux fruits orangés. La publicité, dont les techniques s'affirment, fait de plus en plus appel à la peinture, dans des registres évoquant le graphisme d'Alfons Mucha.

La peinture connaît également une période faste, dont, aux deux extrémités, Édouard Manet et Claude Monet, Paul Cézanne et Pablo Picasso peuvent être les symboles, avec le mouvement impressionniste et ses dérivés : nabis, pointillisme, fauvisme puis avec le cubisme, dont les Demoiselles d'Avignon de Picasso, est la première œuvre ; des mécènes inlassables comme Daniel-Henry Kahnweiler encouragent les jeunes talents. Des lieux — Montparnasse et Montmartre à Paris, Giverny, Avignon, Auvers-sur-Oise, Pont-Aven — rassemblent les peintres, qui y puisent leur inspiration. La sculpture est dominée par la grande figure d’Auguste Rodin, mais Aristide Maillol, Antoine Bourdelle ou Jules Dalou en montrent la diversité.

La littérature, elle aussi, est riche d'écoles (les parnassiens, les décadents) et de personnalités marquantes, de Guy de Maupassant à Alphonse Daudet. Elle exprime parfois les contradictions de l'époque et laisse percer un sentiment diffus d'angoisse, ainsi des Rougon-Macquart d’Émile Zola ou de la poésie de Stéphane Mallarmé. Avec Henri Bergson ou les interrogations — traduites en France — de Miguel de Unamuno, de Nietzsche et de Schopenhauer, l'optimisme humaniste d'Alain ou le positivisme d'Auguste Comte sont vivement remis en cause.

Le mythe de la Belle Époque, s'il s'applique sur une réelle période de prospérité, ne peut cependant la circonscrire totalement ; elle constitue néanmoins avec les Années folles et les Trente Glorieuses, l'un des trois âges d'or du XXe siècle français.