| République, IIIe | Format lecture | ||||
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| 2. | Naissance d'un régime durable |
Le second Empire s’effondra dans la défaite militaire face à l’Allemagne de Bismarck, sous-estimée par les militaires français (voir Franco-allemande, guerre (1870-1871)). L’empereur Napoléon III lui-même dut se rendre le 2 septembre 1870, encerclé à Sedan avec Mac-Mahon. Le 4 septembre, à l’Hôtel de Ville de Paris, la République fut proclamée par ces députés qui avaient su peu à peu, appuyés sur le peuple des villes, imposer à l’Empire des réformes de plus en plus libérales : Gambetta, Jules Favre ; le gouvernement fut confié au général Trochu chargé d’organiser la résistance. Le journaliste Henri Rochefort, populaire rédacteur en chef de la Lanterne, faisait également partie de cette équipe. Mais Paris fut assiégée à compter du 19 septembre ; Gambetta, qui quitta en ballon la ville (9 octobre), ne put mener à bien le déblocage de la capitale, pas plus qu’Adolphe Thiers, envoyé négocier d’impossibles alliances en Europe. Paris capitula le 28 janvier 1871 ; Bismarck exigeant de négocier avec une autorité légitime, une Assemblée nationale fut élue le 8 février, dans laquelle les notables monarchistes étaient très majoritaires. L’Assemblée s’installa le 12 à Bordeaux où elle donna comme priorité, avant la constitution, la réorganisation du pays ; le 17, elle désigna Thiers comme « chef du pouvoir exécutif de la République française » puis le 20 mars elle s’installa à Versailles.
La Commune de Paris fut la première grande crise de cette République à peine née. À Paris, désertée par la bourgeoisie au moment du siège, la garde nationale et la nouvelle municipalité formèrent une « commune insurrectionnelle » pour empêcher le désarmement par Versailles des bataillons de la garde nationale. Du 18 mars au 28 mai, la Commune fut une expérience brouillonne et confuse d’organisation d’un pouvoir patriotique, socialiste et ouvrier. Durant la semaine sanglante du 21 au 28 mai, les troupes versaillaises éliminèrent un quart de la population ouvrière parisienne, sous le regard des Allemands. Monsieur Thiers, appuyé par Jules Ferry et par Clemenceau, authentiques républicains, avait peut-être sauvé un pouvoir républicain occupé par des monarchistes.
Ce pouvoir avait, dans l’intervalle, accepté par le traité de Francfort (10 mai) la perte de l’Alsace-Lorraine et le remboursement de 5 milliards de francs-or d’indemnités. Un emprunt lancé le 27 juillet permit d’en réunir immédiatement la presque totalité (4,7 milliards), ce qui laissait espérer une rapide libération du territoire. L’important devenait donc la question institutionnelle.
Or, d’une part, le 2 juillet, des élections partielles avaient donné la victoire aux républicains dans 39 départements sur 47 concernés : Gambetta en particulier était élu dans quatre départements ; d’autre part, le 5 juillet, le comte de Chambord, Henri V, « l’enfant du miracle » du duc de Berry et candidat des légitimistes au trône de France, publiait un manifeste dans lequel il annonçait son irrévocable refus d’une restauration de la monarchie sans retour au « drapeau blanc d’Henri IV ». C’était ouvrir un fossé infranchissable avec les orléanistes et créer au sein même de la mouvance légitimiste un grand désarroi : Falloux lui-même réaffirma sa déférence au comte de Chambord et sa fidélité aux trois couleurs, contre l’ultramontanisme réactionnaire des « chevau-légers » (Albert de Mun, fondateur des cercles catholiques ouvriers, l’avocat Chesnelong, Hubert de Pradines) enthousiasmés par la fermeté du comte de Chambord. Dans une Assemblée divisée entre légitimistes, orléanistes et républicains, Thiers put faire proroger et augmenter ses pouvoirs (31 août) ; l’évacuation des derniers régiments allemands dès juillet 1873 fut son grand et incontestable mérite. Il fit aussi adopter le principe de l’armée de conscription, dont l’universalité était atténuée pour épargner les jeunes gens fortunés, les fonctionnaires, les élèves des Écoles et les ecclésiastiques.
En revanche, Thiers dut s’incliner sur les questions de l’administration locale et départementale : ses projets centralisateurs furent repoussés par l’Assemblée de notables, au pouvoir ancré dans leur terroir. Ceux-ci lui retirèrent leur soutien lorsque le républicain radical Barodet fut élu à Paris : Thiers, incapable d’endiguer la poussée radicale, semblait devoir s’y joindre. Le 24 mai 1873, mis en minorité, il démissionna.
Thiers fut immédiatement remplacé par le maréchal Mac-Mahon, qui annonça le « retour de l’Ordre moral » dès le lendemain après avoir constitué un gouvernement de monarchistes légitimistes et orléanistes. La politique de l’Ordre moral dura jusqu’à la démission de Mac-Mahon le 30 janvier 1879. Elle avait pour objectif lointain de préparer la France à une hypothétique restauration monarchique et ultramontaine. Elle favorisa donc amplement l’Église, dont la construction de la basilique du Sacré-Cœur à Paris fut l’illustration la plus spectaculaire. Elle lutta avec une insigne maladresse contre les radicaux et les républicains, dont la presse fut soumise à une censure aussi impressionnante qu’inefficace. De plus, le comte de Chambord, enfermé dans ses principes, rendait impossible tout retour à la monarchie. En attendant, le président du Conseil, le duc de Broglie, fit voter l’allongement à sept ans du mandat présidentiel (19 novembre). Ce faisant, il se coupait des « chevau-légers » qui votèrent avec les républicains et firent tomber le gouvernement. Pendant ce temps, les républicains avaient progressé, d’élections partielles en élections partielles ; une mouvance bonapartiste se reconstituait même. Ce fut une coalition hétéroclite de radicaux, du centre gauche, d’orléanistes qui négocia la forme du régime qui devait être donné à la France.
Le 30 janvier 1875, l’amendement Wallon entérina définitivement la IIIe République ; par 353 voix contre 352, il fut décidé que le président de la République serait élu pour sept ans par la Chambre des députés et le Sénat réunis en congrès. Les autres lois constitutionnelles furent votées jusqu’au 16 juillet. Le nouveau régime, sans préambule, reposait sur une succession de textes relativement vagues, adaptables à toute situation : par exemple, le président, irresponsable, élu pour sept ans, ressemble tout à fait à un monarque constitutionnel. Le Sénat fut souhaité, pour des raisons diamétralement opposées, par Gambetta et par Broglie. Il s’agissait d’un régime parlementaire dans lequel les ministres étaient solidairement responsables devant les deux Chambres du Parlement. Il s’agissait aussi d’un régime préservant soigneusement, Conseil d’État compris, les organes de l’administration.
Contrairement aux espoirs des conservateurs monarchistes, les progrès républicains continuèrent ; le Sénat même connut un certain équilibre des représentations politiques. Mac-Mahon fut confronté aux échecs répétés de ses gouvernements devant la Chambre. Il tenta, pour diviser les républicains, de nommer Jules Simon président du Conseil ; le 16 mai 1877, celui-ci fut contraint de démissionner. Le 20, les républicains signèrent le manifeste des 363 contre une « politique de réaction et d’aventure » ; le 16 juin, Mac-Mahon obtenait du Sénat, avec difficulté, la dissolution de la Chambre.
Les élections, malgré les multiples mesures techniques et politiques prises par le ministère de l’Intérieur pour faire battre les républicains, confirmèrent leur implantation : les 363 s’étant présentés, il y eut 323 élus et, à droite, les bonapartistes étaient une centaine contre une cinquantaine de légitimistes. Mac-Mahon dut reconnaître les limites des pouvoirs du président et accepter un gouvernement de centre gauche dans lequel un radical, Freycinet, obtenait les Travaux publics. Les élections suivantes, municipales et surtout sénatoriales en janvier 1879, confirmèrent les victoires républicaines : les conservateurs ayant été mis en minorité à la Chambre et au Sénat, Mac-Mahon démissionna le 30 janvier. Les républicains avaient déjà choisi son successeur : Jules Grévy devint le deuxième président de la IIIe République.
La république faisait maintenant consensus dans l’électorat, à quelques régions près. Le débat politique allait désormais, essentiellement, opposer entre eux des républicains modérés, radicaux ou socialistes. La victoire de la république, largement liée au sens politique de Gambetta, avait reposé sur des thèmes simples : les républicains étaient les « vrais conservateurs » hostiles au retour à l’Ancien Régime ; ils étaient des laïcs hostiles au « cléricalisme » de l’Ordre moral ; ils étaient des hommes de gouvernement et le prouvaient dans leurs communes ; l’action de Charles de Freycinet, qui relança avec le réseau secondaire la construction ferroviaire et qui organisa l’Exposition universelle (mai 1878), fut unanimement reconnue. Bien loin des « partageux » et des « communards », ils affirmèrent leur modérantisme rassurant.