| Révolution française de février 1848 | Format lecture | ||||
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| 2. | Les origines de la Révolution |
| 1. | L’usure de la monarchie de Juillet |
À partir du milieu des années 1840, la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe est confrontée à une crise de fin de règne.
Déjà, la mauvaise récolte de 1846 et la crise agricole qui en découle — ajoutées à la déstabilisation des marchés industriels et financiers — engendrent une crise conjoncturelle et économique. Ses conséquences sociales sont désastreuses pour les couches défavorisées, en particulier pour le prolétariat urbain ; hausse des prix (notamment du pain), maladie de la pomme de terre, cherté des matières premières pour l’artisanat traditionnel, maladie et chômage nourrissent alors le mécontentement social.
Mais la crise est également structurelle et politique. L’émergence des ouvriers en tant que groupe social — vivant dans l’insécurité de l’emploi et subissant la mécanisation des tâches — est une mutation importante de la société. Parce qu’il est malmené et victime de paupérisation, ce groupe social est de plus en plus pénétré des idéaux démocratiques et socialistes. Parallèlement, la petite et moyenne bourgeoisie est frustrée par un système politique qui profite essentiellement à la grande bourgeoisie d’affaires ; elle aspire pour sa part à un égalitarisme réel, celui du suffrage universel alors que, pour l’heure, les cens d’électeur (200 francs) et d’éligibilité (500 francs) restent trop sélectifs. Enfin, la jeunesse (des universités) et les élites intellectuelles républicaines se détournent du libéralisme officiel qui sert les seuls notables. Leurs maîtres mots, imprégnés de révolutionnarisme, sont « liberté » et « égalité ».
De l’usure des structures sociales au refus des suprématies établies par la monarchie, la crise est donc profondément politique, mais également morale. Le déclin patent du sentiment monarchique, lié à l’autoritarisme répressif et ultra-conservateur des ministres de Louis-Philippe (Guizot en tête), renforcé par le manque de libertés politiques (limitation des libertés de la presse et de réunion), parachève la déstabilisation du régime. Une partie non négligeable de la nation perçoit de moins en moins sa légitimité. Or, Louis-Philippe ne discerne pas la profondeur de la fracture qui traverse le pays et laisse son ministère empêcher toute réforme électorale susceptible d’apaiser les mécontents.
| 2. | Les causes immédiates de l’insurrection |
Le contentieux entre le pays et l’État est mis en exergue par la « campagne des Banquets ». Lancée le 9 juillet 1847, la campagne rassemble toute l’opposition républicaine autour d’une revendication unique : la réforme électorale.
Durant ces banquets protestataires rassemblant parfois plusieurs milliers de convives, la tradition veut que l’on porte des toasts à la réforme — des toasts longs, assez longs pour se métamorphoser en discours. Par ce subterfuge, la campagne ne cesse de gagner en ampleur et en succès, en dépit des interdictions prononcées par le ministère Guizot.
Le 12 février 1848, Guizot et la majorité de la Chambre rejettent l’amendement Sallandrouze, qui appelle le gouvernement à initier des réformes « sages, modérées, parlementaires ». En réaction, l’opposition décide de protester en organisant un dernier et gigantesque banquet à Paris, le 22 du même mois. Mais dès le 14 février, Guizot, inflexible, fait savoir au comité organisateur qu’il en interdit la tenue. Celui-ci maintient toutefois la manifestation mais, lorsque le 21 Guizot réitère son veto et mobilise la troupe, certains organisateurs cherchent à arrêter l’escalade et annulent le banquet.
Chef de la gauche dynastique et principal initiateur des banquets, Odilon Barrot déclare pour sa part que « le char est lancé et quoi que nous fassions le peuple sera demain dans la rue ». Il est en effet trop tard ; étudiants du Quartier latin et ouvriers des faubourgs défilent déjà à l’appel des sociétés secrètes et avancent vers la Concorde. Une première escarmouche a lieu avec les militaires.