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Le sans-culotte, une image révolutionnaire |
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Les « pantalons » contre les « culottes » |
Savamment codifiée, la société d’Ancien Régime était construite de manière pyramidale, avec en son sommet le souverain. Chaque ordre pouvait être identifiable par l’apparence vestimentaire de ses membres : le clergé portait la robe, la noblesse la culotte, et le tiers état (bourgeois et petit peuple) le pantalon. Ainsi, le terme même de « sans-culotterie » pour désigner cette masse populaire donne une dimension culturelle nouvelle à la lumière de la Révolution — puisque, plus simplement, sont désormais politiquement conscients ceux qui portent un pantalon à défaut de culotte. Travailleur manuel, tapissier chez Réveillon ou typographe des Lumières, ouvrier du meuble ou artisan des Gobelins, le sans-culotte tire, à partir de l'événement révolutionnaire, fierté de son métier et de son état.
Le renversement des valeurs traditionnelles est alors manifeste : après avoir raillé la sans-culotterie, les privilégiés, que leur naissance dispense du travail, sont à leur tour un constant objet de dérision. Mais plus encore, les bourgeois révolutionnaires qui s’avèrent trop modérés sont eux-mêmes déchus de la gloire « sans-culottiste » et deviennent également la cible des sans-culottes, surtout à partir de 1791 : la fuite du roi à Varennes (20-26 juin) et la fusillade des pétitionnaires du Champ-de-Mars (17 juillet) laissent entendre qu'une partie des élites révolutionnaires aurait rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le peuple. Les militants des sections parisiennes font alors de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire, et pour un régime de démocratie directe et égalitaire.
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Iconographie du sans-culotte |
Outre le pantalon, rayé souvent aux trois couleurs, le sans-culotte est vêtu de la blouse et du gilet, chaussé des sabots qui marquent son appartenance au peuple travailleur. Il se coiffe du bonnet phrygien, un bonnet renvoyant aux révoltes du XVIIe siècle ou à celles des esclaves phrygiens. Les représentations iconographiques, largement diffusées sous formes de gravures ou d'estampes vendues à la criée, idéalisent le corps du sans-culotte, robuste, musclé, équilibré, que tout oppose au physique monstrueux des privilégiés, évêques obèses passés au « dégraisseur patriotique » ou nobles filiformes et émaciés, roi-cochon ou reine-autruche (« l'Autruchienne »), déchus de toute dignité. Le théâtre révolutionnaire — notamment le Jugement dernier des rois de Sylvain Maréchal (futur babouviste) — fait du sans-culotte le symbole de la justice naturelle.
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