| Front populaire [France] | Format lecture | ||||
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| 2. | Formation du Front populaire |
Le Front populaire est né sous la IIIe République d’une commune répulsion des formations de la gauche française à l’égard des ligues d’extrême droite. Les émeutes du 6 février 1934 avaient mis en péril la République (voir Stavisky, affaire). Les partis de gauche répondent par la manifestation du 12 février suivant au cours de Vincennes. Les deux cortèges, d’abord séparés du Parti communiste français (PCF) et de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), se réunissent spontanément ; d’autres manifestations d’union contre la menace fasciste ont lieu en France. Le PCF de Maurice Thorez obtient alors du Komintern (voir Internationales ouvrières) l’autorisation d’abandonner la stratégie « classe contre classe » jusque-là exclusivement suivie, et peut ainsi officialiser ses contacts avec les formations de la gauche réformiste jusqu’alors considérées comme « social-traîtres ». Le 14 juillet 1935, un immense rassemblement antifasciste unit communistes, socialistes, radicaux, socialistes indépendants de l’Union socialiste et républicaine (USR), syndicalistes de la Confédération générale du travail (CGT) et de la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U) — qui se réunifient en mars 1936 —, et des membres d’une association d’anciens combattants (ARAC), du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, du Mouvement contre la guerre et le fascisme, dit comité Amsterdam-Pleyel, auquel appartiennent Henri Barbusse et Romain Rolland, et de la Ligue des droits de l’homme (LDH) (voir antifascisme) ; ce succès permet que, dès le lendemain, des contacts en vue d’une alliance électorale pour les législatives de 1936 soient établis. La plate-forme commune, très modérée, correspond en gros au programme du vieux parti radical ; elle est la base politique des désistements du second tour, tandis que les partis défendent au premier tour leur programme spécifique.
Les élections ont lieu le 26 avril et le 3 mai 1936. Par rapport à celles de 1932, le progrès global de la gauche est, somme toute, modéré (300 000 voix en plus au soir du premier tour, alors que la droite recule de 70 000 voix par rapport à 1932). Mais l’équilibre politique se trouve complètement bouleversé entre les formations du Front populaire. Les radicaux reculent sensiblement, passant de 160 élus à 106 ; les socialistes stagnent en voix (60 000 en moins) au premier tour, mais progressent en sièges, passant de 97 à 147 élus ; les communistes qui doublent leur électorat passent de 11 à 72 élus. Le Front populaire est composé de 376 députés face à 248 députés conservateurs à droite.