Front populaire [France]
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Front populaire [France]
3. Victoire du Front populaire

La victoire est éclatante : après quelques hésitations, Léon Blum est nommé président du Conseil par Albert Lebrun et son gouvernement est présenté le 4 juin 1936 au Parlement. Un gouvernement qui ne comprend pas de communistes, qui ont choisi la stratégie du « soutien sans participation » ; les 35 portefeuilles sont donc répartis entre les socialistes et les radicaux. Édouard Daladier, vice-président du Conseil, est le numéro deux du gouvernement et dirige le ministère de la Défense nationale. On y trouve à l’Intérieur Roger Salengro, aux Finances Vincent Auriol, à l’Éducation nationale Jean Zay et aux Sports (création qui fait scandale à droite) Léo Lagrange. Surtout, trois femmes deviennent ministres d’une République qui refuse encore aux femmes le droit de vote : Mesdames Brunschwig, Joliot-Curie et Lacore sont les premières femmes à exercer une fonction politique dans l’histoire de la République.

Ce gouvernement extraordinaire entre en fonctions dans une atmosphère qui est tout aussi extraordinaire. Depuis la victoire aux élections, la France est en grève. Les grèves ont commencé le 11 mai aux usines Breguet au Havre ; en mai et juin, peut-être deux millions de salariés font de ce mouvement un phénomène véritablement effrayant pour le patronat et la droite française qui incrimine immédiatement le complot soviéto-judéo-maçonnique et allemand (la Documentation catholique). En fait, le mouvement est largement spontané, engendrant des formes nouvelles de lutte sociale. Ces grèves se déroulent « sur le tas », les ouvriers occupant les usines, dans une ambiance de fête et de revanche. Les quêtes remplissent les caisses de solidarité avec les grévistes, et les taux de syndicalisation augmentent brutalement.

Le patronat, dans ce contexte, fait appel à Léon Blum pour dénouer la situation. Il ouvre à l’hôtel Matignon des négociations tripartites avec les syndicats et le patronat, qui aboutissent à une hausse des salaires de 7 à 15 p. 100, à des conventions collectives garantissant les conditions de travail et d’embauche, et à l’élection de délégués du personnel chargés d’être, auprès des patrons, les représentants des salariés. Les 11 et 12 juin, des lois confirment la légalité des conventions collectives, instituent la semaine de quarante heures et quinze jours de congés payés. Le PCF appelle alors, contre l’avis de l’aile gauche de la SFIO dirigée par Marceau Pivert qui estime la situation révolutionnaire, à reprendre le travail : « Il faut savoir arrêter une grève », explique Maurice Thorez. Les réformes se succèdent, avec la prolongation de la scolarité obligatoire à quatorze ans, la nationalisation des industries de guerre, la création de l’Office national du blé et, dès le mois de juin, la dissolution des ligues d’extrême droite.

L’euphorie est réelle et probablement sans précédent dans l’histoire de la République ; le tandem est le véhicule emblématique des trajets de ces « dimanches au bord de l’eau » que l’on goûte avec délectation. Une culture du Front populaire naît immédiatement, incarnée entre autres par la Fête de Jacques Prévert, par la Belle Équipe de Julien Duvivier dont la fin est modifiée pour devenir optimiste, par « Y’a d’la joie » de Charles Trenet ou encore par le succès de la souscription nationale ouverte par la CGT pour subventionner la Marseillaise de Jean Renoir.