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| 4. | Chute du Front populaire |
Pourtant, en ce même été 1936, qui voit les « congés payés » déferler sur les plages jusque-là réservées aux élites horrifiées par cette « invasion », le Front populaire connaît sa première fracture avec la guerre d’Espagne : contre l’avis du PCF, le gouvernement Blum refuse d’aider officiellement les républicains à combattre les troupes du général Franco. Les Brigades internationales rencontrent un succès certain, dont témoigne immédiatement l’Espoir d’André Malraux, mais Léon Blum, soucieux de ne pas froisser le pacifisme des associations d’anciens combattants et de la majorité de l’électorat radical et socialiste, refuse d’intervenir en Espagne (1er août 1936), en accord avec le Royaume-Uni. Le 4 décembre, les communistes s’abstiennent sur la politique extérieure du cabinet Blum.
La seconde crise est l’affaire Salengro : Roger Salengro, maire de Lille, est accusé par la presse d’extrême droite d’avoir été un « embusqué » pendant la Grande Guerre et d’avoir usurpé ses décorations. Le scandale est énorme ; ces allégations sont totalement erronées, mais la campagne de diffamation orchestrée par Gringoire et d’autres journaux antisémites aboutit au suicide du ministre, le 17 novembre 1936. Son successeur Marx Dormoy démantèle un projet de complot fomenté par la Cagoule contre le gouvernement.
La troisième fracture, celle-là fatale, porte sur l’économie. Le Front populaire avait triomphé dans le contexte d’une crise économique mondiale et profonde dont la France ne parvenait pas à sortir depuis 1931 (voir Crise économique de 1929). Léon Blum et ses conseillers, fascinés par le New Deal de Roosevelt aux États-Unis, succès économique et politique puisque celui-ci venait d’être réélu, avaient opté pour des choix dirigistes de type keynésien. Or, très vite, le coût des mesures sociales fait plonger le franc que Léon Blum dévalue en septembre 1936. Le déficit continue cependant de se creuser et Léon Blum annonce la « pause » des réformes, le 13 février 1937.
Combattu par les radicaux d’Édouard Daladier à cause des mesures fiscales défavorables aux classes moyennes, critiqué de plus en plus ouvertement par les syndicats et le PCF à cause de la « pause » et de la « fusillade de Clichy » où des ouvriers manifestant contre les Croix-de-feu (voir La Rocque, François de) sont tués par la police (16 mars 1937), le gouvernement Blum est renversé le 21 juin 1937. Camille Chautemps, le radical qui succède à Blum, devenu vice-président du Conseil, nationalise les chemins de fer en créant la Société nationale des chemins de fer (SNCF ; 31 août 1937) ; mais la politique économique est marquée par la rigide orthodoxie de Georges Bonnet.
La gauche reste majoritaire à la Chambre des députés, mais les différentes tentatives pour ressouder le Front populaire échouent (2e cabinet Blum, 13 mars-8 avril 1938), alors que les gouvernements successifs, de plus en plus à droite, restent aveugles et sourds au danger hitlérien. L’arrivée au pouvoir d’Édouard Daladier en avril 1938 marque la fin du Front populaire. Non seulement la signature des accords de Munich (29-30 septembre 1938) sonne le glas des engagements antifascistes à l’origine du Rassemblement populaire, mais surtout l’adoption de décrets-lois remettant en cause certains des acquis sociaux obtenus lors des accords de Matignon entraîne l’hostilité de la CGT dont la grève générale, organisée le 30 novembre 1938, est un relatif échec.
Du Front populaire, le bilan global est, somme toute, relativement limité : le mythe du Front populaire, explosion de joie populaire née d’un triomphe électoral et d’un mouvement social sans précédent, première expérience en France d’un gouvernement reposant sur l’union des partis de gauche, premier gouvernement à avoir inclu des femmes, allait cependant fasciner la gauche française pour tout le reste du siècle.