| République, IVe | Format lecture | ||||
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| 3. | La reconstruction et l'essor économique |
Outre les structures administratives et politiques déjà évoquées, le GPRF rénova les structures économiques. Les droits sociaux furent élargis (troisième semaine de congés payés, création des comités d’entreprise), les prix bloqués par ordonnances comme les loyers. Deux séries de nationalisations donnèrent à l’État le moyen de contrôler l’essentiel de l’appareil productif : de la fin 1944 à la mi-1945, Renault, la Banque de France, les Houillères du Nord, les sociétés de crédit, Air France ; en avril 1946, l’électricité, le gaz et les assurances. Si certaines nationalisations furent motivées par l’activité collaboratrice des responsables (Renault), elles s’inscrivaient, comme la création du Plan, dans une logique d’interventionnisme extrême de l’État. Pour les communistes, il s’agissait d’un possible moyen d’instaurer une économie de type socialiste ; pour les gaullistes et la gauche modérée, il s’agissait de mesures destinées à accélérer l’effort national de reconstruction.
L’effort national de reconstruction fit, au moins jusqu’en 1946, l’objet d’un consensus que relayèrent les appareils de propagande de tous les partis. Les résultats furent à la hauteur des sacrifices incontestables des Français. De Gaulle avait constaté, dans ses Mémoires de guerre de 1944 : « La marée, en se retirant, découvre donc, d’un bout à l’autre, le corps meurtri de la France. ». Trois fois plus de départements furent touchés par les destructions qu’en 1914-1918 ; Le Havre était rasé à plus de 80 p. 100 ; sur les 300 gares principales, seules 115 étaient en service pour un réseau tronçonné et amputé (18 000 km sur 40 000). Dès 1946, le redressement était effectif : les niveaux de productions de 1938 étaient retrouvés pour le charbon, l’électricité, le ciment, le trafic SNCF et à plus de 60 p. 100 pour l’acier et les engrais azotés, et dans les biens de consommation, pour la viande, le lait, les pommes de terre, le textile d’habillement.
Ces progrès remarquables furent lents à se faire sentir au niveau des conditions de vie : le rationnement fut maintenu jusqu’en 1949 (30 novembre : suppression du haut-commissariat au ravitaillement) pour certains produits ; l’indice du pouvoir d’achat passa de 100 en octobre 1944 à 71 en avril 1948 ; le franc s’effondrait et fut dévalué (avril 1949). Des mesures conservatoires de hausse des salaires ou de blocage des prix furent adoptées par les gouvernements successifs ; l’aide du plan Marshall fut un apport décisif au succès du plan Monnet de reconstruction et, à terme, à l’amélioration de la situation globale des Français.
L’aide américaine était constante depuis 1945, en nature puis en fonds (« aide intérimaire »). À partir d’avril 1948, la France bénéficia de l’aide Marshall distribuée jusqu’en janvier 1952. Elle reçut plus de 2,6 milliards de dollars, soit plus de 20 p. 100 du total : cette manne permit de résorber le déficit créé par la mise en place du plan. À partir des années cinquante, la mécanique de la croissance était lancée. De 100 en 1938, l’indice industriel passa à 213 en 1958 ; le trafic voyageurs SNCF doubla dans la même période.
La France se dirigea alors vers la société de consommation : le décollage des « Trente Glorieuses », selon l’expression de Jean Fourastié (1975), peut s’illustrer par quelques remarquables réalisations comme, en automobile, la 2 CV Citroën et sa concurrente directe, la 4 CV Renault. Le retour au libéralisme en matière commerciale se fit progressivement, en particulier sous l’impulsion de Daniel Mayer ; il permit le développement des magasins à succursales et des supermarchés. Cette vague de croissance s’appuyait sur la lame de fond du baby-boom, commencé en fait dès 1943, mais qui fit culminer à plus de 2 p. 100 le taux de natalité au début des années cinquante. Chaque année, la France comptait 800 000 nouveau-nés supplémentaires.