fantastique, littérature
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fantastique, littérature
2. Tentative de définition

Définir la littérature fantastique n’est pas chose aisée. Différentes écoles se confrontent et s’opposent. Où commence et où finit le fantastique ? Il est difficile de répondre catégoriquement. Considérer le fantastique comme un genre est d’ailleurs contesté par certains théoriciens, notamment le philosophe Alain Chareyre-Méjan qui refuse de tomber dans le piège d’une définition du fantastique qu’il interroge comme une « réalité esthétique », une sensation voisine du repoussant. D’aucuns font par ailleurs débuter le fantastique à Apulée et ses Métamorphoses, d’autres au merveilleux médiéval. Mais la plupart des théoriciens prennent pour postulat que la littérature fantastique débute à la fin du xviiie, se poursuit au xixe, son âge d’or, et se prolonge au xxe siècle. Trois approches critiques du fantastique dominent les analyses du genre, la première historique (Pierre-Georges Castex), la deuxième sémantique (Roger Caillois et Louis Vax), la dernière structurale (Tzvetan Todorov).

1. Approche historique

Le théoricien Pierre-Gorges Castex, dans le Conte Fantastique en France de Nodier à Maupassant (1951), définit le fantastique comme une mode qui émerge dans un contexte culturel « illuministe », occultiste en réaction au rationalisme et positivisme ambiant. « Le conte fantastique se définit en France comme un genre autonome aux environs de 1830, sous l’influence d’Hoffmann […] Différence entre le fantastique et le merveilleux traditionnel : le fantastique se caractérise par une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle ; il est généralement lié aux états morbides de la conscience qui, dans les phénomènes de cauchemar ou de délire, projette devant elle des images de ses angoisses ou de ses terreurs. » Castex distingue deux périodes : les années 1830-1850, qui représentent, à ses yeux, l’âge d’or du fantastique, et les années 1850-1890, qui voient le genre s’étioler.

2. Approche sémantique

Roger Caillois, dans Au cœur du fantastique (1965) ainsi que dans Images, Images… : Essais sur le rôle et les pouvoirs de l’imagination (1966), considère pour sa part que le « fantastique manifeste […] un scandale, une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel ». Il définit ainsi le fantastique par opposition au merveilleux dont le surnaturel ne se pose pas en rupture par rapport à la réalité. Il propose une approche sémantique en décrivant les éléments constitutifs du fantastique (êtres surnaturels, temps, lieux, etc.) et les effets de ces motifs fantastiques sur les personnages comme le mysterium tremendum (inquiétude, effroi, répulsion, angoisse) ou le fascinans (fascination, séduction, etc.). Pour lui, le fantastique naît de la correspondance entre le sujet et le monde, mais aussi du rapport entre le lecteur et l’œuvre dans une relation d’identification, de distance où ce dernier cherche les frissons tout comme le héros.

Dans la lignée de Caillois, Louis Vax, qui pense que le « récit fantastique […] aime nous présenter, habitant le monde réel où nous sommes, des hommes comme nous, placés soudainement en présence de l’inexplicable », parle d’expressivité fantastique dans l’Art et la littérature fantastiques (1963) et la Séduction de l’étrange (1965). « Pour s’imposer, le fantastique ne doit pas seulement faire irruption dans le réel, il faut que le réel lui tende les bras, consente à sa séduction ».

3. Approche structurale

Dans son Introduction à la littérature fantastique (1970), Tzvetan Todorov définit le fantastique comme « l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel ». Todorov propose une analyse structurale qui rend compte de phénomènes régis par un système — « ce qui veut dire qu’il existe des relations nécessaires et non arbitraires entre les parties constitutives de ce texte » , par un nombre défini d’unités et de règles de combinaisons de ces unités, tout en analysant le syntaxique aux dépens du sémantique. Il existe selon lui trois conditions nécessaires au fantastique : « Le fantastique est fondé essentiellement sur une hésitation du lecteur — un lecteur qui s’identifie au personnage principal — quant à la nature d’un événement étrange » ; cette hésitation peut être ressentie par le personnage, le lecteur pouvant ainsi s’identifier ; le lecteur doit également refuser toute interprétation allégorique ou poétique.

4. Autres approches

Parmi la critique contemporaine, Irène Bessière, dans le Récit fantastique. La poétique de l’incertain (1974), considère que le fantastique « se joue de la réalité dans la mesure même où il identifie le singulier à la rupture de l’identité, et la manifestation de l’insolite à celle d’une hétérogénéité, toujours perçue comme organisée, comme porteuse d’une logique secrète ou inconnue ». Selon Charles Grivel dans Fantastique-fiction (1992), « Fantastique est la fin des repères. J’appelle fantastique ce qui fait qu’on ne peut plus dire comme. Là où quand le sens se dérobe. Fantastique indique que ça pourrait nier. Et comment ». Enfin Roger Bozzetto (Territoires des fantastiques, 1998) écrit que le « texte fantastique instaure et rend sensible un type particulier de rapport au monde. Il le rend manifeste par la présence, dans le monde représenté, d’objets, d’événements et/ou de situations banales. Avec ceux-ci, il construit des simulacres (langagiers et iconiques) qui se réclament de l’évidence, mais dans lesquels la cohérence apparente du monde empirique, pourtant convoquée, est subordonnée à l’existence supposée d’autres lois. Celles-ci demeurent mystérieuses et donc angoissantes, car le texte n’y donne jamais accès ».