| Format recherche | Nadar, Félix | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Nadar, Félix (1820-1910), photographe, aéronaute, journaliste, caricaturiste et écrivain français.
Comme photographe, Félix Nadar a été l’un des maîtres du portrait et l’un des grands innovateurs de la fin du xixe siècle.
| 2. | L’entrée dans la bohème parisienne |
| 1. | Des études de médecine contrariées |
Né à Paris, Gaspard-Félix Tournachon, dit Félix Nadar, est le fils d’un imprimeur et éditeur parisien ayant quitté Lyon pour Paris. Élevé dans un milieu de lettrés progressistes, il étudie au collège Bourbon (aujourd’hui lycée Condorcet). En 1836, l’entreprise paternelle ayant fait faillite, la famille retourne à Lyon. Après la mort de son père l’année suivante, le jeune homme s’inscrit à l’école de médecine de Lyon, sans toutefois avoir obtenu son baccalauréat, et commence à écrire dans plusieurs revues. De retour à Paris en 1838, il renonce à devenir médecin.
| 2. | Une plume signant « Nadar » |
Durant les dix années qui suivent, Gaspard-Félix Tournachon vit de sa plume, signant du pseudonyme de Nadar. Il appartient à la bohème parisienne, immortalisée par son ami Henri Murger dans les Scènes de la vie de Bohème (1848). Il fonde diverses revues, tel le Livre d’or (1839), où paraissent des articles aux prestigieuses signatures (Honoré de Balzac, Eugène Labiche, Alfred de Vigny, Théophile Gautier ou Gérard de Nerval). Il fréquente le Paris des artistes et côtoie notamment les écrivains Champfleury et George Sand, ainsi que les artistes Honoré Daumier, Gustave Doré, Eugène Delacroix et Hector Berlioz. Félix Nadar est alors « la plus étonnante expression de la vitalité », comme le souligne son ami Charles Baudelaire dans Mon cœur mis à nu (1869).
Romancier (Déjanire, 1845), Félix Nadar s’adonne également, pour des journaux satiriques, à la caricature de personnages célèbres, pourvus de têtes énormes et de corps minuscules, ce qui lui vaut d’être surveillé par la police. Après la Révolution de février 1848, il se joint au corps expéditionnaire pour la libération de la Pologne ; il est arrêté et purge une peine de travaux forcés. En 1854, il publie le Panthéon Nadar, une procession lithographique de 249 caricatures de poètes, romanciers, publicistes et journalistes.
| 3. | Un maître du portrait photographique |
| 1. | La « portraituromanie » |
Dès 1853, Félix Nadar oriente son frère cadet Adrien vers la photographie et lui loue un atelier. Il collabore avec celui-ci et réalise ses premiers portraits. En 1854, il transforme en atelier indépendant l’appartement qu’il partage avec son épouse Ernestine Lefèvre, rue Saint-Lazare. En pleine « portraituromanie », il réalise un très grand nombre de portraits d’écrivains et de célébrités des arts, dont nombre de ses amis, tels Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Jules Michelet, Gioacchino Rossini, Gustave Doré, George Sand, les frères Goncourt. Il utilise des fonds neutres dénués d’accessoires (il en ajoutera par la suite quelques-uns) et se concentre sur le visage, l’expression, le regard. Les éclairages « à la Rembrandt » tendent à accentuer le caractère dramatique. Les figures sortent de l’ombre, empreintes de gravité. En 1856, il intente à Adrien un procès afin de l’empêcher d’utiliser son pseudonyme Nadar.
| 2. | L’étude des caractères et des expressions faciales |
Son travail de caricaturiste et ses études de médecine orientent également Félix Nadar vers l’étude des caractères et des expressions faciales. Ancien critique dramatique, il s’intéresse au mime. Charles Deburau, fils du mime Jean-Gaspard Deburau, pose pour une série où il apparaît en Pierrot (Pierrot riant, Pierrot souffrant, Pierrot voleur, etc., 1854-1855). Félix Nadar réalise la même année, pour le docteur Guillaume Duchenne de Bologne, une série destinée à illustrer son étude sur le Mécanisme de la physiologie humaine, puis une étude d’un hermaphrodite (1860). Son succès le conduit à rénover un bâtiment, boulevard des Capucines, où il crée un immense studio en 1860 ; véritable réussite commerciale, le studio compte jusqu’à une quarantaine d’employés. Cependant, la concurrence des « cartes de visite » d’Eugène Disdéri — photographies en 6 x 9 produites en grand nombre à un prix inférieur — conduit Félix Nadar à s’adapter et à réduire ses formats.
| 4. | Un esprit curieux et aventurier |
Bientôt, Félix Nadar ne trouve plus d’intérêt à réaliser des portraits et s’engage dans de nouvelles aventures. Auteur en 1858 de la première photographie aérienne à bord du ballon captif le Géant qu’il a fait construire, il effectue plusieurs ascensions, relatées dans ses Mémoires du Géant (1864). En 1860, il fait les premières expériences de photographie artificielle avec des piles Bunsen (brevet déposé en 1861). À l’aide de cette technique, il réalise les premiers reportages sur les égouts et les catacombes de Paris (1861-1862 et 1864-1865). Durant la guerre franco-allemande, en 1870, il effectue de nombreuses missions de reconnaissance aérienne, puis organise le service postal aérien.
En 1874, Félix Nadar prête son atelier du boulevard des Capucines pour une exposition de jeunes peintres indépendants, parmi lesquels figurent notamment Claude Monet, Edgar Degas, Camille Pissarro et Paul Cézanne ; cette exposition est la première du mouvement impressionniste naissant. Il publie encore de nombreux articles et, en 1900, un recueil de souvenirs (Quand j’étais photographe). La même année 1900, une rétrospective de son œuvre est organisée lors de l’Exposition universelle de Paris.
En 1950, quarante ans après la mort de Félix Nadar, son atelier est dispersé ; ses 60 000 négatifs sont confiés à la Caisse nationale des Monuments historiques, ses tirages et autres archives à la Bibliothèque nationale de France.