Drieu la Rochelle, Pierre
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Drieu la Rochelle, Pierre
3. « Je ne suis pas qu’un Français, je suis un Européen »

À la recherche de lui-même, mais impuissant à vaincre son dilettantisme (l’argent, les voitures et les comtesses le reprennent sans cesse au piège de l’illusion) et souffrant de ses contradictions, il se mêle à de nombreux mouvements de l’entre-deux-guerres. Il rencontre Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard, collabore à la revue Littérature, mais ne va pourtant pas jusqu’à intégrer le groupe surréaliste. La publication dans la Nouvelle Revue française d’un article intitulé « la Véritable erreur des surréalistes » (1925), dans lequel il reproche notamment aux surréalistes leurs prises de positions politiques, l’éloigne définitivement du mouvement.

Le 6 février 1934, à la suite des affrontements sanglants entre ligues d’extrême droite et gardes mobiles, il déclare ouvertement son ralliement à l’idéologie fasciste. Il milite dès lors pour un fascisme à la française, rassemblant extrémistes politiques de gauche et de droite, prélude à un mouvement de fédération européenne. Il publie alors Socialisme fasciste (1934). En 1936, il rejoint le Parti populaire français (PPF) de l’ancien communiste Jacques Doriot, capable selon lui de réaliser cette union entre nationalisme et socialisme. Il quitte le PPF en 1939, déçu par Doriot. Désormais convaincu qu’« il faut bien faire les États-Unis d’Europe par la violence », il voit dans la Seconde Guerre mondiale et l’hégémonie allemande l’occasion de construire une Europe nouvelle (le Jeune Européen, 1927). Il s’engage avec enthousiasme en 1940 dans la politique de collaboration avec le régime nazi (voir ses Notes pour comprendre le siècle, 1941) et prend la direction de la Nouvelle Revue française, qui cesse de paraître en 1943.

Pourtant, après quelques années, la politique pétainiste et « l’incapacité révolutionnaire de l’Allemagne » l’inquiètent. Son rêve d’un « internationalisme européen » prend fin avec la défaite nazie. La déception fait alors place au dégoût, y compris celui de sa propre conduite. Contraint de se cacher à la Libération malgré la protection d’amis fidèles comme André Malraux, il s’empoisonne en 1945 sans chercher à se justifier, au terme d’une vie très tôt marquée par la tentation de la mort : il évoque d’ailleurs dans son Récit secret (posthume, 1951) sa première tentative de suicide à l’âge de sept ans.