| Format recherche | Damia | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Damia (1892-1978), interprète française.
| 2. | Une enfance révoltée |
Née à Paris, élevée en Lorraine — où ses parents s’installent alors qu’elle n’est encore qu’un bébé —, Marie-Louise Damien, dite Damia, connaît une enfance sans joie, placée sous le signe de la révolte — son père, sergent de police à la main plutôt leste, la menace sans cesse de l’envoyer en maison de correction. Elle s’enfuit du domicile familial à quinze ans, fermement décidée à conquérir ce Paris où brillent les derniers feux de la Belle Époque.
| 3. | Les années d’apprentissage |
Jouant de sa beauté, de son charme naturel et de ses dons évidents pour la comédie, elle se retrouve quelques mois plus tard figurante au Châtelet, sous le nom de Carmen. Elle y apprend à danser et à se mouvoir sur scène, ce qui lui permet plus tard d’intégrer la troupe et les chorégraphies lumineuses de Loïe Fuller. Mais sa première grande chance vient en 1910, quand Max Dearly lui offre d’être sa partenaire dans la « valse chaloupée », en remplacement de Mistinguett. Elle n’a alors que dix-huit ans, et change son premier pseudonyme contre celui de Maryse Damia.
| 4. | Fourreau noir et bras nus |
Prise en main par Roberty — le mari de Fréhel, qui lui apprend à chanter —, elle passe à la Pépinière, puis au Petit Casino, dans un registre fantaisiste qui ne lui convient guère, et que Max Dearly lui conseille d’abandonner au plus vite. Damia change de répertoire, raccourcit son nom de scène et adopte le fameux fourreau noir sans manches et décolleté en V qui sera désormais sa signature, au même titre que le canotier pour Maurice Chevalier. L’extrême sobriété de cette tenue lui permet de mettre en valeur ses longs bras blancs, dont elle joue avec science, dans la lumière d’un projecteur unique (« les Goélands », « la Mauvaise Prière », « Sombre Dimanche », « le Grand Frisé », « Le ciel est par-dessus le toit »), se souvenant fort à propos de l’enseignement de Loïe Fuller. Une silhouette et un jeu de scène qui, bien des années plus tard, inspireront Juliette Gréco et Barbara.
| 5. | Le triomphe |
Vedette à part entière sur la scène de l’Alhambra, elle triomphe au Concert Mayol, au Casino de Paris, à Bobino, à l’Olympia et aux Folies-Bergère, avant de fonder son propre café-concert : le Concert Damia. La Première Guerre mondiale la voit au front, où elle chante la mort qui rôde dans les tranchées (« Garde de nuit à l’Yser », « la Consigne », etc.). La paix revenue, sa carrière prend une dimension internationale, avec de nombreuses tournées à l’étranger entrecoupées d’apparitions au théâtre et dans de nombreux films, dont le fameux Napoléon d’Abel Gance (1926).
En 1943, soucieuse de renouveler son personnage si chargé de drame, elle renonce à son fourreau noir et aux complaintes réalistes pour un répertoire plus léger, qu’elle interprète en robe de dentelle blanche, tout en jouant d’un éventail. Une tentative, à l’évidence, liée à l’Occupation et à la volonté de dédramatiser, l’espace d’un tour de chant, un quotidien déjà suffisamment sombre. Elle reviendra d’ailleurs à sa silhouette habituelle, dès la fin de la guerre, et poursuivra sa carrière jusque vers le milieu des années cinquante, où elle fera une ultime apparition sur la scène de l’Olympia, en juillet 1954, avec en lever de rideau un débutant nommé Jacques Brel.
| 6. | Une « tragédienne de la chanson » |
Chanteuse réaliste, tragédienne lyrique de la chanson, à la voix « faite d’un sanglot et d’une révolte mêlés » (H. Béraud), Damia, avec son sens unique de la théâtralisation des mots, incarnera sans doute, selon le mot du critique Pierre Bost, « le meilleur exemple du déplacement de l’intérêt de la chanson vers l’interprète ».
Voir aussi chanson réaliste.
Sélection discographique :