Fréhel
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Fréhel
4. Une voix forgée au feu de tous les malheurs

Lorsqu’elle revient en France en 1923, droguée et physiquement méconnaissable, Pervenche s’est effacée derrière une Fréhel obèse et vieillie, qui se présente au public de l’Olympia comme « l’inoubliable inoubliée ». L’entreprise serait pitoyable s’il n’y avait cette voix forgée au feu de tous les malheurs, portant chaque mot au paroxysme de l’émotion. Le public lui fait un véritable triomphe et, en quelques semaines, la chanteuse retrouve son statut incontesté de vedette populaire. C’est le début d’une seconde carrière, bien plus accomplie que la première, qui verra celle que Piaf n’appelait jamais autrement que « la grande Fréhel » tenir l’affiche des plus grands music-halls pendant plus de vingt ans, enregistrer près d’une centaine de titres (« la Java bleue », « Sans lendemain », « Où sont tous mes amants ? », « Tel qu’il est », « la Coco », etc.), et jouer dans une bonne quinzaine de films, dont l’inoubliable Pépé le Moko de Julien Duvivier (1936), où elle chante « Où est-il donc ? », et l’Éternel Retour de Jean Delannoy (1943).

Pourtant, comme pour rester fidèle à sa légende tragique, c’est dans la misère et la solitude que Fréhel s’éteint, en 1951, dans une sordide chambre d’hôtel de la rue Pigalle. Seule, mais pas oubliée du public populaire, puisque la foule suivra son cercueil jusqu’au cimetière de Pantin, celui que l’on surnomme « le cimetière des chiens ».

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