Lautréamont, comte de
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
Lautréamont, comte de
3. Les Chants de Maldoror

Réédités en 1874, les Chants de Maldoror ne sont redécouverts qu’en 1885 par les poètes de la Jeune Belgique qui en publient un extrait et font découvrir l’œuvre à des auteurs comme Léon Bloy ou Joris-Karl Huysmans. Une nouvelle édition paraît en 1890 et Remy de Gourmont évoque l’œuvre dans le Mercure de France. Les Chants de Maldoror donnent prise aux jugements les plus arbitraires (on prétend notamment qu’Isidore Ducasse était atteint de folie), avant d’être remarqués par les symbolistes puis exaltés par les surréalistes. Louant cette littérature de la révolte, André Breton écrit : « C’est au comte de Lautréamont qu’incombe peut-être la plus grande part de l’état de choses poétique actuel : entendez la révolution surréaliste .» De son côté, Julien Gracq voit dans les Chants de Maldoror un « torrent d’aveux corrosifs alimenté par trois siècles de mauvaise conscience littéraire », estimant que cette œuvre est venue « à point nommé pour corriger dans notre littérature un déséquilibre des plus graves ».

De fait, on y trouve, pour la première fois dans la littérature française, une critique lucide du langage poétique. Célébré dès le premier chant, le thème du « mal » libère d’étranges forces obscures et salvatrices (celles de l’inconscient) que les chants II et IV amplifient de résonances ténébreuses. Or, parallèlement à cette glorification du mal, Lautréamont déploie un art de l’ironie sans précédent dans l’histoire des lettres, se livrant à un détournement en règle des traditions du récit populaire français et du roman noir gothique, apparu en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. Cette révolte blasphématoire se traduit sur le plan poétique par une sacralisation des fantasmes (spécialement perceptible dans le bestiaire du chant V).