| Mirbeau, Octave | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 3. | Un combat permanent |
Les prises de position d’Octave Mirbeau ont semblé déconcertantes à beaucoup de ses contemporains. Ses errements et ses apparentes contradictions ne doivent pourtant pas occulter sa motivation profonde : s’attaquer à l’injustice sociale et à l’oppression sous toutes ses formes. Ces thèmes sont au centre de ses trois premiers romans autobiographiques : le Calvaire (1886), l’Abbé Jules (1888) et Sébastien Roch (1890). Dans ce dernier, il décrit les mauvais traitements et le viol dont un jeune enfant est victime dans un collège jésuite, avant de périr à la guerre.
Octave Mirbeau attaque la religion, l’État, mais aussi le riche et le bourgeois, coupables d’être « toujours aveuglément contre le pauvre ». On retrouve ce thème dans la pièce de théâtre les Affaires sont les affaires (1903) et dans son plus célèbre roman, Journal d’une femme de chambre (1900), qui dépeint l’hypocrisie, le vice et la perversion de la bourgeoisie. Profondément pessimiste, Mirbeau ne se fait pas plus d’illusions sur la classe des dominés. La femme de chambre Célestine se perd elle aussi dans le vice, non par amour mais par pure attirance sexuelle. Lorsqu’elle échappe à sa condition, c’est pour devenir une patronne de café méprisante et autoritaire.
Au-delà de la lutte sociale, Octave Mirbeau s’attache également pendant toute sa vie à remettre en cause les formes artistiques traditionnelles. Romancier très populaire (le Journal d’une femme de chambre s’est vendu à 200 000 exemplaires à sa sortie), chroniqueur redouté mais respecté, il met souvent sa renommée au service d’artistes novateurs. Il fait l’éloge de Vincent Van Gogh (dont il achète les Iris et les Tournesols) et contribue à faire connaître Paul Cézanne, Claude Monet, Aristide Maillol et Auguste Rodin.
En 1896, il est élu à l’académie Goncourt. Il s’éteint le jour de ses 69 ans, à Paris. Ses derniers mots sont pour son ami Sacha Guitry : « Ne collaborez jamais ! ». Vingt ans après sa mort celui-ci ne tarit toujours pas d’éloges à l’égard de ce « grand contradicteur » : « Il n’était pas seulement un grand écrivain. Il était un homme admirable, violent, courageux, éloquent, déterminé, capable de risquer sa vie pour une idée et de donner son sang pour défendre une cause. Il l’a prouvé. »