| Gallimard, Gaston | Format lecture | ||||
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| 3. | L’essor de la Librairie Gallimard |
Après la Première Guerre mondiale, pendant laquelle l’activité éditoriale a été fortement réduite, l’année 1919 est celle de la réorganisation : Jacques Rivière prend la direction de la Nouvelle Revue française, tandis que, après une modification du capital, les Éditions de la N.R.F. se transforment en une société anonyme : la Librairie Gallimard. La même année, un nouvel actionnaire, Raymond Gallimard, frère de Gaston, rejoint ce dernier pour prendre en charge les questions de gestion.
Dans un paysage éditorial où les éditeurs de littérature générale exercent leur activité au sein de petites structures, seuls Gallimard et son principal rival, Bernard Grasset, apparaissent, par leur audace et par leur sens de la finance, en mesure d’enrichir leur catalogue de manière significative, tout en tirant parti de toutes les possibilités offertes par la publicité, notamment à l’occasion des prix littéraires.
De fait, le catalogue de la Librairie Gallimard se caractérise, à partir des années 1920, par une richesse aussi impressionnante qu’éclectique, puisque l’on y retrouve tous les courants littéraires et toutes les générations, des valeurs sûres (Charles Péguy ou Paul Valéry) aux surréalistes (André Breton, Louis Aragon), en passant par la génération montante, illustrée par Paul Morand, Drieu La Rochelle, Jean Cocteau ou Marcel Arland, sans oublier quelques personnalités inclassables comme Pierre Mac Orlan, Joseph Kessel, Marcel Jouhandeau, Léon-Paul Fargue, Valery Larbaud, ou, de manière plus surprenante, le jeune Georges Simenon.
Le comité de lecture accueille, entre autres, Robert Aron, Ramon Fernandez, Bernard Groethuysen, Benjamin Crémieux, ainsi qu’André Malraux, directeur artistique de la maison ; dans le même temps, la Nouvelle Revue française, endeuillée en 1925 par la mort de Jacques Rivière, passe sous la direction de Jean Paulhan, qui en garantit la continuité. Les collections se diversifient avec les « Documents bleus » (1923), « la Vie des hommes illustres » (1926), « Du monde entier » (1932), collection de littérature étrangère qui publie, grâce à Maurice-Edgar Coindreau, John Dos Passos, William Faulkner et Ernest Hemingway, mais également Joseph Conrad et Franz Kafka. La Bibliothèque de la Pléiade, rachetée en 1933, devient une véritable consécration pour les talents devenus des classiques.
Parallèlement, Gaston Gallimard s’essaye à la production cinématographique (en 1934, Madame Bovary, de Jean Renoir, avec Valentine Tessier, est un échec retentissant), tout en investissant dans la presse : au côté de la sérieuse Revue juive, confiée en 1925 à Albert Cohen, sont lancés plusieurs hebdomadaires à grand tirage, dont Détective (1928), spécialisé dans le fait divers, Voilà (1931), axé sur le reportage, et surtout Marianne, hebdomadaire d’actualités, plutôt marqué à gauche, qui est dirigé par Emmanuel Berl de 1932 à 1937. À la fin des années 1930, Gallimard accueille de jeunes auteurs, comme Marcel Aymé, Henri Michaux, Jean-Paul Sartre, Jacques Audiberti ou Saint-Exupéry, tandis que Claude Gallimard, fils de Gaston, fait son entrée au comité de lecture.