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| 3. | … à l’artiste complet |
Les premiers jongleurs qui se produisent sur les pistes de cirque, au début du xixe siècle, viennent d’Inde, du Japon ou de Birmanie. Ils apportent avec eux de nouveaux accessoires (bâtons et grosses boules de coton), adoptés par la suite par les jongleurs occidentaux.
À partir de 1870, l’ouverture de nombreux music-halls offre autant de nouvelles scènes aux jongleurs, dont les styles se diversifient. En 1890, le Français Agoust crée l’entrée jonglée dite « du Restaurant », où les objets utilisés sont les couverts, les assiettes, les verres, etc., tandis que l’Allemand Michael Steiner, connu sous le nom de Kara, invente le personnage du gentleman-jongleur, portant haut-de-forme et queue-de-pie — qu’il utilise comme accessoires.
L’âge d’or de la jonglerie s’étend des années 1910 à 1940, période qui voit triompher à l’Alhambra de Paris, au cirque Medrano ou au Wintergarten de Berlin un jongleur italien, Enrico Rastelli. « Le plus fort jongleur du monde », en tenue de footballeur, présente un numéro long de quarante-cinq minutes, caractérisé par une inflation d’objets manipulés avec virtuosité. Pour la première fois, le nom d’un jongleur tient le haut de l’affiche et remplit les salles.
Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que décline le spectacle de cirque et de music-hall en Europe, les jongleurs privilégient la créativité artistique plutôt que la performance physique. Francis Brunn, Bela Kremo, puis son fils Kris, Bobby May ou Bob Bramson perpétuent ainsi sur les grandes scènes américaines une tradition que Sergueï Ignatov ou Stéphane Gruss maintiennent dans les cirques. La quête de l’exploit, toutefois, demeure : en 1993, le jeune Américain Anthony Gatto bat le record du nombre d’objets lancés, avec la manipulation de douze anneaux.