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Pitoëff, Georges (1884-1939), acteur, décorateur, metteur en scène et directeur de théâtre d’origine russe.
Né à Tiflis (aujourd’hui Tbilissi, Géorgie), Georges Pitoëff fréquente dès son enfance le théâtre que dirige son père. Il étudie à l’université de Moscou, où il assiste aux spectacles du Théâtre d’art de Stanislavski. En 1908, il débute comme acteur au Théâtre dramatique Vera Komissarjevskaïa de Saint-Pétersbourg. Régisseur à partir de 1910, il sillonne les routes de Russie avec le Théâtre ambulant de Gaïdebourov. En 1913, il dirige Notre Théâtre, installé dans un quartier populaire de Saint-Pétersbourg, et monte des auteurs comme Henrik Ibsen, Oscar Wilde, Arthur Schnitzler et George Bernard Shaw. Il quitte la Russie en 1914 et s’installe à Genève en 1916, avec sa femme Ludmilla, également actrice.
Ils fondent tous deux une nouvelle troupe de théâtre, qui est invitée à plusieurs reprises à Paris, entre 1919 et 1921, au théâtre des Arts de Jean Rouché. En 1922, les Pitoëff gagnent la France ; ils sont accueillis par Hébertot à la Comédie des Champs-Élysées à Paris en 1922, puis s’installent tour à tour au théâtre des Arts (1925 à 1927), au Théâtre de l’Œuvre (1930), au Vieux-Colombier (1933) et au Théâtre des Mathurins (1928-1929 et 1934-1939). Ils y montent Jean Anouilh, Paul Claudel (l’Échange, 1925, avec Ludmilla Pitoëff dans le rôle de Marthe), et de nombreux auteurs étrangers comme August Strindberg, Maxime Gorki, Anton Tchekhov — dont ils traduisent les pièces (Oncle Vania, 1921 ; les Trois Sœurs, 1929) — et Luigi Pirandello (Six personnages en quête d’auteur, 1923, avec Michel Simon ; Henri IV, 1939, avec Georges Pittoëff dans le rôle-titre).
Membre du Cartel à partir de 1927 avec Charles Dullin, Louis Jouvet et Gaston Baty, Georges Pitoëff contribue à faire avancer la réflexion sur son art. Il s’intéresse au fonctionnement et au financement des théâtres, affirmant notamment la nécessité d’une implication de l’État. Malgré d’incessantes difficultés financières, il adopte un rythme de création très intense (en tout, plus de deux cents spectacles), donnant la priorité aux auteurs contemporains. Il privilégie le jeu de l’acteur et la mise en scène (toujours au service du texte), cherchant à retrouver l’« inspiration première » de l’auteur, conçoit et réalise lui-même les décors de chacun de ses spectacles ; ses maquettes, à la fois colorées, géométriques et dépouillées, doivent beaucoup à la peinture russe, de Wassily Kandinsky à Kazimir Malevitch. Ses dispositifs pour des pièces de William Shakespeare (Hamlet, Macbeth et Roméo et Juliette) figurent parmi ses plus grandes réussites dans ce domaine. Comme acteur, Georges Pitoëff s’est particulièrement illustré dans ses interprétations d’Hamlet, de Gustave dans les Criminels de Ferdinand Bruckner, et de Nikita dans la Puissance des ténèbres de Léon Tolstoï. Son origine étrangère a parfois été une entrave dans sa carrière de metteur en scène, lui interdisant notamment son entrée à la Comédie-Française.