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Théâtre national populaire [TNP]
1. Présentation

Théâtre national populaire [TNP], théâtre subventionné fondé en 1920, inaugurant une conception démocratique de la mission politique et esthétique du théâtre.

2. Du Trocadéro à Villeurbanne : une longue histoire

Fondé en 1920 et inauguré le 11 novembre 1920 (date anniversaire de l’Armistice) au palais du Trocadéro, le Théâtre national populaire représente la première tentative de faire accéder à un répertoire de qualité le plus large public possible. Firmin Gémier, qui avait déjà multiplié les efforts dans le sens d'un théâtre populaire, le dirige de 1920 jusqu’à sa mort (1933), mais les moyens dont il dispose ne sont pas à la hauteur de ses ambitions généreuses.

Après la démolition en 1935 du palais du Trocadéro, le Théâtre national populaire s'établit en 1937 dans la salle toute neuve du palais de Chaillot. La direction est alors assumée par Paul Abram (de 1938 à 1940), puis par Pierre Aldebert (de 1940 à 1951). En 1951, Jean Vilar est nommé directeur et fait du sigle TNP un sigle quasi mythique. La pensée et l’œuvre de Vilar accompagnent les grandes heures du TNP jusqu'en 1963, date à laquelle lui succède Georges Wilson.

En 1972, dans le cadre de la politique de décentralisation, le TNP est transféré à Villeurbanne, près de Lyon. Roger Planchon le dirige alors, assisté de Patrice Chéreau jusqu'en 1981, puis de Georges Lavaudant à partir de 1987, avant de céder la place à Christian Schiaretti en 2001. À Chaillot, devenu Théâtre national, c'est Antoine Vitez qui prend avec brio la relève de 1981 à 1988.

3. Vilar à Chaillot

L'histoire du TNP est marquée par la rencontre de Jean Vilar avec la salle du palais de Chaillot. Celle-ci, en effet, permet de rompre avec le théâtre à l'italienne et la compartimentation (et donc la distinction) sociale qu'il impliquait. Construite selon le principe de l'amphithéâtre à gradins, la salle de Chaillot permet d'offrir à un grand nombre de spectateurs une vision convenable de l'espace scénique et par conséquent de rassembler le public en une collectivité que le théâtre à l'italienne en son principe divisait. Pour rapprocher davantage la scène de la salle, Vilar a, en outre, dépouillé cet immense espace de tous les artifices décoratifs et de machinerie et valorisé uniquement, par le travail du jeu et de l'éclairage, les comédiens et le texte. Son équipe s'est également efforcée d'amener le plus large public possible à la rencontre d'un répertoire de qualité. Les œuvres, interprétées par des acteurs prestigieux comme Maria Casarès, Gérard Philipe ou Daniel Sorano, peuvent alors donner leur mesure, et le théâtre devenir un lieu de fête et de cérémonie capable de forger une communauté citoyenne.

4. Le TNP entre institution et création

Après l'ère de Vilar arrivent les difficultés. En effet, l'immensité de la salle fait obstacle à la remise en cause de la frontière scène-salle et à la tendance plus intime et minimale qui caractérisent les années soixante-dix. D'autre part, la dimension institutionnelle du TNP rend de plus en plus difficiles une direction et des choix politiques audacieux : il faut affronter un lieu et un rêve démesurés. À Villeurbanne, Roger Planchon développe son activité dans deux directions : la scène du TNP lui permet, en tant qu'auteur et metteur en scène engagé, de représenter les monstruosités de l'Histoire ; parallèlement, il fait de l'institution qu'il dirige un lieu de réflexion sur les enjeux et sur l'avenir du théâtre et un lieu d'ouverture aux autres formes de création.

Quant au palais de Chaillot, il retrouve souffle et élan dans les années quatre-vingt, sous la direction d'Antoine Vitez. Aspirant à un « théâtre élitaire pour tous », Vitez, en 1987, fait de la représentation intégrale du Soulier de satin de Paul Claudel une véritable fête du théâtre en liberté.