| Caillois, Roger | Format lecture | ||||
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| 3. | Une œuvre à la croisée de la poésie et de la science |
L’œuvre de Roger Caillois est tout à fait originale et indépendante dans l’histoire de la pensée française du XXe siècle. Si elle hérite du surréalisme son inclination pour l’imaginaire, elle s’efforce d’en repenser les thèmes à la lumière d’une investigation scientifique afin de « déchiffrer l’indéchiffrable ».
Effectuant l’inventaire des formes du monde minéral et animal, cette œuvre est à la recherche d’une unité derrière la multiplicité des formes. Veillant à dépasser les cloisonnements des sciences spécialisées, elle convoque les sciences « diagonales » pour proposer une approche complexe du monde. Attentive aux symétries, aux dissymétries, aux cohérences et aux récurrences, elle effectue des analogies entre les différentes parties du réel et tente d’en dessiner les structures.
L’œuvre de Roger Caillois, quoique érudite, n’est pas animée par un esprit rationaliste : elle mêle regard poétique, goût des mots et rigueur du style. Conjuguant science, poésie et philosophie, l’approche de Caillois aboutit à ce qu’on a pu appeler un « mysticisme de la matière » : « Je parle des pierres : algèbre, vertige et ordre ; des pierres hymnes et quinconces ; des pierres, dardes et corolles, orée du songe, ferment et image. » (Pierres, 1966).
Cette approche précise, rigoureuse, du monde et de l’imaginaire provient chez Caillois d’un profond refus de la « littérature » — il est proche en cela de Georges Bataille — et d’une grande méfiance à l’égard du langage. Élève de Marcel Mauss et de Georges Dumézil, il associe sociologie et anthropologie du sacré dans sa compréhension de l’Homme.
Admirateur de Descartes et de Montesquieu, Caillois est également l’un des premiers écrivains français à s’être intéressé, en tant qu’essayiste, au roman policier (Puissances du roman, 1941).