| Format recherche | Devos, Raymond | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Devos, Raymond (1922-2006), artiste de variétés, auteur et comédien français, qui mêle numéros de clown, gags et calembours, le tout aboutissant à une forme suprême de comique de l’absurde, qu’il préfère nommer « délirant ».
| 2. | Naissance d’un artiste polyvalent |
Né à Mouscron (Belgique), Raymond Devos grandit dès l’âge de deux ans à quelques kilomètres de la frontière, à Tourcoing, en France. Il est un élève brillant au collège du Sacré-Cœur de Tourcoing, mais il est contraint d’abandonner ses études à cause de la faillite de son père, expert-comptable. La famille s’installe alors à Paris et vit dans une certaine misère après la fuite définitive du père. Toute sa vie, Raymond Devos a gardé le regret de ces études précocement abrégées et s’est réfugié dans le savoir et la connaissance : il reste, selon ses mots, « un éternel étudiant apprenant tout le temps » avec un goût prononcé pour la langue française et la musique. Bercé dès son enfance par la musique familiale (piano et orgue joués par son père, violon et mandoline joués par sa mère), Raymond Devos apprend à jouer de la clarinette, de la harpe, de la guitare, de la trompette, de la scie musicale, etc. Il travaille à l’âge de treize ans au marché des Halles, s’essaie à différents métiers et prend des cours de théâtre quand la guerre éclate. Il part en Allemagne, mobilisé en 1943 par le Service du travail obligatoire du gouvernement de Vichy. Il essaie d’y garder le moral, malgré la faim, au milieu d’hommes de différentes nationalités, qu’il distrait en présentant des spectacles de mimes musicaux.
| 3. | Devenir un artiste |
De retour à Paris, Raymond Devos vit dans une minuscule chambre sous les combles d’un hôtel et « continue de crever la faim » mais suit, en 1945, des cours d’art dramatique au théâtre du Vieux-Colombier auprès notamment de la pédagogue et comédienne belge Tania Balachova. En 1948, il entre à l’école de mime d’Étienne Decroux où il rencontre Marcel Marceau et fait ses débuts d’humoriste, notamment avec deux compères, André Gille et Georges Denis dans un numéro, « les Trois Cousins », au cabaret de la Rose-Rouge et au théâtre du Vieux-Colombier. Il débute également comme comédien avec Michel de Ré dans Perle du Colorado en 1949. De 1953 à 1956, il joue dans la compagnie de Jacques Fabbri et participe à des tournées en France et à l’étranger.
| 4. | Sketches et one-man-shows |
À partir de 1956, Raymond Devos écrit ses premiers sketches (« Caen », « la Mer démontée », « le Pied », etc.) et présente plusieurs one-man-shows dans des cabarets tels que L’Écluse ou Les Trois Baudets (où il a déjà monté un numéro en duo avec Roger Verbecke) et se produit au music-hall de L'Alhambra. Dès 1958, il se produit, avec son fidèle partenaire, le pianiste Hervé Guido, à L'Olympia, puis à Bobino (1959), au théâtre Fontaine (1961-1963) et au théâtre des Variétés (1967) tandis qu’il fait quelques apparitions dans des films (notamment dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard). Remarqué par Maurice Chevalier, il fait également sa première partie en 1960. Son succès est croissant notamment grâce à des sketches tels que « Sens interdits », « Jésus revient », « Ça peut se dire, ça ne peut pas se faire », « Salut l’harpiste ». Dès lors celui qui, pour garder sa forme physique et tenir le rythme de ses spectacles, s’entraîne sur un trampoline, foule les planches des plus grandes scènes parisiennes : Olympia (1968), théâtre de la Ville (1969), Bobino (1971), théâtre Hébertot (1974), théâtre Antoine (1977-1978), théâtre Montparnasse (1982-83, pour 230 représentations), théâtre du Palais-Royal (1988-89 pour 175 représentations de Et le spectacle continue, qui obtient un Molière en 1989), Olympia 94 (où il reste neuf semaines et pour lequel il obtient le Prix du Brigadier et la Victoire de la Musique du Meilleur Humoriste), Olympia 99, etc. et réalise de nombreuses tournées internationales. Il devient également un participant incontournable de l’émission de télévision le Grand Échiquier à partir de 1976.
| 5. | Un homme de lettres et d’honneurs |
Raymond Devos est également l’auteur de plusieurs recueils, dont Ça n’a pas de sens (1968), Sens dessus dessous (1976), À plus d’un titre (1989) Matière à rire (1991, qui réunit les trois recueils précédents) ou Un jour sans moi (1996) et de quelques romans (les 40èmes délirants, 2003 ; Une chenille nommée Vanessa, 2003 ; Sans titre de noblesse, 2005). Il a également été le dialoguiste et l’un des principaux acteurs du film la Raison du plus fou (1972), qu’il réalise avec François Reichenbach.
Il a reçu en 1989 le Molière du meilleur one-man-show et en 2000 un Molière d’honneur, et obtenu aussi en 1975 le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros et en 2001, le Grand Prix de l’humour de la Sacem. En 2003, un prix Raymond-Devos a été créé par le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon pour distinguer un auteur, un poète, un écrivain ou un chansonnier qui s’est « emparé » du français « pour en jouir et faire partager par les mots un moment d’excellence et de volupté ».
Mime remarquable, explorateur du langage et poète truculent, Raymond Devos est un artiste à la fois complet et inclassable : cet « artiste comique » a un goût avéré pour l’absurde qui jaillit au détour du langage de tous les jours, goût qui le conduit à naviguer sans fin au travers des non-sens ou des doubles sens blottis derrière la gangue des mots : jeux de mots et jonglerie avec les mots qu’il pratique avec un grand talent de conteur.