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Blin, Roger (1907-1984), metteur en scène et acteur français.
Né à Neuilly, Roger Blin débute au théâtre en 1935 en jouant le rôle muet d’un assassin dans les Cenci, pièce d’Antonin Artaud, dans des décors de Balthus. Il participe ensuite à la création des premiers spectacles de Jean-Louis Barrault (Numance, 1937 ; la Faim, 1939). À cette époque, Jacques Prévert l’intègre au groupe Octobre, compagnie française engagée dans la voie de l’agit-prop. D’emblée, il récuse la tradition réaliste et prône les vertus d’un théâtre provocateur, dans la lignée d’Arthur Adamov. Il monte plusieurs pièces de ce dernier, notamment la Grande et la Petite Manœuvre en 1950 et la Parodie en 1952.
Après avoir vu sa mise en scène de la Sonate des spectres de Strindberg en 1949, Samuel Beckett lui propose de mettre en scène En attendant Godot, en 1953, au théâtre Babylone ; le spectacle marquera une évolution majeure dans la production dramatique française de l’après-guerre. Roger Blin traduit si bien l’univers étrange et dérisoire de Beckett qu’il devient son metteur en scène attitré : il monte successivement Fin de partie (1957), la Dernière Bande (1960) et Oh les beaux jours (1963), accordant une grande attention au jeu des acteurs (diction, regards, déplacements), au texte, à la musique des mots et aux silences.
En 1959, il monte les Nègres de Jean Genet au théâtre de Lutèce avec une troupe d’acteurs noirs. En 1966, sa mise en scène des Paravents de Genet, au théâtre de l’Odéon, dirigé par Jean-Louis Barrault, suscite un énorme scandale. Violent plaidoyer anticolonialiste, le spectacle, évocation brillante mais insolente de l’Algérie en guerre, est fustigé par une partie de la critique. André Malraux, ministre de la Culture, doit intervenir personnellement pour empêcher son interdiction.
Blin aborde ensuite des auteurs étrangers comme Eduardo Manet (les Nonnes), José Triana (la Nuit des assassins), Carlos Semprun Maura (le Bleu de l’eau de vie), et Athol Fugard (Boasman et Lena). En 1978, il crée la Compagnie Roger Blin. Pour son dernier spectacle, en 1983, il met en scène Triptyque de Max Frisch à la Comédie-Française.
Roger Blin, homme secret et grave, metteur en scène instinctif et rigoureux, a rêvé d’un art susceptible de s’exprimer en dehors du langage, dans les interstices des mots, ce qui n’exclut pas pour lui, loin s’en faut, que le théâtre puisse, aussi et peut-être avant tout, être un art du plaisir.