Schiaparelli, Elsa
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Schiaparelli, Elsa
3. Les modèles surréalistes

Très efficacement secondée par Bettina Jones, Elsa Schiaparelli donne, dans les quelques années précédant la guerre, toute la mesure de sa fantaisie, que symbolise bien sa couleur préférée, le rose « schoking ». Reprenant à son compte une démarche inspirée du surréalisme, entourée et conseillée par un cercle d’artistes qui compte Jean Cocteau, Christian Bérard, Salvador Dalí et Marcel Vertès, Elsa Schiaparelli renouvelle le vocabulaire des accessoires, à travers ses chapeaux en forme de côtelette ou de chaussure, ses boutons de veste, véritables bibelots en plastique transparent ou en céramique (idée reprise du XVIIIe siècle) à motifs de caniche, de cygne ou d’écrevisse, ses gants de satin rose avec effet d’ongles en dentelle noire, ses bijoux fantaisie dessinés par Jean Schlumberger, mêlant plastique, métal et porcelaine, tout en introduisant, dans ses créations, une véritable trame narrative, facilitée par la présentation de collections autour d’un thème particulier.

Ainsi se succèdent, superbement servis par les broderies réalisées par la maison Lesage, le thème des papillons (été 1937), celui de la mer (printemps 1938), celui du cirque (été 1938), celui de la mythologie antique vue par les peintres de la Renaissance italienne (automne 1938), celui des signes du zodiaque (hiver 1938-1939) ou encore celui de la commedia dell’arte (printemps 1939). Parallèlement, Elsa Schiaparelli réalise des modèles uniques, parmi lesquels des robes et des tailleurs brodés de bouches-lèvres, de visages, de homards, un tailleur à poches-tiroir dont elle emprunte le thème à Dalí, des manteaux ornés de poches brodées à motifs de fleurs en porcelaine, créations empreintes de fantaisie et d’humour.

Elle lance encore d’autres parfums, comme Schoking (1937), dont le flacon reproduit, en miniature, un mannequin de couturière, Sleeping (1938), présenté dans une bouteille en forme de bougeoir, ou encore Snuff (1939), parfum pour homme dont le flacon évoque la forme d’une pipe.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Elsa Schiaparelli délègue la direction de sa maison et s’exile aux États-Unis. Regagnant Paris à la Libération, elle présente encore plusieurs collections, et forme dans ses ateliers de nombreux représentants de la génération des années 1950, comme Hubert de Givenchy et Pierre Cardin, avant d’interrompre ses activités en 1954. Elle lance aussi plusieurs parfums nouveaux, dont le Roi Soleil (1946) et Succès fou (1954).