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Worth, Charles Frédéric
1. Présentation

Worth, Charles Frédéric (1825-1895), couturier français d’origine britannique.

2. Des débuts prometteurs

Né à Bourne (Lincolnshire), Charles Frederick Worth (qui francisera ultérieurement son prénom en Charles Frédéric) fait son apprentissage à Londres, dans de grands magasins de nouveautés, fournisseurs de l’aristocratie britannique. Venu à Paris en 1845, il entre comme premier commis chez Gagelin, rue Richelieu, dont il devient l’associé au bout de quelques années (cette maison a reçu en commande une partie du trousseau de l’impératrice Eugénie, lors de son mariage avec Napoléon III).

Cherchant à accroître son indépendance, Worth s’associe au Suédois Gustave Bobergh pour l’ouverture en 1858 de sa propre maison dans une rue nouvellement percée, 7, rue de la Paix, maison qui deviendra le lieu de rendez-vous des élégantes parisiennes. Après des débuts difficiles, Worth s’attire la clientèle de l’épouse de l’ambassadeur d’Autriche, la princesse de Metternich, qui le présente à l’impératrice Eugénie. Cette dernière, séduite, en fait son couturier attitré.

Spécialisé dans les robes de bal, il est à l’origine du renouveau de la soierie lyonnaise et puise dans un registre très vaste de motifs de dentelle et de broderie. Il profite d’innovations techniques comme l’apparition de la dentelle mécanique ou celle des colorants industriels, qui lui permettent de proposer des coloris inédits.

La contribution majeure de Worth à la couture ne réside pas dans une conception révolutionnaire du vêtement féminin, mais plutôt dans un remarquable sens du commerce, qui lui permet de transformer la couture en une industrie de luxe. Il est le premier, en effet, à comprendre qu’il est essentiel de vendre ses modèles bien au-dessus de leur prix de revient, tout en favorisant une mode ostentatoire et luxueuse qui correspond bien aux aspirations de sa clientèle. Il reçoit sa clientèle dans de vastes salons à l’allure de salles de bal, où il montre ses modèles et présente ses collections saisonnières sur de vrais mannequins.

3. Les années de gloire

La chute de l’Empire et l’avènement de la IIIe République n’affectent pas l’activité du fournisseur des familles royales italienne, espagnole, hollandaise et russe, ainsi que des héritières américaines. À Paris, il habille aussi bien les femmes du monde que les actrices.

En 1874, les deux fils du fondateur, Jean-Philippe et Gaston Worth, entrent dans l’affaire familiale, le premier pour s’occuper de la création, le second pour prendre en charge la gestion des finances. Malgré la concurrence de Jeanne Paquin, de Jacques Doucet et des sœurs Callot, la maison Worth, qui ouvre une succursale à Londres en 1902, continue de prospérer. Étendant son activité à la confection de luxe, elle s’attache même les services de Paul Poiret pendant quelques années, avant que ce dernier fonde sa propre maison, en 1904.

4. Une succession difficile

Après le retrait de Jean-Philippe Worth, en 1910, Jean-Charles, fils de Gaston, reprend la direction artistique de la maison et son frère Jacques la direction administrative en 1922. Exerçant d’importantes responsabilités dans le monde de la couture, Jean-Charles est le fondateur de l’école de la Chambre syndicale. En 1941, il transmet la maison, très déclinante depuis la crise des années trente, à ses deux fils, Maurice et Roger Worth. Ces derniers la cédent en 1954 à la maison Paquin, qui prend le nom de Worth Paquin avant de disparaître en 1956. Une succursale britannique subsistera jusqu’en 1970.

La fabrication des parfums, lancée à partir de 1924 avec Dans la nuit, se poursuivra avec la création de Je reviens en 1934. Elle continuera, sous licence, après la fermeture de la maison de couture : naîtront Fleurs fraîches (1973), Miss Worth (1977), ainsi que deux parfums pour hommes, Monsieur Worth (1969) et Worth pour homme (1981), qui ont perpétué un nom aujourd’hui mythique.