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France (histoire)
1. Présentation

France (histoire), histoire du territoire de la France métropolitaine, de la préhistoire à nos jours.

Un complément d’informations sur la France se trouve aux articles France (géographie), France (population et société) et France (économie).

2. De la préhistoire à l’âge du fer
1. Le paléolithique

Les plus anciens fossiles humains retrouvés sur le sol français sont la mandibule de Montmaurin (Haute-Garonne) et les restes de l’homme de Tautavel (Pyrénées-Orientales), datés de 400 000 à 500 000 ans, et qui pourraient correspondre à un type intermédiaire entre Homo erectus et Homo sapiens. Des vestiges archéologiques attestent néanmoins la présence d’êtres humains sur le territoire il y a plus de 1 million d’années.

Daté de 1,8 million d’années, le site de Chilhac, près de Brioude (Haute-Loire), a livré quelques pierres taillées par l’homme, mais leur position stratigraphique — et donc leur datation — est incertaine. Dans la grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un outillage rudimentaire de galets aménagés a été daté de 950 000 ans. Les premières traces d’habitat organisé ont été découvertes à Soleilhac, près du Puy (Haute-Loire), où des blocs de basalte et de granite délimitaient une surface d’occupation sur les rives d’un lac, il y a 800 000 ans.

L’acheuléen, industrie du paléolithique inférieur caractérisée par des bifaces, couvre une très longue période (700 000-100 000 ans). Il est présent dans pratiquement toutes les régions de France, les sites les plus célèbres étant Saint-Acheul (près d’Amiens, Somme) et Montmaurin (Haute-Garonne) où a été découverte une mandibule humaine sans doute contemporaine des restes humains de la caune de l’Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales), datés de 450 000 ans. La domestication du feu est attestée pour la première fois à Terra Amata (Nice, Alpes-Maritimes) et à Lunel-Viel (Hérault), sites qui ont livré les premiers foyers aménagés dans des cabanes. Dans les gisements de la grotte du Lazaret (Nice), de Fontechevade (Orgedeuil, Charentes) et de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), des restes humains de type Homo erectus, associés à un outillage moustérien, généralement caractéristique de l’homme de Neandertal, ont également été mis au jour.

Apparu il y a environ 100 000 ans, l’homme de Neandertal (Homo neanderthalensis) a laissé des vestiges particulièrement bien conservés. Ce chasseur, bien adapté à son environnement, semble avoir été le premier à développer des rites funéraires. De nombreuses sépultures ont ainsi été découvertes dans le sud-ouest de la France : La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), la Quina (Gardes-le-Pontaroux, Charente), La Ferrassie (Le Bugue, Dordogne). À cette époque, le territoire français pouvait être peuplé de 10 000 à 20 000 individus.

Au paléolithique supérieur, les Néandertaliens laissent la place à des « hommes modernes » (Homo sapiens), notamment l’homme de Cro-Magnon (Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, en Dordogne) et l’homme de Chancelade (Dordogne). Venus du sud de l’Europe, ces chasseurs possèdent des caractéristiques physiques différentes : ils sont plus grands que leurs prédécesseurs, leur crâne est élevé, leur front redressé. Mieux équipés, ils introduisent de nouvelles techniques dans tous les domaines. Les principales cultures du paléolithique supérieur en France sont le châtelperronien (forme de transition), l’aurignacien, marqué par l’apparition de l’art, qui se développe pendant le gravettien et le solutréen et atteint son apogée au magdalénien avec les sites de Dordogne (Les Combarelles, Font-de-Gaume, Lascaux), de l’Ariège (Niaux), des Landes (Brassempouy), du Bassin parisien (Pincevent, Étiolles) et de l’Yonne (Arcy-sur-Cure). Voir aussi art paléolithique.

La population au magdalénien est évaluée à quelque 50 000 individus. Ces hommes tirent l’essentiel de leur subsistance de la chasse, notamment celle du renne. La fin de la période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et l’établissement progressif des conditions climatiques actuelles entraînent l’effondrement de cette civilisation fondée sur la chasse au gros gibier.

2. Le mésolithique et la « révolution néolithique »

Les hommes du mésolithique vivent de cueillette, de chasse au petit gibier et du ramassage de coquillages et de mollusques. Phase de transition entre une économie de prédation et une économie de production, cette période s’achève avec la « révolution néolithique » qui commence à atteindre la France vers le Ve millénaire sous l’influence de courants venus de la vallée du Danube et de la Méditerranée.

Le néolithique est considéré comme la période des débuts de l’agriculture : un climat plus clément ainsi que la diminution vraisemblable des ressources de la chasse et de la cueillette, amènent progressivement les populations à se fixer et à entreprendre la domestication d’espèces végétales et animales. Période des premiers défrichements, du développement de l’usage de la céramique et de la pierre polie, le néolithique est également marqué par un grand essor démographique dû à une meilleure alimentation. Les hommes du néolithique (5000-2000 av. J.-C.) ont laissé plusieurs milliers de monuments mégalithiques en France, témoins de leur religion centrée sur le culte des morts : les alignements de Carnac, le tumulus de Gavr’inis, les nombreux menhirs et dolmens de Bretagne, les monuments funéraires de la vallée de la Loire, du Bassin parisien et de Champagne, en sont les meilleurs exemples.

3. L’âge du bronze et l’âge du fer

Au cours de la protohistoire apparaissent les cultures plus élaborées de l’âge du bronze (v. 2000-750 av. J.-C.), puis de l’âge du fer (v. 750-50 av. J.-C.). La métallurgie, caractérisée à ses débuts par le travail du cuivre puis du bronze (alliage de cuivre et d’étain), évolue grâce à l’introduction du travail du fer, matériau plus facile à trouver mais aussi plus résistant. Ces techniques sont introduites par les peuples du Hallstatt, premiers Barbares venus de l’Est (Bavière, Haute-Autriche, Balkans) qui s’installent dans de nombreuses régions du territoire.

3. La Gaule
1. La Gaule celtique

Les Celtes (bientôt appelés « Gaulois » par les Romains) s’affirment sur le territoire français comme le groupe dominant. Regroupés dans des villages fortifiés, ces agriculteurs-soldats vivent au sein de tribus organisées dans une société divisée en plusieurs classes (les nobles, c’est-à-dire les familles dominantes de la tribu ; les paysans libres ; les artisans ; les esclaves) et pratiquent la religion des druides, ou druidisme. Ils entrent en contact avec le monde méditerranéen à partir du viie siècle av. J.-C. Les Grecs de Phocée, qui explorent l’ouest de la Méditerranée, fondent une colonie à Marseille (600 av. J.-C.) et établissent des contacts commerciaux avec l’intérieur du pays par la vallée du Rhône. Au ve siècle av. J.-C., la culture de La Tène, caractérisée par ses bijoux finement travaillés, ses armes et sa poterie (voir trésor de Vix), se répand par l’est pour gagner l’ensemble du monde celtique. À la veille de la conquête romaine, aucune différence nette n’existe entre le monde « gaulois » et le monde « germanique ».

Voir aussi art celtique ; langues celtiques.

2. La Gaule romaine
2.1. Conquête et prospérité

Dès 124 av. J.-C., les Romains se lancent à la conquête de la Gaule — nom qu’ils donnent au territoire limité à l’ouest par l’océan Atlantique, au sud par les Pyrénées et la Méditerranée, au nord par la Manche et à l’est par les Alpes et le Rhin, dépassant les frontières actuelles de la France —, alors occupée par une centaine de peuples gaulois aux relations belliqueuses. Venus secourir les Grecs de Massalia (Marseille), ils occupent la colonie à partir de 121 av. J.-C., puis gagnent la vallée du Rhône. Ils fondent Narbonne, qui devient le centre de la province florissante de la Gaule Narbonnaise. Le général romain Jules César conquiert le reste de la Gaule entre 58 et 51 av. J.-C., mettant en déroute les armées gauloises de Vercingétorix. L’empereur Auguste réorganise la Gaule en 27 av. J.-C. et ajoute à la province initiale les provinces de Gaule belgique, Gaule lyonnaise et Aquitaine (à elles trois, elles forment la Gaule chevelue ou cisalpine). Il fait de Lugdunum (Lyon) le principal centre administratif de la contrée.

Après la consolidation de leurs conquêtes en Gaule, les Romains reportent leur attention sur la longue frontière du nord-est, menacée par les tribus germaniques. Rome veut conquérir les terres germaniques au-delà du Rhin et faire de la Colonia Agrippinensis (Cologne, en Allemagne) une base semblable à celle de Lyon. Mais après avoir été battus par les Germains en 9 apr. J.-C., les Romains se contentent de défendre la frontière du Rhin, limite avec le monde « barbare », et renoncent à étendre leur empire jusqu’à l’Elbe. De nombreux Gaulois servent alors dans les légions de la frontière.

Les deux premiers siècles de l’occupation romaine sont une période de prospérité. De grandes villes sont créées, le pays est doté d’infrastructures — ponts, aqueducs (pont du Gard), réseau routier étendu — qui lui permettent de s’engager dans un commerce actif. De nombreux monuments publics sont construits sur le modèle gréco-romain : amphithéâtres de Nîmes et d’Arles, théâtres d’Orange, d’Autun ou de Lyon (voir art romain). Progressivement, les Gaulois prennent l’habitude d’assimiler leurs dieux avec les dieux romains et constituent un panthéon gallo-romain dans lequel Mercure, Mars, Hercule, Apollon et Vulcain, dotés de nouvelles attributions, sont particulièrement populaires (Voir aussi mythologie romaine).

2.2. La Gaule chrétienne

Le christianisme connaît des débuts difficiles en Gaule. Peu nombreux (6 évêques en 250 apr. J.-C., 12 en 300), les chrétiens subissent de violentes persécutions et donnent à leur communauté de nouveaux martyrs, comme Pothin, évêque de Lyon et premier évêque des Gaules, et Blandine, tous deux livrés aux animaux sauvages dans l’amphithéâtre de la ville avec 46 de leurs coreligionnaires (177 apr. J.-C.). Les persécutions cessent au ive siècle : l’édit de Milan (313) accorde la liberté de culte et, surtout, l’empereur Théodose fait du christianisme la religion d’État (381). Les premiers grands apôtres de la Gaule sont Denis, évêque de Paris au iiie siècle, et Hilaire, évêque de Poitiers au ive siècle. Les campagnes ne sont évangélisées qu’au siècle suivant par Martin, évêque de Tours. Dès le ve siècle, l’aristocratie gallo-romaine s’est convertie et l’on peut voir des membres des grandes familles sénatoriales occuper des fonctions épiscopales.

2.3. La fin de la pax romana

À partir du iiie siècle, les effets de la pax romana — paix romaine — se font moins sentir en Gaule. L’instabilité politique, la raréfaction des esclaves, la peste, l’inflation croissante et les problèmes économiques fragilisent le pays. Menaçant la loi et l’ordre de l’Empire, les incursions germaniques se multiplient sur le limes, le long de la frontière du Rhin. Un répit temporaire a lieu sous le règne de l’empereur Dioclétien, dont la réorganisation politique, militaire et fiscale (293) est lancée en partie depuis sa résidence impériale de Trèves, en Gaule belgique.

En 395, le partage de l’Empire romain en un empire d’Occident et un empire d’Orient déplace le centre de gravité vers l’est et la nouvelle capitale (Constantinople), au détriment des provinces occidentales, de plus en plus exposées à l’influence des Barbares. La Gaule, ruinée par une fiscalité croissante, entre dans une période de déclin ; sous le coup d’une administration totalement en déroute, les villes, fondement des civilisations de l’Antiquité, se vident au profit des campagnes où les populations vivent repliées au sein de vastes domaines.

3. Les invasions barbares
3.1. Les premières invasions

Au cours du ive siècle, de petits groupes de Germains se sont installés en Gaule. Conservant leur organisation politique, ils ont obtenu le statut de peuples fédérés : en échange de la possession de terres, ils doivent effectuer un service militaire dans l’armée romaine. En 406, ce mouvement s’accélère lorsque les Vandales, les Suèves et les Alains franchissent la frontière du Rhin, traversent la Gaule et envahissent l’Espagne. En 412, les Wisigoths pénètrent dans le sud de la Gaule par l’Italie. Jouissant rapidement du statut de fédérés, ils fondent un royaume en Aquitaine en 418. En 443, les Burgondes, conduits par Aetius, s’établissent en Savoie. De là, ils gagnent, sans rencontrer de résistance, les vallées de la Saône et du Rhône. Au nord-ouest, les Celtes venus d’Angleterre — qui a également été envahie par les tribus germaniques — s’établissent dans la région qui prend plus tard le nom de Bretagne. Les Germains ne s’installent cependant pas en vainqueurs, mais en alliés des Romains. En échange des terres qui leur ont été distribuées, ils s’unissent en 451 aux Gallo-Romains pour repousser, lors de la bataille des champs Catalauniques, une nouvelle horde d’envahisseurs d’origine turco-mongole, les Huns d’Attila.

3.2. L’établissement des Francs

À la fin du ve siècle, alors que l’autorité impériale romaine achève de s’effondrer — Romulus Augustule, le dernier empereur romain d’Occident est déposé par Odoacre, roi des Hérules, en 476 —, la Gaule est conquise par une autre tribu germanique, les Francs saliens. À la tête d’un royaume situé dans la région de Tournai, leur chef Clovis — après avoir successivement battu les Gallo-Romains de Syagrius en Gaule du Nord (bataille de Soissons, 486), les Alamans sur le Rhin (bataille de Tolbiac, v. 496) et les Wisigoths d’Alaric II près de Poitiers (bataille de Vouillé, 507) — se rend maître de presque toute la Gaule, à l’exception du Languedoc, du Roussillon et du royaume burgonde (future Bourgogne), que ses fils conquièrent en 534.

4. Le Moyen Âge
1. Les Mérovingiens (481-751)
1.1. Clovis, roi des Francs

Clovis peut être considéré comme le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne, qui doit son nom à son grand-père légendaire Mérovée (ou Merowig). Marié à une princesse burgonde chrétienne, Clotilde, Clovis se fait baptiser par Remi, l’évêque de Reims, à une date mal connue, comprise entre 496 et 506 (certains historiens la situent en 498). En adoptant le christianisme en faveur chez les Gallo-Romains plutôt que l’arianisme des Wisigoths, il parvient à renforcer son contrôle sur la Gaule et à faciliter l’assimilation entre Francs et Gallo-Romains.

Selon la coutume franque, toutes les possessions de Clovis, y compris le titre royal, sont divisées entre ses fils après sa mort (511). Le partage du royaume franc en trois royaumes — l’Austrasie, à l’est, la Neustrie au nord-ouest, la Bourgogne, au sud — est à l’origine de guerres civiles qui éclatent à partir du vie siècle.

1.2. De Dagobert à Charles Martel

S’il est un temps réunifié en 613 sous Clotaire II, puis en 632 sous Dagobert Ier, le royaume franc commence à décliner, livré à des rois faibles (les « Rois fainéants »), démembré au gré des successions et des dons effectués par les souverains en échange d’alliances. La réalité du pouvoir est en fait aux mains des maires du palais, officiers qui dirigent les propriétés du roi. Des luttes s’instaurent entre les différents maires du palais, qui ne sont pas sans rappeler les conflits entre les souverains eux-mêmes. À la fin du viie siècle, Pépin de Herstal, maire de palais originaire d’Austrasie, impose sa supériorité à ses rivaux, étendant avec succès son autorité sur les royaumes de Neustrie et de Bourgogne, tout en gardant les membres de la dynastie mérovingienne comme monarques en titre. Il a pour successeur son fils Charles Martel, qui repousse l’invasion musulmane des Sarrasins venus d’Espagne en 732, à la bataille de Poitiers. En 751, le fils et successeur de Charles Martel, Pépin le Bref, dépose Childéric III, le dernier souverain mérovingien et se fait élire roi des Francs.

2. Les Carolingiens (751-987)

Succédant aux Mérovingiens, les Carolingiens — qui doivent leur nom à leur représentant le plus célèbre, Charlemagne (Carolus Magnus) ou Charles Ier le Grand — se situent à une période charnière ; c’est sous leur dynastie que se mettent en place les structures féodales qui vont prévaloir à l’époque médiévale. En effet, l’avancée des Arabes dans le monde méditerranéen va entraîner la fin du grand commerce international, la raréfaction de la monnaie et enfin la prédominance absolue de la richesse foncière et de l’économie domaniale.

2.1. Pépin le Bref

La nouvelle dynastie est renforcée par l’alliance de Pépin le Bref avec la papauté, alliance scellée par le rite (alors inconnu de la royauté française) du sacre : en 751, Boniface, primat de Germanie, se rend en Gaule pour oindre Pépin le Bref et ses deux fils des saintes huiles, comme les prophètes l’ont fait pour les rois d’Israël. En échange de l’aide des Francs contre les Lombards, le pape Étienne II approuve la mainmise carolingienne sur le trône et renouvelle le sacre de Pépin en 754, à Saint-Denis. Le roi mène alors campagne en Italie pour défendre la papauté, en 754 et 756, et cède à Étienne II les terres qu’il a conquises sur la péninsule. Ces territoires deviennent les États pontificaux, gouvernés directement par le pape. Le royaume de Pépin le Bref est divisé à sa mort, en 768, entre ses fils Charles (le futur Charlemagne) et Carloman. Carloman meurt trois ans plus tard et Charlemagne reste le seul souverain des Francs pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort en 814.

2.2. Charlemagne et la renaissance impériale

Les campagnes militaires occupent Charlemagne au cours des premières années de son règne. Comme son père, il combat en Italie, à la fois pour le compte du pape et pour le sien, soumettant le roi des Lombards, Didier, dont il prend le titre (774). Il fait la guerre en Espagne contre les Arabes et les Basques (bataille de Roncevaux, 778) et crée un territoire frontalier (une marche) dans l’actuelle Catalogne. À l’est, il lutte contre les Bavarois et les Avars, qu’il intègre dans son royaume. Pendant trente ans, il fait campagne contre les Saxons en Allemagne, les soumettant finalement à son contrôle et les forçant à se convertir au christianisme.

En 800, Charlemagne est couronné empereur d’Occident à Rome par le pape Léon III. Ce sacre lui vaut un prestige spirituel considérable et, à la fin du ixe siècle, le paganisme a disparu de ses possessions. Charlemagne installe sa principale résidence à Aix-la-Chapelle (Aachen, Allemagne) et s’attache à gérer au mieux son vaste royaume qui s’étend de l’Èbre à l’Elbe et de la mer du Nord à l’Adriatique. Il met sur pied un système administratif centralisé : le royaume est divisé en près de 250 pagus, gérés par des comtes dotés d’attributions financières, judiciaires et militaires. En parallèle, les évêques, nommés par le roi et considérés comme des « fonctionnaires », sont des relais du pouvoir au sein du vaste réseau paroissial du royaume. Les missi dominici, évêques ou comtes envoyés en mission à travers le royaume, sont chargés de veiller au bon fonctionnement du système et à la loyauté des exécutants. Charlemagne mène une œuvre considérable en matière législative (publication d’ordonnances, les capitulaires), juridique (codification du droit) et financière (institution de la dîme).

Il rassemble également autour de lui les plus grands savants de son temps, parmi lesquels Alcuin et Paul Diacre, et favorise les lettres en encourageant la diffusion des textes de l’Antiquité patiemment recopiés dans les monastères ou en introduisant une réforme de l’écriture (l’« écriture caroline »). Il s’attache également les services du chroniqueur Eginhard, chargé de consigner les grands moments de son règne (voir Vie de Charlemagne). Pourtant, il échoue dans sa tentative de faire renaître l’Empire romain d’Occident. S’il s’est assuré de la fidélité de la plupart des riches propriétaires fonciers par l’engagement vassalique, ceux-ci ne tardent pas à s’émanciper et à renforcer leur propre pouvoir, profitant du désordre provoqué par les invasions normandes.

2.3. Le déclin de la dynastie

Unique héritier que Charlemagne a lui-même couronné empereur en 813, Louis Ier le Pieux cherche à mettre de l’ordre dans sa succession en décrétant en 817 que son fils aîné, Lothaire, héritera de l’Empire et que ses deux plus jeunes fils détiendront des royaumes subordonnés à l’intérieur de l’Empire : pour Pépin, l’Aquitaine et pour Louis, la Bavière. Mais l’empereur a de son second mariage un quatrième fils, Charles, que sa mère Judith de Bavière est déterminée à voir bénéficier de l’héritage royal.

Louis Ier le Pieux meurt en 840 et ses fils ne tardent pas à se déchirer. Pépin mort en 838, Louis s’allie à Charles contre Lothaire, qui est battu en 841. Le traité de Verdun (843) met fin à leur conflit et partage l’Empire en trois parties : Lothaire Ier conserve la dignité impériale et obtient la partie médiane, qui s’étend de la Hollande jusqu’à Rome (Rhénanie, Bourgogne, Provence, Italie centrale) ; Louis II dit le Germanique reçoit la partie orientale, comprise entre le Rhin et l’Elbe, de la Saxe à la Bavière ; et Charles II dit le Chauve, la partie occidentale, limitée à l’est par la Meuse, la Saône et le Rhône. C’est à cette époque que commencent à se dessiner les premiers traits d’une nation française. Les sujets de Charles le Chauve parlent le roman, dérivé du latin, tandis que ceux de Louis le Germanique s’expriment en tudesque (ancêtre de la langue allemande). Le territoire de Charles préfigure la France moderne, celui de Louis l’Allemagne moderne et celui de Lothaire, les territoires si souvent disputés entre les deux pays.

2.4. Les invasions vikings

Dès avant 800, des Vikings venus de Scandinavie ont commencé à attaquer les régions côtières du royaume carolingien. Cependant, l’impact réel de ces expéditions ne se fait réellement sentir qu’à partir du règne de Louis Ier le Pieux. La désunion de ses fils favorise les invasions des Vikings (850-911), des Sarrasins (à partir de 838) et des Hongrois au xe siècle.

Les ports de mer, les villes et les monastères situés près des voies navigables sont les premières victimes de ces hommes venus du Nord, les Normands. Rouen et Paris sur la Seine, Nantes, Tours, Blois et Orléans sur la Loire, Bordeaux sur la Garonne, et bien d’autres villes sont pillées par les Vikings, tout comme les abbayes de Saint-Denis, Saint-Philibert, Saint-Martin et Saint-Benoît. Impuissant face à ces menaces, le pouvoir royal carolingien est contraint d’encourager la féodalité à des fins défensives, et l’aristocratie fait de nouveaux progrès. Robert le Fort, seigneur de la vallée de la Seine, est l’un des seuls à s’opposer avec succès aux envahisseurs.

En 888, la couronne du royaume franc est offerte au fils de Robert le Fort, le comte Eudes, défenseur de Paris contre les Normands. Les réformes aristocratiques de la renaissance carolingienne ont contribué à creuser davantage le fossé entre l’élite ecclésiastique et le reste de la population. À la fin du xe siècle, le pouvoir réel est tombé aux mains des châtelains — seigneurs qui, avec l’aide de chevaliers, contrôlent un château et ses environs immédiats —, et le royaume est devenu une mosaïque de plus de trois cents comtés quasi indépendants.

Les Vikings installent des bases pour leurs opérations à l’embouchure des fleuves, puis cherchent finalement à les transformer en colonies permanentes. En 911, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Rollon, un puissant chef viking, obtient du roi franc Charles III le Simple la main de sa fille Gisèle et le territoire de la basse vallée de la Seine qui devient la Normandie ; il jure fidélité au roi pour les terres reçues et se convertit au christianisme.

3. Les Capétiens (987-1328)
3.1. Hugues Ier Capet

À la mort de Louis V le Fainéant en 987, les grands seigneurs, sur les conseils de l’archevêque de Reims, se tournent vers Hugues Capet, comte de Paris, petit-fils de Robert le Fort et fils d’Eudes. Hugues Capet est choisi par ses pairs et élu roi, justement parce qu’il n’est pas assez puissant pour étendre son contrôle sur l’ensemble des principautés. Suzerain plus que souverain — son domaine ne dépasse guère l’Île-de-France —, il obtient d’ailleurs son élection en cédant bon nombre de ses fiefs à ses électeurs.

Hugues Capet réussit à faire couronner rapidement son fils aîné, Robert. Grâce à cette pratique, rendue coutumière par ses successeurs, il dote la monarchie française d’une assise que n’ont jamais eue les prestigieux empereurs allemands du Moyen Âge : le royaume a désormais un héritier, ce qui le préserve des divisions antérieures. Robert II le Pieux, devenu roi en 996, fait de même avec son fils, Henri Ier, roi à son tour en 1031. Les Capétiens se transmettent ainsi la couronne en ligne directe pendant plus de trois siècles, de 987 à 1328.

3.2. Les premiers Capétiens et l’expansion du royaume

Dans l’impossibilité d’unifier un royaume divisé en grandes principautés (Normandie, Flandre, Anjou, Aquitaine, Bourgogne, Catalogne), les premiers Capétiens s’attachent avant tout à asseoir leur pouvoir dynastique ; au début du xie siècle, des seigneurs vassaux du roi — comme Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, ou Hugues le Grand, abbé de Cluny et représentant d’un monarchisme en plein épanouissement — sont beaucoup plus puissants que le roi Philippe Ier, mais la dynastie, servie par une période de croissance économique et soutenue par l’Église, s’affermit néanmoins progressivement. Le successeur de Philippe Ier, Louis VI le Gros, consolide définitivement le pouvoir royal en Île-de-France. Depuis Paris, il règne sur un territoire d’environ 160 km du nord au sud et 80 km d’est en ouest. S’appuyant sur la population et l’Église, il y supprime toute opposition féodale au gouvernement royal, se chargeant de rendre la justice, fonction essentielle des rois de France à l’époque médiévale. Il confie l’éducation de son fils, le futur Louis VII, à l’abbé de Saint-Denis Suger et, en 1137, lui fait épouser Aliénor, héritière du duché d’Aquitaine.

Les possessions d’Aliénor sont beaucoup plus vastes que celles du roi et, par son mariage, Louis VII prend le contrôle de territoires étendus entre la Loire et les Pyrénées. C’est sous son règne que paraissent les premières ordonnances royales, témoignages de la mise en place d’une administration embryonnaire dans le royaume. Répudiée par le roi en 1152, Aliénor épouse bientôt Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie qui, en 1154, devient roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II. Par cette alliance, l’Aquitaine passe de la Couronne française à la Couronne anglaise et les terres contrôlées en France par Henri II se trouvent être beaucoup plus étendues que celles de son suzerain, Louis VII.

3.3. L’organisation de la société du xie au xiiie siècle

L’organisation de la société au Moyen Âge repose sur des structures hiérarchisées et figées qui vont, d’une certaine manière, perdurer jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Le système féodal répartit les hommes en trois ordres, assurant à chacun des fonctions précises : les oratores, c’est-à-dire « ceux qui prient » ; les bellatores ou chevaliers, « ceux qui combattent » ; les laboratores, « ceux qui travaillent » et font vivre les deux premiers groupes.

3.3.1. Le système seigneurial

Aux débuts de la dynastie capétienne, le royaume ressemble à une mosaïque de principautés de taille et de puissance diverses, vivant de façon relativement autarcique. Les invasions barbares et l’interruption des grands axes commerciaux ont incité les hommes à se regrouper et à se replier au sein de principautés dont le seigneur peut assurer la défense. Une agriculture encore archaïque rend les disettes fréquentes et l’existence précaire ; des conditions climatiques particulièrement défavorables au début du xie siècle provoquent également de terribles famines.

Les relations entre les seigneurs, possesseurs de la terre et détenteurs du ban (pouvoir de commandement), et les paysans reposent sur un certain nombre de droits et de devoirs mutuels (voir système seigneurial). Si des différences de ressources et de statut existent entre les paysans (libres et non libres, voir serfs), tous sont soumis au paiement de redevances au seigneur et à une existence précaire, caractérisée par la faiblesse des rendements agricoles. Pourtant, à partir du milieu du xie siècle, un nouveau mouvement anime les campagnes : plus nombreux, les hommes entreprennent des défrichements qui permettent l’augmentation des domaines cultivables et donc contribuent à améliorer leur niveau de vie. Dans le même temps, les progrès de l’outillage (charrue, attelage, moulin à vent) permettent d’obtenir de meilleurs rendements et, dans certains cas, de réduire la durée et l’étendue des jachères.

3.3.2. Villes et campagnes

Après la ruine des cités gallo-romaines, consécutive aux Grandes Invasions, les seules villes importantes sont celles qui accueillent un évêché ou un château. Longtemps mises en sommeil, les activités commerciales connaissent pourtant, grâce à la paix, un nouvel essor à partir du milieu du xie siècle. Les marchands n’hésitent plus à prendre la route, utilisant des attelages plus perfectionnés, et à se rendre de ville en ville. Souvent organisés au sein de guildes, associations destinées à défendre leurs intérêts, ils prennent l’habitude de se rendre aux foires qui se tiennent à date fixe dans des villes. Les foires de Champagne sont parmi les plus célèbres : situées à la croisée des chemins entre les Flandres et l’Italie, régions d’origine de nombreux marchands, elles se succèdent, sous la protection du comte de Champagne puis du roi de France, dans quatre villes (Bar-sur-Aube, Provins, Lagny, Troyes) et durent ainsi toute l’année. Le développement des villes est encouragé par cette renaissance du commerce ; des artisans viennent s’installer dans les faubourgs, mais aussi des paysans. De nouvelles villes sont créées et se voient de plus en plus souvent octroyer des chartes de franchise qui leur accordent certains droits comme celui de s’administrer sous la direction d’un maire (voir commune, histoire des campagnes, histoire des villes).

3.3.3. La chevalerie

Au sommet de la pyramide sociale, les chevaliers constituent une caste militaire à part. Rassemblant principalement les seigneurs, ceux qui peuvent acheter le coûteux équipement nécessaire (cheval, armure, etc.), la chevalerie est également hiérarchisée en fonction du rang de ses membres (ducs, comtes, simples seigneurs) et des serments qui les unissent (voir adoubement ; féodalité). Les chevaliers constituent une aristocratie, c’est-à-dire une minorité qui se distingue par sa naissance et par sa fortune, qui va tendre à se fermer aux autres hommes et former la noblesse. Avant tout occupés à la guerre, à la chasse et aux tournois, les chevaliers vivent dans leurs châteaux fortifiés, où ils entretiennent une cour. Leurs exploits guerriers et leur code de conduite ont inspiré toute une tradition littéraire, incarnée dans les romans courtois et les chansons de geste.

3.3.4. L’Église et les croisades

Les gens d’Église sont également intégrés dans le système féodal, qu’ils soient vassaux d’un seigneur ou seigneurs eux-mêmes. Le clergé se trouve sous la dépendance des laïcs, rois ou seigneurs, qui choisissent et nomment les évêques, les abbés ou les curés, contrairement à ce qui a été prévu par les lois de l’Église. Cette situation fait naître un certain nombre de conflits entre la papauté et les souverains, conflits qui culminent dans la querelle des Investitures aux xie et xiie siècles. Un sursaut réformateur se produit dans ce contexte de relâchement des mœurs (beaucoup d’hommes d’Église vivant en effet comme des laïcs ne sont pas en mesure de respecter les règles canoniques) : l’abbaye bénédictine de Cluny, fondée en 910, insuffle à la vie monastique un renouveau qui, jugé parfois insuffisant, débouche sur la constitution de communautés plus ascétiques (cisterciens, chartreux), puis voit triompher au xiiie siècle les ordres mendiants.

Le rôle du clergé dans la société se précise : l’Église, qui contrôle la vie de chaque chrétien du baptême à la mort, essaie de limiter la violence des mœurs féodales : la « paix de Dieu » défend aux chevaliers de s’attaquer aux personnes sans défense et la « trêve de Dieu » interdit les combats à certains moments de la semaine. Les croisades, lancées en 1095 au concile de Clermont par le pape Urbain II, répondent notamment à l’objectif de canaliser cette violence en mettant les chevaliers au service du Christ.

3.3.5. La vie intellectuelle et artistique

Au Moyen Âge, le monopole de l’enseignement est détenu par l’Église. Effectuées dans des abbayes ou des écoles épiscopales, destinées à la formation des clercs, les études sont essentiellement consacrées à la théologie. Un tournant s’effectue pourtant à partir du xiie siècle. D’une part, l’Occident redécouvre les auteurs de l’Antiquité à travers la traduction et la copie de manuscrits retrouvés dans les grandes villes musulmanes et, d’autre part, certains professeurs, à l’image de Pierre Abélard, aspirent à un renouvellement des méthodes d’enseignement. L’essor des études amène les maîtres et les étudiants, de plus en plus nombreux, à s’unir au sein de corporations, les universités, protégées par le pape et jouissant de nombreux privilèges. Au xiiie siècle, Paris est devenue un centre international du savoir ; les plus grands esprits de l’époque viennent y enseigner (Thomas d’Aquin, Bonaventure, maître Eckhart) et la fondation, par le chanoine Robert de Sorbon, sous le patronage de Louis IX, de la future Sorbonne (1257), collège destiné à accueillir les étudiants les moins fortunés, permet de faire accéder au savoir une nouvelle couche de la population. La royauté va bientôt pouvoir puiser parmi ces anciens étudiants un personnel compétent, utile pour le renforcement de son assise.

L’art médiéval en Occident est surtout un art religieux. Si les architectes du Moyen Âge construisent quantité de bâtiments militaires (châteaux forts, etc.) et civils (beffrois, halles, etc.), ils s’illustrent essentiellement dans l’édification de monuments religieux. Il s’agit alors de remplacer ou de restaurer les églises détruites par les Sarrasins et les Normands, de doter les nouvelles agglomérations de lieux de culte, d’accompagner l’essor monastique de bâtiments appropriés. La France des xiie et xiiie siècles voit se construire de remarquables édifices de style roman. Le « temps des cathédrales » voit ensuite le triomphe du style gothique.

Voir aussi art gothique et art roman, mais également cathédrale de Chartres, cathédrale Notre-Dame de Paris et cathédrale de Reims.

3.4. Le plus grand royaume de la chrétienté (1180-1328)
3.4.1. De Philippe II Auguste à Louis VIII le Lion

Fils de Louis VII, Philippe II Auguste, qui monte sur le trône en 1180, fait accomplir à la monarchie capétienne des progrès décisifs. Cherchant d’abord à agrandir le domaine royal, il profite habilement des luttes qui divisent les Plantagenêt pour faire reculer les Anglais sur le sol français. Il soutient ainsi Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre contre leur père, le roi Henri II d’Angleterre. Il prend ensuite prétexte du mariage de Jean sans Terre avec une princesse déjà fiancée à l’un de ses vassaux pour le déclarer félon (1202) et se saisir de tous ses fiefs français : l’Anjou, la Normandie, le Poitou, la Touraine et la Saintonge. Par son premier mariage avec Isabelle de Hainaut, Philippe Auguste a reçu l’Artois ; il prend ensuite possession, aux dépens des seigneurs, de nouveaux territoires dans le nord de la France (Boulonnais, Vermandois, Valois), réussit à imposer le contrôle royal sur le Vexin et fait reconnaître sa suzeraineté en Bretagne. S’attaquant à l’indépendance des comtes de Flandre, il réunit contre lui une coalition groupant l’Angleterre, Ferdinand de Portugal, comte de Flandre, et l’empereur germanique Othon IV de Brunswick. En 1214, il assure ses conquêtes en vainquant les armées coalisées de l’Angleterre et du Saint Empire à la bataille de Bouvines — cette importante victoire est le premier témoignage d’un sentiment national en France et l’expression de la suprématie du souverain sur ses vassaux insurgés.

La mise en place d’une administration, dotée d’un personnel compétent (baillis, sénéchaux) permettant au roi de lever des impôts et de rendre la justice dans un royaume considérablement agrandi, contribue à asseoir l’autorité royale. Des travaux d’assainissement et d’embellissement sont entrepris dans la capitale Paris, dotée d’une nouvelle enceinte et d’un château fort, le Louvre, où réside le roi. Contre ses grands vassaux, la monarchie se fait l’alliée du mouvement communal né du renouveau commercial et économique, qui voit notamment s’amorcer l’essor d’une bourgeoisie urbaine.

Une possibilité d’intervention dans le Sud occitan est fournie par la croisade lancée par Innocent III contre les albigeois en 1209. Les chevaliers, auxquels sont promises les terres prises aux « hérétiques », se précipitent pour y participer sous le commandement du comte Simon IV de Montfort, qui met la région à feu et à sang. La politique centralisatrice de Philippe Auguste explique en partie l’adhésion massive du Midi à la doctrine albigeoise, qui ne combat pas seulement pour des raisons théologiques, mais aussi pour maintenir son indépendance. Philippe Auguste est alors trop occupé contre les Anglais pour se joindre à la première phase de la croisade contre les albigeois, mais son fils, Louis VIII, organise une campagne militaire couronnée de succès. Après la prise de contrôle du comté de Toulouse, le domaine royal s’étend vers le sud jusqu’aux rives de la Méditerranée.

3.4.2. Saint Louis et Philippe III le Hardi

Louis IX (Saint Louis) monte sur le trône en 1226. Il n’est alors âgé que de 12 ans et sa mère Blanche de Castille assure la régence. D’une extrême piété, il s’attache à multiplier les institutions caritatives, à lutter fermement contre les hérésies mais aussi à rendre la justice plus équitablement. La mémoire collective a d’ailleurs retenu l’image du roi assis sous un chêne, rendant personnellement la justice. Louis IX parvient à s’assurer la loyauté des dernières provinces intégrées dans le royaume. Il lutte contre la corruption et les abus d’autorité en dépêchant des enquêteurs pour observer les méthodes d’administration des fonctionnaires royaux et pour enregistrer les plaintes de ses sujets. Sous son règne, le gouvernement royal se perfectionne et se spécialise : un parlement s’occupe désormais des affaires judiciaires et un Conseil du roi aide au gouvernement du royaume.

La politique extérieure de Louis IX est aussi marquée par un souci de paix et de justice : le roi restitue à Henri III Plantagenêt toutes les conquêtes dont la légitimité lui semble douteuse (Limousin, Périgord, Guyenne), en échange de la confirmation de sa souveraineté sur les autres territoires, mettant fin au conflit franco-anglais par le traité de Paris (1259).

Profondément religieux, bénéficiant d’un grand prestige spirituel, Louis IX désire couronner son règne par une croisade. En 1247, il confie la régence à sa mère et part pour la Terre sainte. D’abord fait prisonnier en Égypte, puis libéré, il se rend en Syrie pour y superviser le renforcement des fortifications chrétiennes. En 1270, il part pour une nouvelle croisade (la huitième), qui se solde par un désastre : avec bon nombre de ses soldats, il est victime de la peste et meurt lors du siège de Tunis. Aimé et respecté, Louis IX, auquel on attribue des miracles, est canonisé par le pape Boniface VIII en 1297.

Son fils Philippe III le Hardi est le cinquième roi de France à entreprendre une croisade, destinée cette fois à combattre les musulmans en Espagne. Il est aussi le troisième roi qui y perd la vie. Mais il a auparavant arrangé le mariage de son fils avec Jeanne Ire de Navarre, héritière du royaume de Navarre et du comté de Champagne, augmentant encore les possessions de la couronne.

3.4.3. Philippe IV le Bel

Roi de 1285 à 1314, Philippe IV le Bel renforce considérablement l’autorité royale. Conseillé par des légistes comme Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny et Pierre Flote, il entreprend de s’attaquer aux avantages des provinces et aux divers privilèges considérés comme autant d’entraves à son pouvoir. L’administration est complétée de manière efficace par la création d’une Cour des comptes, destinée à suivre de près l’état des finances publiques. Désireux de consacrer d’une manière solennelle l’unité de la nation autour de lui, Philippe le Bel convoque pour la première fois les états généraux (1302). Une conception nouvelle de l’État, dans laquelle le roi n’est plus le premier des seigneurs mais la représentation vivante de la loi (Lex Rex), voit progressivement le jour. Elle se manifeste de façon éclatante dans le conflit qui l’oppose à la papauté : les relations s’enveniment à tel point entre Boniface VIII et Philippe le Bel, opposé à l’ingérence pontificale dans les affaires du royaume, qu’après l’« attentat d’Anagni » contre le pape (1303), le roi de France fait élire pape un évêque français, Clément V, qui finit par s’installer à Avignon au lieu de Rome (1309). La doctrine de l’indépendance politique des souverains (ou gallicanisme) a triomphé et l’affrontement souligne bien le glissement d’une France universaliste, incarnation de la chrétienté (comme elle l’a été du temps de Saint Louis), vers une France « nationale » désireuse d’accroître son hégémonie au détriment de celle de l’Empire chrétien.

Après avoir annexé la Franche-Comté, Lyon et une partie de la Lorraine, Philippe le Bel cherche à prendre le contrôle de la Flandre. Cette intervention très coûteuse se solde par un semi-échec : battu par les milices flamandes à Courtrai (1302), le roi prend cependant sa revanche à Mons-en-Pévèle (1304) et peut annexer une grande partie de la Flandre wallonne avec Lille, Douai et Béthune.

L’ensemble de ce règne est également marqué par de graves difficultés financières : Philippe le Bel ne cesse de lever des impôts, tente d’en créer d’autres et, pour apaiser une opinion mécontente, finit par s’en prendre aux banquiers (les Lombards) et aux prêteurs (les juifs) qui sont expulsés du royaume. Pour les mêmes raisons, il s’attaque au riche et puissant ordre des Templiers, dont les membres sont accusés d’hérésie, torturés et pour la plupart brûlés vifs. En 1312, après la dissolution de l’ordre par le pape Clément V, le roi, qui dès lors n’a plus à rembourser les dettes contractées auprès des Templiers, peut se saisir de tous leurs biens. La situation financière du royaume n’en demeure pas moins très précaire.

3.4.4. Le tournant du xive siècle et la difficile succession royale

Le règne de Philippe IV le Bel s’achève dans un contexte de crise généralisée. Cette crise provient d’abord du déséquilibre entre la croissance de la population et la stagnation, voire la raréfaction des ressources alimentaires. Le xive siècle est en effet marqué par l’arrêt des défrichements : il est devenu impossible d’accroître davantage les surfaces cultivables au détriment des forêts, qui fournissent bois et gibier, ou des landes, terrains de pâture. Dans le même temps, les campagnes perdent des habitants au profit des villes, ce qui entraîne une diminution de la main-d’œuvre et un appauvrissement des seigneurs, amenés à verser des salaires toujours plus élevés à leurs paysans pour les retenir.

Parallèlement, le développement du trafic maritime vénitien et génois porte un coup d’arrêt aux foires de Champagne, et la monnaie connaît une grande instabilité. Aux disettes des siècles précédents s’ajoutent des famines répétées qui touchent des régions entières, comme le Nord en 1315-1317, puis des épidémies, dont celle de la Peste noire qui frappe, à partir de 1347, des populations affaiblies. La période est traversée de troubles sociaux : des soulèvements se produisent régulièrement contre la levée de nouveaux impôts, contre les fonctionnaires royaux chargés de les percevoir, contre les juifs ou les étrangers.

Ce déclin s’accompagne d’une rupture dans la ligne de succession : les fils de Philippe IV, Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1317-1322) et Charles IV le Bel (1322-1328), meurent sans héritiers mâles — à l’exception de Louis X dont le fils ne règne que cinq jours de 1316 sous le nom de Jean Ier le Posthume. À sa mort s’instaure la coutume, entérinée par les états généraux, d’écarter les femmes de la succession au trône (voir loi salique).

La branche des Capétiens directs s’éteint ainsi avec Charles IV et la couronne passe au neveu de Philippe le Bel, Philippe VI de Valois.

4. Les Valois (1328-1498)
4.1. Les premiers Valois (1328-1422)

Les règnes de Philippe VI (1328-1350) et de ses premiers successeurs — Jean II le Bon (1350-1364), Charles V le Sage (1364-1380), Charles VI le Bien-Aimé (1380-1422) et Charles VII (1422-1461) — sont marqués par un long conflit avec les rois d’Angleterre.

Opposé à Philippe VI pour le contrôle de la Flandre et au sujet des droits de l’Angleterre sur l’Aquitaine, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, revendique en 1337 la Couronne de France ; ainsi débute la guerre de Cent Ans.

4.2. La guerre de Cent Ans (1337-1445)
4.2.1. Une succession de désastres

Les deux royaumes qui se font face ne possèdent pas les mêmes atouts. La France, forte de 12 millions d’habitants contre 3 millions en Angleterre, est a priori plus puissante. Mais les Anglais disposent d’une excellente armée, entraînée et bien équipée, et du soutien des Flamands qui ont reconnu Édouard III comme roi de France et leur apportent une aide matérielle importante. La flotte anglo-flamande peut ainsi anéantir dès 1340 la flotte française lors de la bataille de l’Écluse, en Flandre. Les Anglais attaquent ensuite le nord de la France sans rencontrer de résistance. La première grande bataille terrestre a lieu en 1346 près de la côte de la Manche, à Crécy. C’est une victoire indiscutable pour les Anglais, qui prennent Calais à l’issue d’un siège de deux ans. Après une période de trêve, la guerre reprend en 1355 : l’armée commandée par Édouard, le Prince Noir écrase les troupes de Jean II le Bon à la bataille de Poitiers (1356) et le roi est fait prisonnier.

C’est dans ce contexte que la première épidémie de Peste noire atteint la France. Arrivée en 1347 à Marseille et s’étendant très vite, elle tue plus d’un tiers de la population en deux ans, et revient régulièrement par la suite (1361, 1362, 1369, 1372, 1382, 1388, 1398). La guerre a complètement désorganisé une économie déjà déprimée sur laquelle elle pèse de plus en plus lourd, d’autant plus que le roi Jean n’a pu être libéré qu’en échange du versement d’une forte rançon. Les campagnes, régulièrement dévastées par des bandes de mercenaires français et anglais qui cherchent des moyens de subsistance entre les batailles, subissent des soulèvements répétés et parfois importants (notamment la jacquerie de 1358). Ces mouvements, à l’image de l’insurrection dirigée à Paris par le prévôt des marchands Étienne Marcel (1358), n’épargnent pas les villes ; tous sont sévèrement réprimés par le dauphin, le futur Charles V, qui assure la régence pendant la captivité de son père.

Conclu en 1360, le traité de Brétigny met un terme à la première phase de la guerre : Édouard III d’Angleterre renonce à la couronne de France mais possède désormais le quart sud-ouest du royaume, en plus de la ville de Calais.

4.2.2. Un redressement de courte durée

Monarque prudent et économe, Charles V, roi de 1364 à 1380, entreprend d’assainir la situation du royaume : il utilise la gabelle (impôt sur le sel) pour entretenir une armée de mercenaires plus efficace. Du Guesclin lui offre de précieux services en réussissant à éliminer les Grandes Compagnies, bandes de soldats sans emplois vivant du pillage des campagnes. Surtout, il remporte une série de batailles de faible envergure grâce auxquelles il peut grignoter les positions anglaises.

Le règne de Charles VI commence en 1380 par une régence assurée par ses quatre oncles. À partir de 1392, le jeune roi est atteint de crises de démence. Autour de lui, son épouse, Isabeau de Bavière, et les princes du sang se déchirent dans d’interminables querelles. Une haine farouche oppose Louis d’Orléans, frère du roi, et son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Leurs partisans respectifs, les Armagnacs et les Bourguignons, entraînent le royaume dans une véritable guerre civile, attisée par la faiblesse du « pauvre roi fol ». Profitant de la situation, le roi d’Angleterre Henri V envahit la France en 1415 et écrase l’armée française à Azincourt (25 octobre). La guerre civile dégénère en guerre sociale ; la reine Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne Philippe III le Bon — son père Jean sans Peur a été assassiné par les Armagnacs pendant l’entrevue de Montereau en 1419 — concluent la paix avec les Anglais. En 1420, le traité de Troyes déshérite le dauphin français (futur Charles VII) au profit d’Henri V qui, par son mariage avec une fille de Charles VI, devient roi de France. Mais l’union de la France et de l’Angleterre sous sa couronne ne se réalise pourtant pas : Henri V puis Charles VI meurent successivement en 1422, laissant chacun un héritier, Henri VI, reconnu roi de France au nord du royaume, et Charles VII, reconnu au sud, excepté en Guyenne.

4.2.3. L’épopée de Jeanne d’Arc et le relèvement de la France

Charles, qu’on appelle par dérision le « roi de Bourges », trouve en la personne de Jeanne d’Arc une aide efficace pour se lancer dans la reconquête du royaume. Le roi, qui se méfie d’abord de cette mystérieuse messagère arrivée à sa cour au début de l’année 1429, finit par lui accorder sa confiance et lui laisse la direction des manœuvres qui obligent les Anglais à lever le siège d’Orléans (mai 1429). Le sentiment national se cristallise au cours de cette lutte contre les Anglais, principalement au bénéfice de la royauté, surtout après le sacre à Reims de Charles VII (juillet 1429), qui lui rend toute sa légitimité. En 1453, le roi de France entre dans Bordeaux : les Anglais ont définitivement perdu la guerre de Cent Ans et doivent restituer tous leurs territoires sur le continent, à l’exception de Calais.

4.3. Les Valois autoritaires (1422-1498)

La guerre de Cent Ans a surtout pour conséquence le renforcement de l’autorité royale, largement mise à mal. Le rétablissement politique s’accompagne d’un redressement économique et social. Vers 1430, l’affranchissement des serfs est à peu près général, tandis que les seigneurs, sous l’effet des difficultés financières, commencent à vendre des terres au bénéfice de la bourgeoisie. Pendant le milieu et jusqu’à la fin du xve siècle, l’économie et la population retrouvent le niveau qui était le leur avant les ravages de la guerre et de la peste. Les rois savent encourager le développement de l’économie par des mesures novatrices telles que la réglementation des corporations urbaines, le développement de l’industrie de la soie et des foires de Lyon, favorisant ainsi le rapprochement de la noblesse et de la bourgeoisie.

4.3.1. Charles VII et Louis XI

Charles VII (qui règne de 1422 à 1461) dote la monarchie d’un embryon d’armée permanente (les Compagnies d’ordonnance, créées en 1445) et réorganise la fiscalité de manière à assurer des revenus réguliers au royaume. Reprenant et approfondissant la politique menée jadis par Philippe le Bel envers l’Église, il pose, par la pragmatique sanction de Bourges (1438), les fondements durables du gallicanisme.

Son fils Louis XI, roi de 1461 à 1483, prolonge son action et ouvre par ses mesures la voie à l’absolutisme. Poursuivant la constitution d’une armée permanente esquissée par son père, il obtient le droit de lever un nouvel impôt, la taille, sans avoir à obtenir le consentement des personnes taxées. Pour briser la coalition des grands féodaux (guerre de la ligue du Bien public, 1464-1465), il s’appuie sur la bourgeoisie des villes dont les franchises sont étendues. Il lutte contre la Bourgogne de Charles le Téméraire et, à la mort de ce dernier (1477), réussit à intégrer la plus grande partie du duché au domaine royal ainsi que l’Anjou, le Maine et la Provence. L’autre partie du riche héritage bourguignon passe aux mains des Habsbourg par le mariage de la fille du Téméraire avec le futur empereur Maximilien Ier. Cette alliance annonce un antagonisme entre la France et le Saint Empire qui, pendant plus de deux siècles, va précipiter l’Europe dans une nouvelle série de guerres.

4.3.2. Charles VIII

Charles VIII est âgé de 13 ans lorsqu’il succède à son père, en 1483. Sa sœur, Anne de France, qui exerce alors la régence avec son mari Pierre de Beaujeu, marie le jeune roi avec la duchesse Anne de Bretagne (1491). Par cette alliance, la dernière principauté féodale indépendante entre dans le domaine royal français. En 1492, Charles signe avec Henri VII d’Angleterre le traité d’Étaples, qui règle les ultimes problèmes entre les deux royaumes. Deux ans plus tard, il s’engage dans les guerres d’Italie, conflit qui culmine sous ses successeurs.

À la fin du xve siècle, la France, après avoir surmonté ses divisions internes, est devenue une monarchie centralisatrice dont le territoire s’étend des Pyrénées à la Manche. La société est toujours dominée par l’aristocratie terrienne, mais la terre n’est désormais plus l’unique forme de richesse. Le retour de la paix, l’accroissement démographique, l’or et l’argent que les Espagnols et les Portugais rapportent du Nouveau Monde, ainsi que les commandes de l’État dans les domaines civil et militaire stimulent une économie où marchands et banquiers (le crédit se développe) occupent une place croissante. La noblesse, qui dépend de revenus fixes, voit au contraire son pouvoir économique et sa position sociale menacés par l’inflation et les progrès de l’économie mercantiliste.

5. La France moderne et l’Ancien Régime
1. Les Valois indirects : le temps des conflits (1498-1589)
1.1. Les guerres d’Italie et la Renaissance
1.1.1. Louis XII (1498-1515)

Poursuivant la politique de Charles VIII, dernier Valois direct, le nouveau roi Louis XII, un Valois-Orléans, engage à son tour la France dans les guerres d’Italie. Par cette attitude belliqueuse, il cherche à faire valoir ses droits sur le duché de Milan et sur le royaume de Naples et, par-delà la Méditerranée, rêve de porter la guerre en Orient pour briser la puissance des Turcs de l’Empire ottoman. Dans le domaine militaire et l’art de la guerre, les guerres d’Italie marquent une transition entre l’époque médiévale et l’époque moderne par la place nouvelle donnée aux armes à feu et à l’infanterie au détriment de la cavalerie. Dans le domaine artistique, elles permettent l’importation dans le royaume de la culture et des arts de la Renaissance italienne.

1.1.2. François Ier (1515-1547)

Le nouveau roi François Ier, un Valois-Angoulême, hérite de la politique française en Italie. Sa victoire de Marignan (septembre 1515) offre à la couronne de France, outre la possession du Milanais, l’alliance des Suisses qui signent avec le royaume une « paix perpétuelle ». Mais en 1519, l’élection au trône impérial de Charles Quint élargit le conflit italien à une lutte entre la France et les Habsbourg, lutte qui va se poursuivre pendant un siècle et demi et ne permettre à la France que des occupations temporaires de l’Italie.

Durant son règne, François Ier renforce de manière significative le pouvoir et le prestige de la couronne, et fait triompher une conception absolutiste de la monarchie — annonciatrice de celle de Louis XIV. Il s’impose comme l’unique législateur de la monarchie et les états généraux ne sont pas convoqués pendant son règne. Par le concordat de Bologne négocié avec le pape Léon X (1516), il obtient pour le roi de France le droit de nommer les évêques et de pourvoir les postes ecclésiastiques selon son « bon plaisir », s’assurant ainsi un clergé docile et le contrôle du pouvoir temporel sur l’Église. Le développement de la vénalité des offices (voir système des offices) permet la création d’une nouvelle classe d’hommes dévoués à la monarchie. En 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, François Ier proscrit l’usage du latin (langue de l’Église) dans tous les actes judiciaires, et impose l’usage exclusif du français pour les actes d’état civil.

Mécène fastueux, il fait venir à sa cour des artistes comme Léonard de Vinci, et contribue à l’aménagement des châteaux de la Loire. Il protège les arts et les sciences et assure la promotion de l’humanisme (fondation du Collège de France, 1530). Les bâtiments construits sous son règne, à l’image des châteaux de Chambord et de Saint-Germain-en-Laye, constituent un témoignage vivant de la puissance et de la richesse de la monarchie.

1.2. Les guerres de Religion
1.2.1. Henri II (1547-1559)

C’est sous le règne de Henri II, fils de François Ier, que prennent fin les guerres d’Italie. En 1559, le traité du Cateau-Cambrésis met momentanément un terme à la présence française : la France renonce à toutes ses prétentions en Italie en contrepartie de trois places stratégiques sur sa frontière de l’est, les évêchés de Metz, Toul et Verdun.

La Réforme protestante, qui a commencé à se diffuser depuis l’Allemagne pendant le règne de François Ier, fait au départ peu d’adeptes en France. Dans les années 1540 et 1550 toutefois, le Français Jean Calvin définit la doctrine et les institutions d’une forme française de protestantisme qui rencontre de puissants adeptes dans la noblesse (les Coligny, les Condé) et dans certaines fractions du peuple. Henri II considère ce calvinisme comme une menace pour l’autorité royale et cherche à limiter son influence. En dépit d’une répression sévère, la religion réformée progresse rapidement et en vient à constituer un véritable parti à l’intérieur de l’État.

1.2.2. Catherine de Médicis et ses fils (1559-1589)

La mort de Henri II en 1559 fait accéder au trône son fils de 15 ans, François II, jeune homme maladif qui meurt un an plus tard. Son frère Charles IX est alors âgé 13 ans ; la reine mère, Catherine de Médicis, prend en main les rênes du pays durant ces deux premiers règnes et continue de jouir d’une grande influence pendant celui de son troisième fils, Henri III (1574-1589), avec pour principale préoccupation la défense de l’autorité royale. Durant cette période, le pays est ravagé par une nouvelle guerre civile, qui prend les allures de guerres de Religion, dans laquelle conflits religieux, politiques et dynastiques sont inextricablement mêlés. Le fanatisme des combattants et la brutalité des mercenaires en font un combat où le pillage, la cruauté et les atrocités sont monnaie courante. Elles contribuent à désorganiser le royaume pendant plus de trente ans.

La reine Catherine, dotée d’une grande intelligence politique, tente sans relâche avec l’aide du chancelier Michel de L’Hospital de trouver un compromis entre les adversaires (colloque de Poissy, 1561), mais elle ne peut s’opposer à l’expansion du fanatisme dans les deux camps. Inquiète de l’ascendant pris par l’amiral de Coligny sur son fils Charles IX, elle laisse se commettre le massacre de la Saint-Barthélemy à Paris en août 1572, au cours duquel les catholiques s’attaquent aux chefs protestants et à leurs partisans, assassinant plus de 3 000 d’entre eux. En 1584, après la mort du jeune duc d’Alençon, dernier frère de Henri III, le roi de Navarre Henri de Bourbon, descendant de Louis IX et chef du parti huguenot (nom donné aux protestants), devient le prétendant au trône. Opposés au couronnement d’un protestant, les membres du parti catholique veulent empêcher son accession au trône en tentant de renverser Henri III, qui n’a pas d’enfant, au profit de Henri de Guise, chef de la Ligue catholique. Averti du complot, le roi convoque Henri de Guise à Blois en 1588 et le fait assassiner. L’année suivante, Henri III, dernier représentant de la dynastie des Valois, tombe lui-même sous les coups d’un moine fanatique, Jacques Clément.

2. Les Bourbons : épanouissement et déclin de la monarchie absolue (1589-1789)
2.1. Henri IV (1589-1610)
2.1.1. La conversion de Henri de Navarre

Héritier légitime, reconnu par Henri III à la veille de sa mort, Henri de Navarre monte sur le trône de France sous le nom de Henri IV. Le nouveau roi, un Bourbon, doit défendre ses droits à la couronne face à la Ligue catholique, laquelle fait appel à Philippe II d’Espagne dans le dessein de placer la couronne des Capétiens sur la tête de l’infante Isabelle. La guerre religieuse et civile dégénère en guerre étrangère et, venues pour soutenir les catholiques, les troupes espagnoles campent à Paris et à Rouen (1590-1591).

Cependant, un parti modéré qui place l’ordre dans l’État au-dessus des conflits religieux s’est formé en France. Définie par Jean Bodin dans la République (1576), cette conception conduit à une monarchie absolue mais non arbitraire, respectueuse de la loi morale et religieuse. Henri de Navarre comprend que si lui et ses partisans sont protestants par conviction, la plupart des Français, catholiques fidèles à leur foi, n’accepteront jamais un prince protestant. En 1593, il abjure, se convertit publiquement à la religion catholique et rallie ainsi le peuple à sa cause. L’année suivante, il est sacré à Chartres et installe ainsi la dynastie des Bourbons sur le trône de France.

Héritier d’un pays ravagé moralement et matériellement par les guerres de Religion, Henri IV consacre son règne à la pacification et au redressement économique du royaume, mais aussi au rétablissement de l’autorité royale, sérieusement ébranlée. Il peut entreprendre cette tâche lorsque les dernières troupes d’occupation espagnoles quittent le royaume, en 1598.

2.1.2. La paix religieuse : l’édit de Nantes

Les années de guerre ont prouvé la nécessité d’établir la coexistence du catholicisme et du protestantisme dans le pays. Après de difficiles négociations avec des représentants des deux camps, Henri IV fait adopter en avril 1598 l’édit de Nantes, décret qui fixe le statut des protestants en France. Ces derniers se voient accorder « le droit de ne pas être catholique », une liberté de culte limitée géographiquement à certaines places fortes, l’égalité avec les catholiques devant la loi et l’accès aux fonctions publiques.

C’est la première fois en Europe qu’un État établit un régime de tolérance fondé, non pas sur l’arbitraire de princes imposant leur propre religion à leurs sujets, mais sur le respect mutuel des croyances d’autrui.

2.1.3. Le rétablissement de l’autorité royale

Sachant se montrer populaire mais ferme, Henri IV rétablit son autorité ; pendant son règne, les états généraux ne sont pas convoqués, le droit de remontrance des parlements est limité tout comme les pouvoirs des gouverneurs de province et les libertés des villes. Le duc de Sully, son conseiller, aussi peu aimé que le roi est populaire, prend en charge le redressement financier. Grâce à l’augmentation des impôts indirects et à l’institution du revenu régulier de la Paulette (1604), il rembourse une partie de la dette et rééquilibre le budget de l’État. Pour venir en aide à la paysannerie (90 p. 100 de la population), grande victime des pillages et des destructions de la guerre, Henri IV annule les arriérés d’impôt foncier, interdit la saisie de bétail et d’outils par les créditeurs, met en vente des terres publiques à un prix inférieur à celui du marché et restreint les droits de chasse de la noblesse sur les terres cultivées. Pour promouvoir le commerce, il mène une politique de grands travaux (construction de canaux, de ponts, de routes, travaux de drainage). Pour développer de nouvelles industries, il facilite la venue en France d’artisans étrangers. Dès l’année 1610, l’économie est florissante et l’autorité royale fermement rétablie.

Encouragé par le pape Clément VIII qui a jugé l’édit de Nantes « maudit », le clergé catholique persiste dans son opposition à la tolérance dont bénéficient les protestants. Ces derniers, retranchés dans leurs places, en sont venus à former un État dans l’État. La grande noblesse a retrouvé le goût de l’autonomie, et la vénalité des offices engendre progressivement une certaine confusion dans l’administration. En mai 1610, François Ravaillac, un fanatique religieux, assassine le roi. Cette mort a-t-elle été commanditée ? Henri IV par son autoritarisme a contrarié les ambitions de plus d’une personne. Mais celui qui a été rejeté comme hérétique en 1589 est pleuré à sa mort par presque tous les Français.

2.2. Louis XIII (1610-1643)
2.2.1. La régence de Marie de Médicis

À la mort de Henri IV, son épouse Marie de Médicis assure la régence pour son fils Louis XIII, alors âgé de 9 ans. Elle place toute sa confiance en Concino Concini et Leonora Galigaï, deux intrigants originaires comme elle de Florence. Les « grands », dont l’autorité a été mise à mal durant le règne de Henri IV, imposent la convocation des états généraux, dont ils espèrent tirer profit pour réaffirmer leurs prérogatives. La réunion, qui se tient d’octobre 1614 à mars 1615 (la dernière avant 1789), met en évidence les conflits d’intérêts entre les trois ordres sans pour autant apporter de réponse aux attentes des uns et des autres. Lorsque Concini est assassiné en 1617, la situation est devenue critique ; les caisses de l’État sont vides, les grands se révoltent de nouveau, et les protestants se soulèvent dans le sud du pays. L’arrivée au pouvoir du favori du roi, le duc de Luynes, n’améliore en rien les affaires.

2.2.2. Le cardinal de Richelieu

En 1624, Louis XIII fait entrer au Conseil le cardinal de Richelieu qui ne tarde pas à y occuper une place prépondérante, pour devenir le véritable gestionnaire du pays. Son programme tient en deux points : éliminer les velléités de contestation du pouvoir royal et contenir les menaces extérieures.

Les privilèges dont jouissent les protestants apparaissent à Richelieu comme une négation du pouvoir royal. Révoltés en plusieurs points du royaume, ils en sont venus à constituer, aux yeux du cardinal, une réelle menace. Richelieu fait assiéger La Rochelle (1627-1628) puis porte la guerre dans les Cévennes. Les protestants demandent la paix. En 1629, le roi leur accorde l’édit d’Alès, qui revient sur les privilèges de l’édit de Nantes mais réaffirme la liberté de culte.

En même temps, dans un climat d’hostilité générale — cristallisée autour de Gaston d’Orléans (frère du roi et héritier présomptif jusqu’à la naissance de Louis XIV en 1638), de Marie de Médicis, la reine mère, et d’Anne d’Autriche, la reine d’origine espagnole, qui lui reproche la politique qu’il mène envers son pays — le cardinal s’attache à réduire la puissance politique des grands. Il n’hésite pas à faire exécuter certains d’entre eux : le comte de Bouneville pour entrave à l’édit d’interdiction des duels (1626) ; le duc de Montmorency, cousin de Louis XIII et gouverneur du Languedoc, qui s’est révolté (1632) ; Cinq-Mars, le favori du roi, qui a participé à un complot (1642). Pour miner l’autorité des grands sur leurs propres terres et s’assurer de l’exécution fidèle de la politique royale dans les provinces, il divise le royaume en trente nouveaux districts administratifs (les généralités), placés sous la direction d’un intendant, officier royal issu de la bourgeoisie. Progressivement, les intendants acquièrent d’énormes pouvoirs en matière de police, de justice et de finances, et rétablissent partout l’autorité du souverain.

Richelieu encourage le développement d’une flotte marchande, accorde des chartes aux compagnies pour le commerce extérieur et favorise l’expansion coloniale de la France. Une colonisation systématique est entreprise au Canada français (la Nouvelle-France, aujourd’hui province du Québec) et les premiers postes commerciaux sont établis en Afrique et aux Indes occidentales. Pour protéger le commerce et les colonies, il crée la marine française, instituant une flotte de galères en Méditerranée et une flotte de quarante voiliers sur l’Atlantique. Mais l’inflation, l’augmentation des impôts — qui doivent soutenir l’effort de guerre au cours de la guerre de Trente Ans —, les disettes et les épidémies plongent toute une partie de la population dans une profonde misère. Des révoltes paysannes éclatent en Bourgogne en 1625-1630, dans le Sud en 1637-1641 (Croquants du Limousin), en Normandie en 1639. Toutes sont sévèrement réprimées.

2.2.3. La politique étrangère

Lorsque Richelieu accède au pouvoir en 1624, la guerre de Trente Ans ravage l’Europe depuis 1618. En 1635, quand il devient évident que l’empereur Ferdinand II de Habsbourg cherche à placer les princes protestants allemands sous son autorité, Richelieu fait entrer la France dans la guerre aux côtés de la Suède et des Pays-Bas protestants, et contre les Habsbourg catholiques. Conclus en 1648, six ans après la mort de Richelieu, les traités de paix de Westphalie qui mettent fin au conflit apportent une grande partie de l’Alsace à la couronne française. À la suite de la paix avec l’Espagne (traité des Pyrénées, 1659), la France acquiert l’Artois et le Roussillon. Les ambitions des Habsbourg ont été contrariées et la France sort de la guerre comme le grand vainqueur, imposant son hégémonie sur l’Europe continentale.

2.3. Louis XIV (1643-1715)

Lorsque Richelieu meurt en 1642, Louis XIII confie la direction des affaires au cardinal Mazarin. Le roi s’éteint l’année suivante, laissant le trône à son fils de 5 ans. La reine Anne d’Autriche assure la régence.

2.3.1. Le cardinal Mazarin et la Fronde

Mazarin poursuit la politique de son prédécesseur et continue la lutte contre les Habsbourg, auxquels il finit par imposer une paix à l’avantage de la France. Mais la situation du royaume est de nouveau dramatique : la guerre a aggravé les difficultés financières et, partout, les soulèvements se multiplient. Pour renflouer les caisses de l’État, Mazarin doit prendre de nouvelles mesures fiscales (taxes, emprunts forcés), alors que la crise économique ruine de nombreux marchands et laisse sans emploi de plus en plus de travailleurs. En 1648, les magistrats du Parlement de Paris, la plus haute cour judiciaire du royaume, font corps avec la bourgeoisie parisienne pour protester contre la lourdeur des impôts. Avec le soutien populaire de la capitale, ils déclenchent une rébellion contre la couronne, la Fronde parlementaire (1648-1649), bientôt suivie par la Fronde des princes (1650-1653).

Cette véritable guerre civile échoue dans sa tentative de remettre en cause la centralisation du pouvoir. Le roi Louis XIV et Mazarin, qui ont dû quitter Paris, reviennent triomphalement après le départ des armées coalisées du prince de Condé. La crise a provoqué une dégradation supplémentaire de la situation du pays, disettes et épidémies font grimper le taux de mortalité et ralentissent durablement la croissance de la population ; mais elle a convaincu Louis XIV, décidé à ne plus revivre une telle humiliation, de la nécessité d’un pouvoir absolu et persuadé les Français que la paix intérieure est primordiale, dût-elle passer par le renforcement de l’autorité royale.

2.3.2. Le règne personnel de Louis XIV et l’absolutisme (1661-1715)

À la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV, qui n’a alors jamais pris part au gouvernement, décide qu’il sera lui-même son Premier ministre. Pendant son long règne (il meurt en 1715), il dirige personnellement la France, s’imposant comme le modèle du monarque absolu, légitimé par le droit divin (voir absolutisme).

Dès le début de son règne, Louis XIV jette les bases de la structure de l’État centralisé. Mettant fin au système des ministères institué par Richelieu, il organise plusieurs conseils chargés d’appliquer ses instructions et il y fait entrer des gestionnaires compétents, grands commis de l’État : Fouquet, le surintendant des Finances nommé par Mazarin, est disgracié et remplacé par Colbert ; Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, associe à son travail son fils Louvois qui lui succède. Veuf de Marie-Thérèse d’Autriche en 1683, Louis XIV épouse secrètement Mme de Maintenon, qui exerce une grande influence sur le roi en matière politique et religieuse.

Les parlements, privés de leur titre de « cours souveraines », sont réduits au silence dès 1673 et contraints d’enregistrer sans discussion les ordonnances royales (fin du droit de veto). Les états généraux ne sont pas convoqués pendant toute la durée du règne. La police est réorganisée et concentrée sous l’autorité d’un lieutenant général de police (1667). La centralisation progresse dans tout le pays, mais n’est pas uniforme puisque les régions récemment conquises (Roussillon, Flandre, Artois, Alsace) conservent, au moins en partie, leurs pratiques antérieures. Les états provinciaux sont supprimés ou bien dépouillés de toute compétence politique. Conformément à la tradition, instituée par Richelieu, de ne pas associer les grands au gouvernement, le roi attire les membres de la haute noblesse à la cour, fastueusement installée au château de Versailles à partir de 1682, par l’octroi de pensions ou de postes prestigieux, mais les cantonne dans le domaine de l’organisation des cérémonies. Soutien privilégié du roi, la bourgeoisie d’affaires voit ses aspirations satisfaites par le maintien de l’ordre, par la promotion active du commerce et de l’industrie, et par la possibilité de faire fortune grâce aux commandes de l’État.

2.3.3. L’action de Colbert : finances et économie

C’est à Jean-Baptiste Colbert que revient la tâche de redresser la situation économique du pays. Une fois de plus, les caisses de l’État sont vides ; aux impôts traditionnels — taille, levée par des fonctionnaires royaux ; gabelle, aides et traites levées par des fermiers qui prélèvent au passage un pourcentage — sont ajoutés deux nouveaux impôts directs, la capitation et le dixième applicables, en principe, à tous les sujets du royaume.

Colbert est le grand défenseur du mercantilisme, destiné en premier lieu à augmenter les réserves monétaires de l’État, et développe en ce sens une politique instaurée par Sully sous Henri IV et poursuivie par Richelieu. Il favorise l’essor de l’industrie nationale par la création de manufactures (les Gobelins et Aubusson pour les tapisseries, Saint-Gobain pour le verre) et par l’octroi de nombreuses subventions. En matière d’agriculture, il donne la priorité aux cultures industrielles (lin, chanvre, mûrier). Il met en place des barrières protectionnistes, protège les marchés coloniaux (en particulier les Antilles françaises) et accorde des chartes aux compagnies commerciales d’outre-mer (Compagnies des Indes orientales, 1664 ; des Indes occidentales, 1664 ; du Nord, 1669 ; du Levant, 1670) pour concurrencer les compagnies hollandaises et anglaises. Le développement de la marine est une priorité (achat de navires, construction d’arsenaux et aménagement des ports de Sète, Lorient et Brest). À l’intérieur, les infrastructures (ponts, routes, voies navigables) sont améliorées. Mais le mercantilisme, source de développement économique contrôlé par l’État, va aussi être un générateur de guerres (voir colbertisme).

2.3.4. Une politique étrangère belliqueuse

Louis XIV, qui contrôle de près la politique étrangère, entraîne le pays dans quatre guerres coûteuses qui vont permettre l’agrandissement du royaume. Dans la lignée de Richelieu et de Mazarin, il poursuit la politique d’hostilité à l’égard du Saint Empire, cherchant par tous les moyens à réduire le pouvoir et l’influence des Habsbourg en Europe. Les noms de Vauban, spécialiste des techniques du siège et des fortifications, et de Louvois, secrétaire d’État à la Guerre et organisateur d’une armée puissante, sont indissociables de cette action militaire.

Dès 1667, sous prétexte de faire valoir les droits de sa femme, l’infante Marie-Thérèse (fille de Philippe IV d’Espagne), sur la province des Pays-Bas espagnols, Louis XIV se lance dans la guerre de Dévolution et envahit les Flandres et la Franche-Comté. La Triple-Alliance de la Suède, des Provinces-Unies et de l’Angleterre le force à négocier une paix de compromis en 1668 (traité d’Aix-la-Chapelle), par laquelle la France gagne onze places fortes sur la frontière nord-est.

En 1672, au nom de considérations stratégiques et économiques Louis XIV mène la guerre de Hollande, au cours de laquelle il se trouve confronté à la résistance hollandaise et à une coalition puissante menée par l’Angleterre. La France sort de six ans de guerre agrandie de la Franche-Comté sur la frontière de l’est et d’une douzaine de places fortifiées au sud des Pays-Bas (traité de Nimègue, 1678).

En 1689, la ligue d’Augsbourg, conduite par Guillaume d’Orange-Nassau qui vient d’accéder au trône d’Angleterre sous le nom de Guillaume III, entre en guerre contre Louis XIV pour l’empêcher d’annexer les territoires proches des villes cédées au cours des traités précédents (annexion progressive de Montbéliard, Courtrai, Sarrebruck, Sarrelouis, etc.). Après huit années de guerre, Louis XIV doit restituer par le traité de Ryswick (1697) toutes les conquêtes postérieures au traité de Nimègue, excepté Strasbourg, et est contraint d’accepter à sa frontière septentrionale une ligne de places fortes hollandaises.

Enfin, en 1701, la France entre dans la guerre de Succession d’Espagne, qui a pour origine l’acceptation par Louis XIV du testament du roi d’Espagne Charles II — offrant le trône à Philippe d’Anjou, petit-fils du monarque français. Une grande alliance composée principalement de l’Angleterre, des Provinces-Unies et du Saint Empire, s’oppose à la France et à l’Espagne mais la paix d’Utrecht (1713) et celle de Rastadt (1714) permettent à Louis XIV d’atteindre son objectif : son petit-fils se voit confirmer la couronne espagnole et succède à Charles II sous le nom de Philippe V.

2.3.5. Les affaires religieuses

L’absolutisme de Louis XIV n’épargne pas l’Église. Le jansénisme, né à la fin du xviie siècle, est politiquement menaçant par sa mise en avant de la suprématie de la conscience individuelle ; Louis XIV lutte contre ce mouvement dès son apparition et finit par ordonner la destruction de l’abbaye de Port-Royal-des-Champs (1709-1711), centre spirituel du jansénisme en France. Il s’oppose également longuement au Saint-Siège, à propos de la régale, droit qui, dans certains diocèses, lui permet, en cas de vacance à la tête d’un évêché, de toucher les revenus en attendant l’installation du nouvel évêque. Lorsque Louis XIV veut étendre ce droit à l’ensemble du royaume, la protestation de certains évêques et du pape Innocent XI (1678) l’amène à rechercher l’appui du clergé national (voir gallicanisme). En tant que représentant de Dieu sur terre, il peut désormais raffermir son contrôle sur la hiérarchie de l’Église, et le clergé, par son obéissance, fournit la justification théologique de son droit divin, conformément à la théorie formulée par Bossuet.

« Une foi, une loi, un roi » : au nom de cette maxime, Louis XIV décide de combattre les 900 000 protestants du royaume qui constituent à ses yeux une entrave à l’absolutisme et à la centralisation. Dans un premier temps, les huguenots sont victimes de brimades de toutes sortes, contraints à des conversions massives par les « dragons » du roi. Leur culte est interdit en public et les prédicateurs chassés du pays. En 1685, pensant que la majorité des protestants s’est convertie au catholicisme, le roi décide de révoquer l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau. Près de 200 000 huguenots quittent alors la France pour se rendre en Angleterre, dans les cantons suisses et dans les Provinces-Unies ; parmi eux, se trouvent de très nombreux artisans qualifiés, intellectuels et officiers qui vont priver le pays d’une contribution importante. Certains protestants, exaspérés par l’ampleur de la répression et ce qu’ils considèrent comme une trahison, entament une révolte ouverte : dans les Cévennes, les camisards tiennent tête pendant deux ans aux armées du roi, mobilisant contre elles 10 000 hommes alors que sévit la guerre de Succession d’Espagne. Malgré ces différentes tentatives, Louis XIV ne parvient pas à anéantir la religion réformée.

2.3.6. Une vie artistique et culturelle florissante

L’art du Grand Siècle, comme on a coutume d’appeler le règne de Louis XIV, est au service de la monarchie absolue, et le château de Versailles, érigé à la gloire du Roi-Soleil, consacre le rayonnement de l’art français par ses peintures, ses sculptures, sa décoration intérieure, ses jardins à la française et ses techniques de construction (voir style Louis XIV). Protecteur des arts, Louis XIV crée des Académies de peinture et de sculpture (1663), d’architecture (1671), entretient des auteurs comme Corneille et Racine en leur distribuant des pensions, permet la représentation d’œuvres théâtrales dont celles de Molière, nomme un surintendant de la musique (Lully) pour faire progresser la qualité dans la composition et l’exécution des partitions. L’époque est à la préciosité — tant dans la littérature mondaine (Mme de Sévigné, La Rochefoucauld) que dans le théâtre (opéras, ballets) et dans les arts décoratifs — et au classicisme dans tous les domaines.

Cependant, c’est souvent aussi à travers la littérature que se manifeste l’opposition à l’absolutisme : La Bruyère et Fénelon, par exemple, ne manquent pas de critiquer le régime et les inégalités de leur époque, et la fin du règne de Louis XIV voit se développer la querelle des Anciens et des Modernes, sorte de crise de conscience parallèle à l’affaiblissement du pouvoir royal.

2.3.7. La fin du règne

La fin du règne de Louis XIV est sombre et difficile. La guerre, qui s’ajoute à l’hiver exceptionnellement rigoureux de 1709, provoque une famine. Les maigres récoltes et une pression fiscale excessive ramènent la misère en France. En Languedoc et en Auvergne, les paysans se soulèvent. Des Parisiens viennent manifester sous les fenêtres de Versailles et les camisards continuent à combattre pour leur foi dans les Cévennes. L’édifice de l’absolutisme craque de toutes parts et les Français aspirent à un nouveau règne. Une épidémie de variole en 1711-1712 fait disparaître coup sur coup trois héritiers au trône, laissant l’arrière-petit-fils de Louis XIV, le futur Louis XV, comme seul survivant direct.

2.4. Louis XV (1715-1774)
2.4.1. La Régence de Philippe d’Orléans

À la mort de Louis XIV en septembre 1715, Philippe d’Orléans assure la régence pour Louis XV, âgé de 5 ans. Jusqu’alors écarté du pouvoir et doté d’une réputation de « débauché », il semble tout désigné pour amorcer la réaction contre l’autoritarisme du règne précédent. Attaché à mener une politique de paix à l’extérieur, il met en place pour la gestion des affaires intérieures la polysynodie, système de gouvernement par conseils destiné à empêcher toute prise de décision abusive. Mais les rivalités internes ont raison de l’institution et la fin de la période est entachée par le scandale financier lié à la banqueroute du système bancaire de John Law (1720). Le Régent s’éteint en 1723 ; Louis XV est depuis peu majeur.

2.4.2. Les débuts du règne personnel

Le duc Louis-Henri de Bourbon, cousin et rival du Régent, prend alors une place prépondérante dans la gestion du pays. Il fait annuler les fiançailles de Louis XV avec une jeune princesse espagnole et lui fait épouser Marie Leszczyńska en 1725. Impopulaire, il est remplacé en 1726 par le cardinal de Fleury, ancien précepteur du roi, attaché à mener une politique de paix et d’équilibre. Les conséquences du mariage et les conflits dans lesquels est entraînée la France ne lui permettent pas de réussir son entreprise. Louis XV prend personnellement en main les affaires du royaume en 1743, après la mort du cardinal de Fleury. Fin, sensible et alors populaire — il est surnommé le Bien-Aimé de son vivant —, il se révèle plutôt velléitaire dans sa façon de gouverner, laissant à sa maîtresse officielle, Mme de Pompadour, des pouvoirs que jamais n’ont eus avant elle les favorites des rois. Sans direction ferme, le gouvernement semble à la dérive ; les guerres, les pensions généreusement distribuées et le train de vie de la cour ont des répercussions désastreuses sur les finances de l’État.

2.4.3. Les conflits internationaux

En effet, sous le règne de Louis XV, la France participe à une série de conflits, actions qui ne sont pas sans répercussions sur la crise financière qui doit finalement emporter la monarchie à la fin du xviiie siècle.

Pour venir en aide à son beau-père Stanislas Ier Leszczyński, Louis XV est d’abord entraîné dans la guerre de la Succession de Pologne (1733-1735), conflit qui consacre la disparition de la Pologne en tant qu’État et donne à moyen terme la Lorraine à la France. Les armées françaises participent ensuite à la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748). Le traité d’Aix-la-Chapelle, qui y met un terme, laisse en fait de nombreux problèmes en suspens qui mènent au déclenchement de la guerre de Sept Ans (1756-1763). La France en sort affaiblie ; 200 000 hommes sont morts pour des enjeux qui n’intéressent pas les Français et, jusqu’en 1792, exception faite de l’achat de la Corse aux Génois (1768), le pays ne doit plus jouer qu’un rôle effacé sur la scène internationale, en regard de l’action de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie.

Le traité de Paris (1763) qui conclut la guerre de Sept Ans est très mal ressenti par la population. Il consacre la victoire de l’Angleterre à laquelle la France cède ses possessions canadiennes, les territoires à l’est du Mississippi, tandis que la Louisiane revient aux Espagnols. Si la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie et la Guyane restent françaises, la Dominique, Grenade, les Grenadines, Saint-Vincent et Tobago deviennent anglaises. L’hégémonie anglaise prévaut aussi en Inde où la France ne conserve que quelques comptoirs.

2.4.4. Un roi discrédité

La politique intérieure de Louis XV commence également à créer des mécontentements. En 1743, le contrôleur général des Finances d’abord soutenu par le roi, Machault d’Arnouville, entreprend d’établir dans le royaume l’égalité devant l’impôt en demandant à tous les Français une contribution du vingtième de leurs revenus. La réaction du clergé, des états provinciaux et des parlements est si vive que Louis XV doit reculer, et devient alors très impopulaire auprès des non privilégiés.

Dans le même temps, la hardiesse et l’audace des parlements s’en trouvent renforcées ; critiquant ouvertement l’absolutisme, ces derniers réclament désormais un droit de contrôle sur le gouvernement. Même le duc de Choiseul, l’un des ministres les plus influents du roi, hésite à les affronter directement. C’est l’énergique Maupeou, nommé chancelier en 1768, qui réussit à mater leur opposition. En 1770, il brise la grève du Parlement de Paris en retirant leur charge aux parlementaires qui refusent de reprendre le travail et en les exilant. Il fait ensuite abolir la vénalité des charges judiciaires : les juges sont désormais des fonctionnaires, payés par l’État. L’opposition de la noblesse de robe a donc été assez facilement canalisée, mais la situation financière est catastrophique et la royauté est tombée dans un tel discrédit qu’à la mort de Louis XV, en 1774, son entourage n’ose pas organiser des funérailles publiques et conduit secrètement sa dépouille à la basilique de Saint-Denis.

2.5. Louis XVI (1774-1789)

La tâche de résoudre la crise financière incombe au jeune Louis XVI, peu préparé à assumer le pouvoir. Investi en 1774 des espoirs d’un pays encore très attaché à la dynastie des Bourbons, il se révèle être un souverain indécis. Surnommée « l’Autrichienne » (puis « l’Autruchienne »), son épouse Marie-Antoinette, fille de l’impératrice Marie-Thérèse, est particulièrement impopulaire ; celle à qui l’on reproche d’être dépensière et frivole est profondément discréditée après avoir été mêlée à différentes « affaires », comme l’affaire du Collier (1785).

2.5.1. L’échec des réformes

Le roi fait d’abord appel à Turgot pour tenter de redresser la situation financière du royaume. Brillant économiste, nommé en 1774 au poste de contrôleur général des Finances, ce dernier entend mener une politique d’économie budgétaire, sans augmenter les impôts ni recourir à de nouveaux emprunts. Il donne lui-même l’exemple en renonçant à la moitié de son propre traitement, mais ne peut obtenir du roi une diminution des dépenses de la cour. En 1776, il présente au Conseil royal un projet préconisant l’abolition de la corvée, la suppression des monopoles commerciaux et l’imposition de la noblesse, mais l’hostilité des milieux politiques et commerciaux le pousse à démissionner. Après lui, Jacques Necker (1776-1781), qui s’attache à faire prendre conscience au roi des sommes exorbitantes versées en pensions diverses et préconise des économies, est à son tour écarté du gouvernement sous la pression des courtisans.

Calonne (1783-1787) puis Loménie de Brienne (1787-1788) cherchent à rétablir l’équilibre budgétaire : le premier qui ne peut emprunter l’argent dont il a besoin sans la confiance des banquiers, propose sans succès d’établir l’égalité en matière fiscale, de lever un impôt touchant tous les propriétaires, de diminuer la taille et de transformer la corvée ; le second reprend ces idées à son compte et demande au Parlement de Paris d’enregistrer les édits de son prédécesseur.

2.5.2. L’accroissement de la crise

Le Parlement invoque la compétence des états généraux en la matière. Sur les conseils de son garde des Sceaux Lamoignon, Louis XVI décide alors d’enlever aux parlements leur compétence en matière d’enregistrement (mai 1788). Les juges, les nobles et le clergé résistent et cherchent à empêcher l’application des décrets du roi. Ils obtiennent le soutien de l’armée et d’une partie de la population, mécontente du chômage et du prix du pain, le plus élevé du siècle. Les événements les plus graves ont lieu en juillet 1788 dans le Dauphiné lorsque des représentants des trois ordres rétablissent les états provinciaux suspendus par Richelieu, réclament la convocation des états généraux et refusent de s’acquitter des impôts avant que le roi n’ait cédé (voir journée des Tuiles et assemblée de Vizille).

L’État est au bord de la banqueroute (en 1789, 504 millions de recettes pour 629 millions de dépenses) et le roi se plie à la volonté du pays. Le 8 août 1788, il accepte de convoquer les états généraux pour l’année suivante et rappelle Necker quelques jours après. La crise politique, réaction nobiliaire à l’absolutisme royal, vient se greffer sur une situation économique, financière et sociale critique.

2.6. La crise de l’Ancien Régime au xviiie siècle

Successeurs du Roi-Soleil, Louis XV et Louis XVI règnent en une période de croissance. Au milieu du xviiie siècle, la France est la nation la plus riche, la plus puissante et la plus peuplée du continent. Pourtant, le xviiie siècle est également une période de profondes mutations, qui nécessitent une adaptation des institutions du royaume.

2.6.1. Les mutations économiques

Le xviiie siècle est une période de croissance économique extraordinaire. La population du royaume passe de 21 millions en 1700 à 28 millions d’habitants en 1790. Les revenus agricoles augmentent de 60 p. 100 au cours de la même période et l’industrie française occupe la deuxième place en Europe. Le corps des Ponts et Chaussées, créé en 1733, donne bientôt à la France le meilleur réseau routier d’Europe. La marine marchande compte plus de 3 000 navires qui assurent un commerce lucratif avec l’Afrique, l’Amérique et les Indes. Le grand commerce, notamment le commerce des produits coloniaux, connaît une forte expansion et enrichit les ports de l’Atlantique comme Nantes ou Bordeaux.

Cependant, le xviiie siècle voit s’accroître l’écart considérable entre les « exploitants », restés dans la misère, et les « rentiers », bénéficiaires des hausses des prix et dont les revenus sont plus orientés vers la consommation de produits de luxe ou la spéculation que vers l’investissement. Dans un contexte de forte inflation, les ouvriers agricoles et les artisans arrivent difficilement à survivre. L’immense majorité des paysans, soumise à de multiples taxes et impôts ainsi qu’aux obligations féodales, ne fait que subsister.

L’État lui-même ne bénéficie pas de la nouvelle prospérité. Le système d’imposition, qui ne soumet pas à l’impôt foncier les terres de la noblesse et du clergé (environ 35 p. 100 des terres cultivées) et pèse exclusivement sur la paysannerie, n’encourage pas les performances économiques du pays. À partir du milieu du siècle, de