| Format recherche | Œuvre, théâtre de l' | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Œuvre, théâtre de l', théâtre parisien qui a été, sous la direction de son fondateur Aurélien Lugné-Poe, l’un des hauts lieux du symbolisme.
| 2. | Naissance d’une scène symboliste |
Ancien élève du Théâtre-Libre d’André Antoine, Aurélien Lugné-Poe, jeune acteur de 24 ans, joue au théâtre d’Art de Paul Fort (fondé en 1890), situé rue de Clichy à Paris quand, en 1893, il décide de créer le drame symboliste Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck, avec l’aval de l’auteur. Pour cela, il cherche un lieu de répétition, de l’argent et un théâtre. Finalement, il réussit à monter une représentation au théâtre des Bouffes Parisiens avec l’aide de l’écrivain et critique Camille Mauclair (1872-1945) : c’est un succès et « l’impression fut énorme », selon les mots de Lugné-Poe. Pour la première fois, le théâtre symboliste trouve sa représentation idéale : semi-obscurité, quasi immobilité des acteurs, décor dépouillé, monotonie de la récitation (proche de la psalmodie) pour une exaltation du texte.
Fort de ce succès auprès de la génération symboliste, Aurélien Lugné-Poe reprend le théâtre d’Art de Paul Fort qui devient, en 1893, la maison de l’Œuvre puis le théâtre de l’Œuvre (le nom est trouvé par Édouard Vuillard, le « logo » par Pierre Bonnard). Les deux autres principaux fondateurs de cette scène symboliste sont, outre son créateur principal, Camille Mauclair et le peintre Édouard Vuillard.
| 3. | Le temple du drame symboliste |
En fondant son théâtre, Aurélien Lugné-Poe veut que le théâtre soit promu au rang d’« œuvre d’art » de l’esprit. Prônant l’émotion et la portée poétique des œuvres, il tend à dématérialiser le théâtre, l’action dramatique, le comédien et la scène théâtrale. Paradoxalement, il emprunte à l’art de la pantomime, au jeu des marionnettes, des ombres chinoises ou à la figure du clown, des modes d’expression visuelle qui servent le spectacle. Il distingue d’ailleurs la « représentation théâtrale » du « spectacle », tout en choisissant les deux formes d’expression. Parmi les collaborateurs réguliers figurent les peintres Nabis Pierre Bonnard, Félix Vallotton et Maurice Denis ou même Henri de Toulouse-Lautrec qui participent activement à l’élaboration d’une nouvelle scénographie et à la création de décors symbolistes non représentatifs.
| 4. | Postérité et succession |
La distance qu’Aurélien Lugné-Poe prend avec les symbolistes est marquée par la création d’Ubu roi d’Alfred Jarry à la fin de l’année 1896. À partir de 1897, il devient l’un des principaux découvreur de talents dramatiques : outre les œuvres des symbolistes comme Émile Verhaeren, de quelques jeunes auteurs français (Tristan Bernard, André Gide, Marcel Achard, Armand Salacrou), il crée les pièces d’auteurs scandinaves comme Henrik Ibsen (Romersholm, la Maison de Poupée, le Canard Sauvage), August Strindberg (les Créanciers, la Danse de Mort, Père) ou Bjørnstjerne Bjørnson, mais aussi de dramaturges de diverses nationalités comme Oscar Wilde (Salomé), John Millington Synge (le Baladin du Monde Occidental), George Bernard Shaw, Gerhardt Hauptmann, Maxime Gorki, Nikolaï Gogol, etc.
La découverte de Paul Claudel (l’Annonce faite à Marie, créée au Théâtre de l’Œuvre en 1912) donne au théâtre et à son fondateur un rayonnement national. En 1929, Aurélien Lugné-Poe se retire en Avignon, laissant son théâtre à son collaborateur Lucien Beer, qui, avec l’actrice Paulette Pax, conserve l’esprit du théâtre de Lugné-Poe (ils accueillent de nombreux jeunes auteurs dont Jean Anouilh, ou Jean Cocteau). À la mort de son fondateur en 1940, le théâtre toujours dirigé par Lucien Beer, qui s’associe avec l’acteur et réalisateur belge Raymond Rouleau, perpétue la tradition d’ouverture aux textes contemporains français ou étrangers (Jules Supervielle, Federico García Lorca, etc.), tout comme leurs successeurs Georges Herbert et Pierre Franck (Jacques Audiberti, Henry de Montherlant, René de Obaldia, Alberto Moravia, etc.). En 1978, l’acteur Georges Wilson joue les Aiguilleurs de l’Irlandais Brian Phelan, ce qui lui ouvre les portes du théâtre pour lequel il met en scène et joue de nombreuses pièces, dont Eurydice de Jean Anouilh et Henri IV de Luigi Pirandello. De nombreux comédiens prestigieux participent à l’effervescence du théâtre (Suzanne Flon, Delphine Seyrig, Jacques Dufilho, Claude Piéplu ou Claude Rich).
Sous la direction depuis 1995 de Gérard Maro, le théâtre de l’Œuvre participe toujours activement à la création de nombreuses pièces contemporaines et de pièces scandinaves, dont beaucoup connaissent un succès public et critique grâce à des metteurs en scène talentueux comme Marcel Bluwal.