Antoine, théâtre
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Antoine, théâtre
2. Le Théâtre-Libre, premier théâtre d’essai

En 1866, sur le boulevard de Strasbourg, ouvre le théâtre des Menus-Plaisirs à l’emplacement d’un ancien café-concert. Pendant près de vingt ans le théâtre change de nom régulièrement (théâtre des Arts, Opéra-Bouffe, Comédie Parisienne), jusqu’à retrouver son nom originel en 1882. En 1887, André Antoine, un jeune metteur en scène, ancien employé auxiliaire à la Compagnie du gaz, crée la compagnie du Théâtre-Libre. Les premières représentations de sa troupe ont lieu dans la salle du passage de l’Élysée-des-Beaux-Arts (de mars à octobre 1887), au théâtre Montparnasse (pendant la saison 1887-1888), et enfin au théâtre des Menus-Plaisirs. André Antoine s’y installe finalement, et renomme la salle théâtre Libre en 1888.

Considéré comme le père du théâtre naturaliste — lui-même préfère parler de théâtre « réaliste » —, André Antoine est influencé par les théories d’Émile Zola, qui le soutient dans sa création d’un théâtre libéré des conventions et du classicisme. Le 30 mars 1887, il fait représenter une pièce de Léon Hennique adaptée d’une nouvelle de Zola, Jacques Damour, publiée en 1880. Très vite le théâtre devient la scène du théâtre naturaliste et attire un public toujours plus nombreux.

André Antoine insuffle à la scène parisienne une nouvelle énergie en créant en quelques années une centaine d’œuvres inédites, d’auteurs scandinaves (Henrik Ibsen, August Strindberg), russes (Léon Tolstoï, Ivan Tourgueniev), allemands (Gerhart Hauptmann) ou italiens (Giovanni Verga), celles des auteurs de la vague naturaliste (adaptation de pièces des frères Goncourt, d’Émile Zola), d’auteurs alors méconnus (Villiers de l’Isle Adam) ou d’auteurs contemporains (Catulle Mendès, Paul Claudel) — parmi les cinquante-neuf auteurs qu’il fait découvrir dans les trois premières années de son théâtre, quarante-deux ont moins de quarante ans.

Pour financer son théâtre, André Antoine et la compagnie du Théâtre-Libre s’engagent dans de nombreuses tournées en Europe, il faut, selon ses mots, « gagner ailleurs ce que l’on perd à Paris ». Car le théâtre, depuis ses débuts, a une santé financière fragile, André Antoine raconte d’ailleurs dans Mes souvenirs sur le théâtre Antoine (1928), « si le Théâtre-Libre disparaissait demain, son directeur aurait le légitime orgueil d’en sortir aussi pauvre qu’il y est entré. » Totalement révolutionnaire dans ses choix, le théâtre non subventionné, fort de sa notoriété, a cependant le privilège d’ouvrir son répertoire aux théâtres officiels de l’Odéon et de la Comédie-Française.